Concordance (livre)

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Concept[modifier | modifier le code]

Nom féminin. Conformité, analogie, correspondance entre mots ou choses : La concordance des témoignages. La concordance des emplois du temps.

Dans son sens philologique, une concordance donne pour chaque mot (souvent présenté dans l'ordre alphabétique) l'ensemble des passages d'un texte (ou d'un ensemble de textes) le contenant.

L'établissement d'une concordance est un tel travail que seul des corpus importants ont suscité ce genre d'investissement. Il existe ainsi des concordances de la Bible, du Coran, ou d'ouvrages profanes d'auteurs célèbres. L'exégèse et le midrash recourent souvent à la concordance pour approfondir le sens d'un mot ou d'une expression.

Aujourd'hui l'apparition des ordinateurs soulage considérablement une telle entreprise. Mais elle nécessite toujours un long travail. En effet une concordance s'accompagne de commentaires, de définitions, d'index ou de liens thématiques qui nécessitent des choix et de la réflexion.

En français un logiciel d'aide à l'établissement d'une concordance s'appelle un concordancier.

Les traductions de la Bible utilisent des tables de concordance, pour vérifier si le même mot, en hébreu ou en grec, est traduit ou non par le même mot français, anglais, latin… Par exemple, Elohim ou YHWH est-il traduit par Dieu, Seigneur, Éternel... ? Certaines concordances bibliques (voir Quelques exemples de concordances ci-après) peuvent également préciser si le même mot français provient d'un ou de plusieurs mots, hébreux et grecs. Par exemple, le mot Amour provient de combien de mots grecs ? Quels sont les autres mots français qui traduisent ce ou ces mots grecs ?

«Si la concordance, surtout quand elle n'est pas strictement verbale, offre un panorama plus vaste et rassemble - pour des mots très documentés - beaucoup plus de détails, le dictionnaire apporte une information plus rapide et plus critique, là où la masse de textes inorganisés laisseraient le lecteur désemparé et l'obligerait à tenter lui-même une synthèse laborieuse ou à dégager les éléments essentiels»[1].

Un peu d'histoire...[modifier | modifier le code]

La concordance comme instrument de travail textuel est né au XIIIe siècle. Les grecs du 2nd siècle av. J.-C. en appliquaient déjà le principe de base, à savoir l'organisation alphabétique.

La référence de départ en Occident reste pourtant la concordance latine de la Bible. Dans les lieux de formation (écoles monastiques, universités) le sens exact de chaque mot (pas seulement au niveau littéral, mais aussi allégorique) revêtait une grande importance. Il était bon alors de disposer d'une liste de tous les emplois du mot -ou d'une partie d'entre eux- dans l'ensemble du texte étudié. Ce texte pouvait être un livre de la Bible, un évangile par exemple. Ces listes figuraient de plus en plus souvent au XIIIe siècle dans la glose qui accompagnait le texte biblique et portaient parfois le nom de concordantia. Le mouvement bien naturel fut de regrouper ces listes en ouvrages spécialisés. On en vint à compléter ces listes, à en établir d'autres. On obtenait ainsi comme un dictionnaire de vocabulaire biblique où les différents mots, présenté en ordre alphabétique, muni chacun de sa liste des occurrences, étaient accompagnés de citations caractéristiques des sens possibles.

Mais c'était donner à l'ouvrage une autre ampleur que de faire ce travail pour tous les mots de toute la Bible. Ainsi naquit la concordance verbale de l'Écriture (du latin verba, mot). Il existe aussi des concordances thématiques, dont nous ne parlons pas ici.

Les trois premières concordances connues sont issues entre 1235 et 1285 d'une équipe de dominicains groupés autour du remarquable fr. Hugues de Saint-Cher au couvent Saint-Jacques de Paris, vraisemblablement pour le service des maîtres et des étudiants de ce couvent. Des ébauches de la première ont été réutilisés dans des reliures de livres du XVe siècle, du couvent Saint-Jacques précisément, ce qui nous permet d'avoir une idée de la méthodologie employée. Il y avait d'abord une étape de récupération des mots, lesquels étaient annotés pour chacun de leur réemploi. Ce premier travail se faisait probablement sur des feuilles indépendantes. Puis différents collaborateurs se voyaient attribuer une partie de l'alphabet pour laquelle ils ordonnaient les mots et leurs annotations par cahiers. L'assemblage de ses cahiers donnait l'état final de la concordance. Deux copies de cette concordance dite "de saint-Jacques" sont antérieures à 1240. Les 23 autres copies datent du milieu du XIIIe siècle. Mais toutes ses copies manifestent une très grande ressemblance. Toutes sont de cinq colonnes par page, de 46 à 60 lignes par colonne, sans fioriture, d'une taille d'environ 30 cm sur 20. Cette première concordance a eu peu d'influence en dehors de l'ordre dominicain. Par la suite, en moins de cinquante ans, les concordances ont acquis leur formes définitives en ajoutant à la liste des mots et de leurs occurrences un court extrait du contexte, suffisamment court pour que le volume final reste maniable. Du reste, on en vint à faire des concordances en cahiers (peciae) que l'on pouvait emprunter séparément à l'université. Quoique coûteuse, l'usage d'une concordance se répandit rapidement, principalement semble-t-il pour rédiger des sermons. Nous avons des manuels pour prédicateurs datant plus ou moins de 1340 qui supposent la disponibilité d'un tel outil.

