L'origine du toponyme Tricarico n'est pas connue avec certitude. Si le préfixe semble aisément dériver du grecτρία (« trois »), la deuxième partie du nom, si l'on retient l'hypothèse helléniste, proviendrait soit de κάρα, cara (« tête, crâne »), c'est-à-dire « lieu tricéphale », ou bien de akron, akra, qui, de l'Antiquité à l'époque médiévale, désignaient aussi bien un sommet qu'une citadelle, conférant à Trikarikon le sens de « trois citadelles »[2]. Les pistes tendant vers cette dernière sont plus concluantes si l'on admet que les trois citadelles désignent justement les sites du château arabe de Saracena (ixe siècle) au nord, du kastron byzantin (xe siècle, renforcé par les Normands et les Hohenstaufen aux xiie et xiiie siècles) au sud, et enfin du palais ducal (xive siècle) au centre, probablement tous déjà fortifiés avant les occupations successives.
Dans la commune de Tricarico se trouvent deux grandes agglomérations lucaniennes, Civita di Tricarico et Serra del Cedro, qui font l'objet de fouilles archéologiques, sous la direction d'Olivier de Cazanove et Stéphane Bourdin (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne). Civita di Tricarico est occupé de la fin du Ve siècle av. J.-C. au début du Ier siècle av. J.-C. À Serra del Cedro, on trouve une nécropole des viie et vie siècles av. J.-C. et un habitat fortifié des ive et iiie siècles av. J.-C.[3]
La date de sa fondation est inconnue, mais les premières traces documentées de son existence remontent à l'époque du duché lombard, dépendant du gastald de Salerne, avec la présence d'une citadelle fortifiée attestée en 849. Entre les ixe et xe siècles[4], Tricarico connaît la domination des Arabes qui la fortifient, puis devient une place forte (kastron) byzantine ; les Arabes y laissant des traces encore visibles dans les quartiers de Ràbata et Saracena. S'ensuit donc l'Empire byzantin, qui exerce une forte influence dans la culture et traditions tricariques à cette période. Les célébrations religieuses, notamment, ont suivi le rite grec jusqu'à la première moitié du XIIIe siècle. Depuis le Xe siècle, elle devient le siège du diocèse du même nom.
En 1048, les Normands d'Onfroi de Hauteville (Umfredo d'Altavilla) remportent une victoire sur les Grecs et prennent possession de Tricarico[5], donnée en fief au célèbre aventurier Robert Guiscard en 1080.
Illustration de Tricarico au xviiie siècle.
La commune appartient ensuite aux Sanseverino, la plus riche famille d'Europe à cette période, jusqu'en 1605. Cependant, un duc criblé de dettes décide de la mettre aux enchères malgré la prospérité de son domaine, riche en eau, en culture de céréales, en olivier et en bétails[réf. souhaitée]. Ainsi, Francesco Pignatelli, deuxième duc de Bisaccia, achète le territoire.
Mais quelques années plus tard, le site est revendu à Alessandro Ferrero dans un premier temps puis à son fils, qui s'occupe de Tricarico avec grand soin jusqu’en 1631, lorsqu'il décide de vendre à son tour le domaine à Ippolito Revertera, duc de Salandra qui va délaisser sa résidence de Miglionico pour le château de Tricarico, désormais connu sous le nom Palazzo Ducale (« palais ducal »). Sa succession se maintient jusqu'à l'abolition du féodalisme en 1806.
Le site archéologique s'étend sur 50 ha et est situé à la localité Civita. Il s'agit d'une agglomération lucanienne puis romaine, occupée du IVe au IIe siècle av. J.-C., dont certaines pièces ont livré des sols pavés de mosaïques. D'autres sites archéologiques sont présents sur le territoire de la commune de Tricarico, notamment aux localités Calle et Serra del Cedro (vie siècle av. J.-C.).
Cathédrale de Tricarico.Personnes déguisées à l'occasion du carnaval de Tricarico, qui se tient tous les ans en janvier.La cathédrale de Tricarico, dédiée à Santa Maria Assunta, construite par Robert Guiscard en 1061. Malheureusement l'architecture ancienne a peu à peu disparu à la suite des nombreuses restructurations effectuées pendant depuis le xvie siècle C'est dans cette église que Louis Ier d'Anjou fut couronné roi de Naples en 1383[8].
La tour normande de Tricarico, construite courant Xe siècle, mesure 27 mètres de haut et avait une fonction militaire affirmée jusqu'au XVIIe siècle.
Le couvent San Francesco d'Assisi, construit par la famille du comte de Sanseverino au XIVe siècle. Des œuvres du grand Pietro Antonio Ferro, artiste maniériste, sont observables à l'intérieur.
L'église Santa Chiara, construite avant le XVIIe siècle. Des fresques sur le Christ et sur la vie de la Vierge ornent les parois et la voûte de cette église[9].
↑Giovanni P. Daraio, Per la storia di Tricarico, Civita e Calle, Volume terzo, éditions G. Liantonio, Matera, 1954, pag. 37.
↑Stéphane Bourdin, Lucas Aniceto, Corentin Voisin et Euan Wall, « Fouilles archéologiques à Serra del Cedro et Civita di Tricarico (Programme Ignobilia Oppida Lucanorum) (2022) », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, (ISSN2732-687X, DOI10.4000/baefe.9838, lire en ligne, consulté le )
↑(it) « Tricarico », sur Basilicata Turistica (consulté le )