Artisans du monde

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Artisans du Monde est une association française fondée au début des années 1970 et qui se réclame du commerce équitable. Sa spécificité est d'être structurée autour de boutiques où des militants bénévoles distribuent divers produits, artisanaux ou alimentaires en provenance des pays du Sud.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1971, après la guerre civile qui a débouché sur l'indépendance du Bangladesh vis-à-vis du Pakistan, la misère et les inondations ravagent le Bangladesh. En novembre, l’abbé Pierre lance un « appel aux communes de France » afin que chacune d'elles se jumelle avec une commune du Bangladesh. En juillet 1972, la première assemblée générale de l’U.CO.JU.CO (Union des comités de jumelage coopération) réunit une cinquantaine de comités[1].

L'UCOJUCO est logée à la communauté Emmaüs de Charenton. Des marchandises en provenance du Bangladesh sont réceptionnées et des expos-vente sont organisées tant à Paris qu'en province. Le premier local permanent est ouvert à Châlons-sur-Marne par Philippe Galinou, président de l'UCOJUCO. L'idée est de créer un réseau de boutiques de vente et d'information consacrées au tiers-monde. Ce sont des étudiants d'HEC qui sont à l'origine de l'essaimage du mouvement « Artisans du Monde » (AdM) concrétisé par la constitution de la SARL « Artisans du Monde », à l'automne 1973 et par l'ouverture de la première « boutique Tiers-Monde », en février 1974, au 20 rue Rochechouart à Paris. Parmi eux, Hubert Grouès, neveu de l'abbé Pierre, déjà membre de l'UCOJUCO et Daniel Renaud qui sera gérant d'Artisans du Monde jusqu'en juillet 1975[2].

La jeune association s'associe au boycott de la marque Outspan qui distribue des oranges d’Afrique du Sud, pays de l'Apartheid. Elle dénonce également le régime de Pinochet, en participant à la vente de produits artisanaux chiliens produits par les réfugiés arrivés massivement en France à partir de l'hiver 73. Cet engagement politique provoque la scission entre les fondateurs historiques issus d’Emmaüs et de l'UCOJUCO, marqués par une approche caritative traditionnelle et les jeunes tenants d’une approche politique tiers-mondiste[3].

La deuxième période historique d’Artisans du Monde (1977-1983) est marquée par la création de centres de documentation sur le tiers-monde et d’une fédération nationale. En 1984, la centrale d’importation Solidar’Monde (alors nommée Fam’Import) est créée.

Le développement d’Artisans du Monde s’est accéléré depuis quelques années. Depuis 1990, le nombre de points de vente a été multiplié par 3,6 et le chiffre d’affaires a été multiplié par neuf. En 2004, ce dernier est de 11 % supérieur à celui de 2003.

Activité[modifier | modifier le code]

Dans le monde du commerce équitable, la spécificité d'Artisans du Monde, ce qui la sépare d'un label comme Max Havelaar est le développement de réseaux commerciaux indépendants des grandes chaînes de distribution. C'est le choix d'une filière intégrée, selon les principes internationaux de la WFTO (World Fair Trade Organization, ex-IFAT) qui garantit que tous les maillons de la chaîne commerciale sont des acteurs du commerce équitable, et qui se différencie de la filière labellisée (garantie par produit).

Centrale d'achats[modifier | modifier le code]

Artisans du Monde (AdM) importe, par le biais de sa centrale d’achat Solidar’Monde, des produits artisanaux, alimentaires et cosmétiques. En 2010, Artisans du Monde travaille avec 121 groupements de producteurs partenaires dans 45 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. Ceci représente environ 1 000 références pour l’artisanat et 120 pour les produits alimentaires dont environ la moitié sont labellisés agriculture bio (certains autres producteurs, qui respectent les critères d'une agriculture biologique, ne sont pas labellisés, faute de moyens financiers).

Magasins[modifier | modifier le code]

Sur l’ensemble de la France, en 2013, 149 points de vente sont animés par plus de 6000 bénévoles et environ 87 salariés. Ces salariés se répartissent entre le réseau d'associations adhérentes à la Fédération (ils mettent en œuvre des actions commerciales et/ou des actions à l'éducation au commerce équitable), la centrale d'achats Solidar'Monde et la Fédération. Ainsi, le réseau Artisans du Monde est le premier employeur du commerce équitable en France[réf. nécessaire].

En 2010, Artisans du Monde lance une boutique en ligne où tous ses produits sont référencés.