Quelques exemples de concordances[modifier | modifier le code]

Ancien et Nouveau Testament

  • Concordances des mots hébreux et grecs de la Bible (Segond 1979), Chouinard & Cochrane, Distributions Évangéliques du Québec inc, Sherbrooke QC, 1ère édition 1998. ISBN 292014720X. Ces concordances permettent de connaître les différents mots français traduisant les mots hébreux et grecs. Les numéros Cochrane faisant les liens entre les mots français et les mots hébreux ou grecs proviennent de la Concordance des mots français de la Bible du même éditeur.

Ancien Testament, texte hébreu et araméen

  • S. Mandelkern, Veteris Testamenti concordantiae hebraicae atque chaldaicae, Schocken, Jérusalem-Tel-Aviv, 1978 (11e éd.).

Ancien Testament, texte grec

  • E. Hatch, H.A. Redpath, A Concordance to the Septuagint, Akademische Druck u-, Verlaganstalt, Graz (Autriche), 1975, 2 vol.

Nouveau Testament grec

  • W.F. Moulton, A.S. Geden (dir.),Concordance to the Greek New Testament, T.T. & Clarke, Edimbourg, 1957 (3e éd. = réimpression de 1927).
  • Sœur Jeanne d'Arc (dir.) Concordance de la Bible. Nouveau Testament, Cerf-Desclée de Brouwer, Paris, 1970 (mots grecs en transcription, un index permet d'accéder au grec à partir des mots français).

Ancien et Nouveau Testament français

  • Concordance de la traduction œcuménique de la Bible (TOB), Cerf-Société biblique française, Paris-Villiers-le-Bel, 1993 (index renvoyant à l'hébreu et au grec).(ISBN 2204047899) ou (ISBN 2853007308).
  • Concordance des mots français de la Bible (Segond 1979), Chouinard & Cochrane, Distributions Évangéliques du Québec inc, Sherbrooke QC, 3e édition 2008, (numéros Cochrane renvoyant aux mots hébreux et grecs du volume Concordances des mots hébreux et grecs de la Bible du même éditeur). ISBN 9782920147515.

Œuvres complètes de W. Shakespeare

  • Concordance en ligne proposée par OpenSource Shakespeare[1]

Dans Wikipédia[modifier | modifier le code]

Pour aller plus loin[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Rouse Mary A. et Richard H., « La concordance verbale des Écritures », dans : Pierre Riché et de Guy Lobricon (dir.), Le Moyen Âge et la Bible, coll. « Bible de tous les temps » vol. 4, Beauchesne 1984, p. 115-122. (ISBN 2-7010-1091-8). On y trouve une description des trois premières concordances : La concordance de Saint-Jacques, la concordance anglaise, la concordance dite de Mentelin.
  • Verger, Jacques, « L'exégèse de l'Université », dans : Pierre Riché et de Guy Lobricon (dir.), Le Moyen Âge et la Bible, coll. « Bible de tous les temps » vol. 4, Beauchesne 1984, p. 199-231. (ISBN 2-7010-1091-8). On y trouve des renseignements en particulier sur fr. Hugues de Saint-Cher.

Bibliographie en ordre chronologique[modifier | modifier le code]

  • (en) Rouse Mary A. et Richard H., « Biblica distinctiones in thirteenth century », dans Archives d'Histoire Doctrinale et Littéraire du Moyen Âge n°41 (1974), pp.27-37.
  • Rouse, Richard H., «La diffusion en Occident au XIIIe siècle des outils de travail facilitant l'accès aux textes autoritatifs», dans Revue des études islamiques n°44 (1976), pp.115-147.
  • Rouse, Richard H., « L'évolution des attitudes envers l'autorité écrite : le développement des instruments de travail au XIIIe siècle », dans Culture et travail intellectuel dans l'Occident médiéval, Bilan des "Colloques d'humanisme médiéval" (1960 - 1980), G. Hasenohr & J. Longère (dir.), CNRS 1981, pp.115-144. (ISBN 2-222-02984-8)
  • Bataillon, L. J., Guyot, B. G., Rouse, R. H. (dir.), La production du livre universitaire au Moyen Âge. Exemplar et pecia : Actes du symposium tenu au Collegio San Bonaventura de Grottaferrata en mai 1983, CNRS 1988. (ISBN 2-222-04099-X)
  • (en) Rouse Mary A. et Richard H., « Ordinatio and Compilatio Revised » dans Ad Litteram: Authoritative Texts and Their Medieval Readers, Jordan Mark D., Emery Kent Jr., (dir.), University of Notre Dame Press, 1992, p. 113-134. (ISBN 0268006326)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. O. Odelain & R. Séguineau, Dictionnaire des noms propres de la Bible, Cerf & Desclée de Brouwer, Paris. ISBN 2204011630 (Cerf) ISBN 2220021750 (Desclée de Brouwer), Introduction p.ix. Les mots en italique sont tels dans l'original.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]