Scribonius Largus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Scribonius.
Scribonius Largus
Biographie
Période d'activité
et Voir et modifier les données sur Wikidata
Époque
Activités
Autres informations
Domaine

Scribonius Largus (ca. 1 – ca. 50) était un médecin à la cour de l’empereur romain Claude (41-54). Il est connu pour son recueil de remèdes, utilisés jusqu'au XVIIe siècle, et dont la préface pose les bases d'une éthique de la prescription médicale, inspirée du Serment d'Hippocrate.

L'ouvrage mentionne aussi une première utilisation médicale de l'électricité par poisson torpille.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Le peu d'éléments dont on dispose concernant la vie de Scribonius Largus proviennent essentiellement de ses propres écrits. D'origine sicilienne et formé dans la tradition empirique, probablement bilingue en latin et en grec, il est recommandé à la cour de l'empereur Claude (41-54) par Calliste, un esclave affranchi influent.

Il a de hautes relations, donnant des détails sur les médicaments et produits utilisés par Octavie, sœur d'Auguste, Messaline, Auguste, Tibère et les parents de Claude. Scribonius Largus suit l'empereur Claude pendant sa campagne britannique. On ne sait pas s'il était là en tant que médecin des armées avec un contrat de service court ou en tant que médecin privé d'un grand personnage[1].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Il est l'auteur d'un ouvrage rédigé vers 47 et dédié à Calliste, les Compositiones. Cet ouvrage, au style sans prétention, contient beaucoup d’éléments de la langue parlée de l’époque.

Page de titre de Compositiones, édition de 1528.

Il s'agit d'un recueil de formules pharmaceutiques et de remèdes traditionnels, dont 271 prescriptions pour la plupart de son invention, bien qu’il reconnût sa dette envers son maître, ses amis et les écrits d’éminents médecins.

Son œuvre se situe après la défaite de Mithridate (63 avant J.-C.) et la conquête de l'Égypte (48-47 avant J.-C.). De nouvelles drogues, orientales et exotiques, sont alors importées à Rome. Les poisons comme les venins, deviennent à la mode, donnant lieu à des synthèses toxicologiques, comme celle de Scribonius Largus[2].

Préface[modifier | modifier le code]

C'est la partie la plus significative, retenue par les historiens modernes. Scribonius s'affirme comme l'héritier de la déontologie hippocratique. Il établit les règles éthiques de la prescription médicale.

Dans un monde où la crainte des poisons est répandue, il plaide en faveur des drogues. La médecine doit utiliser toutes celles qui peuvent apporter un secours, car la médecine est l'art de soigner et non de nuire (scientia sanandi, non nocendi). La prescription médicale est conduite par les deux vertus humanitas et misericordia[3].

Pour Scribonius, la médecine est une unité, il ne saurait y avoir une chirurgie sans diététique et vice-versa. Le médecin doit avoir la connaissance des drogues afin de ne pas trahir sa professio, au sens de « profession de foi » par allégeance au Serment d'Hippocrate qu'il transpose en latin, dans un contexte spécifiquement latin[4].

Scribonius cherche aussi à se distinguer des droguistes ou pharmacopolae, qu'il considère comme éloignés des idéaux de vertus, en adoptant envers eux un ton condescendant voire méprisant. Aussi derrière la prétention éthique, Vivian Nutton distingue les contours d'une querelle interprofessionnelle[4].

Contenu[modifier | modifier le code]

Les 271 recettes sont divisées en trois sections principales. La première section, la plus importante (1-162), est organisée selon les maladies, classées de la tête en descendant jusqu'aux pieds. La section deux liste 37 antidotes contre les poisons, morsures et piqûres. La section trois traite des emplâtres, pansements et baumes, utilisés par les chirurgiens[1].

Page de titre de Compositiones, édition de 1655.

Il mentionne 249 substances végétales, 45 minérales et 36 animales, toutes provenant du bassin méditerranéen, du Proche-Orient ou d'Afrique via Alexandrie[1].

Parmi les prescriptions de Scribonius Largus, la plus célèbre est restée son traitement par l’électricité animale de la goutte et des maux de tête. Pour ces derniers, il plaçait un poisson torpille de Méditerranée, la raie électrique marbrée (Torpedo marmorata) sur le front du patient entre les sourcils et laissait le poisson se décharger jusqu’à ce que « les sens du malade soient engourdis », d'où le nom de « torpeur » pour désigner cet état. Pour la goutte, le poisson vivant était placé sous les pieds du patient[1].

Beaucoup de ses recettes proviennent de sources faisant autorité, d'autres sont d'origine douteuse ou exotiques. Il n'hésitait pas à acheter des recettes à des gens du peuple, afin de découvrir ce qui fonctionne[4]. Entre autres, il recommande la pierre de bézoard contre les venins et morsures d'animaux enragés, les consultations des astres pour plus d'efficacité dans les potions, la salamandre contre le froid, le jus de mandragore[5]. Il sait aussi condamner des remèdes qu'il qualifie de superstitieux, comme la cervelle de jeune cerf ou le sang de gladiateur contre l'épilepsie, pour lui ces pratiques sortent du cadre de la professio de la médecine[4].

La plupart des substances végétales employées par Scribonius ont des propriétés thérapeutiques et se retrouvent dans les herbiers modernes. Sa recette contre une angine prescrite pour la mère de l'empereur Claude ferait un bon analgésique. Ses dentifrices contiennent des abrasifs, des agents de blanchiment et du nard pour améliorer l'haleine[1].

Les prescriptions de Scribonius Largus ont été suivies pendant tout le Moyen Age et généralement jusqu'en 1655.

La plus grande partie des Compositiones fut reprise sans être citée dans un travail de Marcellus Empiricus datant des environs de 410, De Medicamentis Empiricis, Physicis, et Rationabilibus, qui est d’une grande valeur pour la compréhension du texte de Largus. Les écrits de ce dernier ne furent découverts qu’au début du XVIe siècle et publiés en 1529.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Finger S. Origins of neurocience. A history of explorations into brain functions. Oxford University Press, 1994. p.318.
  • Scribonius Largus. Compositions médicales. Texte établi, traduit et commenté par Joëlle Jouanna-Bouchet. Belles lettres. CUF. Paris 2016.
  • Vivian Nutton, La médecine antique, Les Belles Lettres, (ISBN 978-2-251-38135-0).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Vivian Nutton 2016, p. 194-195.
  2. Alain Touwaide, Stratégies thérapeutiques : les médicaments, Seuil, (ISBN 2-02-022138-1), p. 234
    dans Histoire de la pensée médicale en occident, vol. 1, Antiquité et Moyen Age, Mirko D. Grmek (dir.)
  3. Danielle Gourevitch, La médecine dans le monde romain, Seuil, (ISBN 2-02-022138-1), p. 108-109.
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol.1, Antiquité et Moyen Age, Mirko D. Grmek (dir.).
  4. a b c et d Vivian Nutton 2016, p. 196-197.
  5. Scribonius Largus, Compositiones ed. Sergio Sconocchia, Leipzig: BSB B.G Teubner Verlagsgesellschapt, 1983, Compositione CLXIII, p.79