Actions d’éducation[modifier | modifier le code]

Le réseau Artisans du Monde propose des interventions dans les écoles, des formations et des outils pédagogiques (accessible par la centrale d'achats Solidar'Monde) « pour permettre aux citoyens, selon les termes de l'association, d’avoir un regard critique sur les dysfonctionnements du commerce international et de devenir acteurs d’une société plus juste ». De fait, on trouve souvent dans les boutiques Artisans du Monde des tracts et des brochures qui remettent en cause le système actuel du commerce international, et dénotent une proximité avec les milieux altermondialistes

En 2010, les interventions en éducation organisées par les associations Artisans du Monde ont concerné près de 10 000 personnes, tous publics confondus. Les publics cibles pour Artisans du Monde restent les milieux scolaires : 78 % des interventions se font auprès des écoles primaires, collèges et lycées (contre 73 % en 2008). En novembre 2003, le ministère de l’Éducation a délivré à Artisans du Monde l'agrément d’Association d’Éducation Complémentaire de l’Enseignement Public. La Fédération a obtenu le prix 2004 « Action de Sensibilisation et d’Éducation au Développement décerné par le Haut Conseil de la coopération internationale (HCCI). AdM bénéficie également de l'agrément du ministère de la Jeunesse et des Sports en tant qu'association nationale de jeunesse et d'éducation populaire.

Éthique sur l'étiquette[modifier | modifier le code]

Artisans du Monde invite les consommateurs et citoyens à relayer des campagnes de pression en direction des acteurs économiques et des pouvoirs publics pour changer les règles du commerce international. Dès sa création en 1995, Artisans du Monde a coordonné le collectif De l’éthique sur l’étiquette. Composé de 42 associations et syndicats, son objectif est de promouvoir le respect des Droits de l’Homme au travail et un commerce éthique. AdM continue toujours aujourd'hui à suivre les activités du collectif.

Artisans du monde intervient lors des campagnes électorales pour demander aux partis politiques de promouvoir une législation qui protège le commerce équitable contre les risques de récupération du concept par des acteurs qui ne respecteraient pas ces critères et principes.

Appartenances nationales et internationales[modifier | modifier le code]

Artisans du Monde participe à des collectifs nationaux et internationaux. Il est membre du Centre de recherche et d’information pour le développement (CRID), de la Plate-forme française pour le commerce équitable, de NEWS ! et de la WFTO (World Fair Trade Organization, ex IFAT) au niveau européen et mondial en tant que membre des conseils d'administration.

Fairpride : carnaval éthique et solidaire[modifier | modifier le code]

Initiée par Artisans du Monde en 2011, la Fairpride est un carnaval éthique et solidaire destiné à véhiculer les valeurs du commerce équitable dans un cadre festif. Chaque année, elle est célébrée pendant la Quinzaine du Commerce Équitable à Paris et dans certaines villes de France. En 2013, l'événement porta sur le thème sensibilisation du public[4].

Idées revendiquées par Artisans du Monde[modifier | modifier le code]

  • Tous ces produits sont de qualité et reflètent un savoir-faire et une culture.
  • Les consommateurs doivent pouvoir retrouver leur véritable pouvoir d’acteur économique et donner un sens à leurs achats, à savoir agir concrètement pour une économie solidaire. Les informations sur les organisations de producteurs assurent aux consommateurs d’appuyer un modèle de société solidaire.
  • Les points de vente sont aussi des lieux de rencontre et de sensibilisation où se construit un nouveau type de solidarité Nord-Sud.
  • La responsabilité des Groupes donneurs d'ordre doit pouvoir être engagée [5] lorsque des accidents du travail se produisent chez des sous-traitants dans des conditions révélant un manque caractérisé de vigilance de leur part . ( cf la catastrophe survenue au Rana Plaza dans la ville de Dacca au Bangladesh où un immeuble s'effondre le 24 avril 2013 faisant 1.129 victimes )

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fédération Artisans du Monde, É-Changeons le monde, 1999, p. 126-127
  2. Fédération Artisans du Monde, É-Changeons le monde, 1999, p. 130
  3. Fédération Artisans du Monde, É-Changeons le monde, 1999, p. 131
  4. Fêtons le commerce équitable à la Fairpride, le carnaval éthique et solidaire, EcoPlus.tv, 19 mai 2013
  5. Quotidien La Croix du 3 juin 2013 , p. 11

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Liauzu, Aux origines du tiers-mondisme, L'Harmattan, p. 82
  • Fédération Artisans du Monde, É-Changeons le monde, 1999
  • Hubert Grouès, Le marketing des biens sociaux appliqué à une nouvelle forme de coopération entre les peuples : Définition d'une stratégie et élaboration d'un programme d'action pour UCOJUCO, 1973, mémoire HEC

Liens externes[modifier | modifier le code]