René Joly (Prajñānanda)

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René Joly ( - ), plus connu sous le nom de Prajñānanda ("Béatitude de Connaissance transcendante"), fut ce qu'il est convenu d’appeler un bouddhiste, instructeur, traducteur et exégète français du Dharma, le support de l’ascèse des Bouddhas. Cependant, lui-même ne se disait pas bouddhiste et il considérait les bouddhismes comme des systèmes (isme) occultant plus ou moins le Dharma. Il préférait le mot sanskrit Dharmacārin, qui désigne l’ascète « qui va selon le Dharma », cherchant à vérifier deux hypothèses : l’illusion du moi et la possibilité d’un accès à l’Absolu, l’Inconditionné.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il découvre le bouddhisme en 1938 en lisant le livre d'Hermann Oldenberg : Le Bouddha. Sa vie, sa doctrine, sa communauté, où il voit deux formules qui sont pour lui comme un éblouissement : « Cela n’est pas mien, je ne suis pas cela, cela n’est pas un ego à moi » et « Il y a un sans naissance, sans devenir, sans création, sans conditions ». Il décide aussitôt de s'engager dans une ascèse : il se rapproche de la Société des Amis du Bouddhisme, où il « prend » les Refuges, s'initie au Theravāda et apprend la technique d'Ānāpānasati (qu’il traduira par Vigilance remémoratrice appliquée à l’inspiration et à l’expiration). Il approfondit sa connaissance du Dharma sous sa forme theravādin et apprend le pāli en servant quelques mois le Bhikkhou Narada Maha Thera).

Un jour, il fait la connaissance d'un moine hindou Swâmi Siddheswarânanda qui l'oriente vers la Vacuité (śūnyatā) et l'incite à étudier le Mahāyāna : les progrès sont tels après cette rencontre qu'il s’installe avec sa famille à côté de la communauté où ce moine enseignait, près de Paris. En 1960, comme le moine (mort en 1957) l'avait incité à le faire, il construit un petit monastère où l'on se réunit pour étudier le Dharma et pour s’entraîner à Ānāpānasati, en s’appuyant sur les instructions du moine et sur le Sūtra Cœur de la Perfection de Connaissance transcendante (Prajñā pāramitā hṛdaya sūtra).

Il expérimentera quelque temps la modalité Sôtô Zen, « corps et esprit abandonnés », comme disait Dōgen, sous l'influence d’un moine japonais, Taisen Deshimaru, qu'il hébergera deux ans dans le petit monastère.

En 1966, il crée avec des amis une association, le Centre d'Études Dharmiques de Gretz-Armainvilliers qui enseigne, aujourd’hui encore, le Dharma et Ānāpānasati, indépendamment de toute modalité bouddhiste.

Il réalisa plusieurs traductions et commentaires de textes des Canons pāli et sanskrit, notamment une Exégèse du Sūtra Cœur de la perfection de Connaissance transcendante, un Mémento du Dharma et une traduction commentée du Dhammapada. Son exposé du Dharma met l’accent sur l’éveil et le développement de la Prajñā, cette « Connaissance transcendante » qui, dit-il, fait tout d'abord Voir profondément les « choses telles qu’elles sont » : impermanentes et sans essence, donc décevantes (y compris l’ego, ce « moi illusoire », source de tous les maux humains), et qui, développée au plus haut, « allée complètement au-delà » de la connaissance mentale, rationnelle, discriminative (vijñāṇa), au-delà des mots et des idées, dans le silence du cœur (citta) immobile, fait abandonner, sortir de l’illusion du moi et accéder à l’au-delà des choses, l'Absolu, l'Inconditionné. C’est pourquoi il s’est constamment appliqué à « rectifier » la signification des mots et notions-clés du Dharma, qui sont, selon lui, trahis par des traductions erronées et des interprétations fantaisistes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vrai zen - Maître Deshimaru, Taigen René Joly, 1968
  • Les Lettres Bouddhiques écrites au monastère de Gretz par Prajñānanda en 1970 & 1971 exposant le Dharma pour l'Occident, Gretz, 1974
  • Bouddhisme gnostique – Gnose et prognose, Archè, Milan, 1981
  • Bodhi (revue), Propos dharmiques (revue)
  • Les dits du Bouddha – Le Dhammapada, Albin Michel, 1993
  • Propos Bouddhiques Remarquables (Extraits Topiques), éd. Dharma, 1994
  • Manuel d’Anapanasati
  • Cours traité de la Connaissance Transcendante
  • Exégèse du Sutra Cœur, 1989

Citations[modifier | modifier le code]

« Si, au prix de ma vie, je pouvais nourrir tous les affamés du monde, je le ferais. Cela ne les empêcherait pas de tomber malades. Si, au prix de ma vie, je pouvais guérir tous les malades, je le ferais. Cela ne les empêcherait pas de mourir. Si, au prix de ma vie, je pouvais les rendre immortels, je le ferais. Cela ne les empêcherait pas de souffrir, de se tourmenter, de se désirer, de se haïr, d’être aveugles, ignorants, de se blesser les uns les autres, de se torturer… Que faire alors ? Leur rendre le plus grand service : d’abord, « s’Éveiller » soi-même du sommeil de l’ignorance, de l’illusion, arrêter les rêves du faux moi, connaître les choses telles qu’elles sont. Puis, à celles et ceux qui le veulent et qui peuvent comprendre, exposer la Voie, enseigner les techniques ; les conduire vers la Libération, l’Absolu, l’extinction, la Béatitude. « Libéré, libère, passé sur l’autre rive, fais-y passer les autres. »[1] »

« Ce monde est pareil à un bourbier plein de fange et de détritus innommables. Et toutes les existences sont plongées dans ce bourbier. Nous les hommes, nous en avons jusqu'au niveau supérieur de la lèvre inférieure[2]. »

« Vacuité de vacuité, tout n'est que vacuité et délices du cœur immobile[1]. »

« Le Dharma n'est pas un marché de dupes. Certes, on abandonne les plaisirs et les jouissances du monde, mais ils sont remplacés par les jouissances très subtiles des Dhyâna et la béatitude du "sans naissance, sans devenir, sans création, sans conditions"[3]. »

« Tant que l'on est en vie, on ne peut connaître la mort, et quand on est mort, qui peut connaître la mort ? Alors pourquoi s'effrayer ? Cet effroi n'est qu'un piège parmi les pièges de la partialité positive de l'ordre-désordre des choses, comme le sont les jouissances[3]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Propos Bouddhiques Remarquables (Extraits Topiques), éd. Dharma, 1994
  2. Propos dharmiques no 6, 1992
  3. a et b ibid.

Liens externes[modifier | modifier le code]