Rajden Arsénidzé

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Rajden Arsénidzé (რაჟდენ არსენიძე en géorgien), né le 1er octobre 1880 dans le village de Sotchkhéto en Géorgie (Empire russe) et mort le 24 mai 1965 à Leuville-sur-Orge (Essonne), familièrement surnommé Misha, était un homme politique géorgien, secrétaire général du Parti social-démocrate et ministre de la Justice.

Révolutionnaire et déporté en Sibérie[modifier | modifier le code]

Après ses études au séminaire de Koutaïssi, il rejoint la faculté de droit à l’université de Iouriev et s’engage clandestinement auprès du parti social-démocrate. Propagantiste au bénéfice de la tendance menchévique, il croise le fer à Batoumi, en 1904, avec Joseph Djougachvili –futur Staline-, tenant de la tendance bochévique. Journaliste et polémiste, tant en langue géorgienne qu’en langue russe, il est arrêté par la police politique du tsar Nicolas II et envoyé en déportation en Sibérie.

Homme de parti et homme d’Etat[modifier | modifier le code]

Libéré par la révolution de février 1917, il regagne la Géorgie et prend une part active dans l’écriture de l’acte de restauration de l’indépendance de son pays, le 26 mai 1918[1].

Il est élu député à l’Assemblée constituante de Géorgie en février 1919 et prend la tête de la commission constitutionnelle[2]. Sa formation juridique, son ouverture d'esprit et sa proximité personnelle avec le président de l'assemblée — Nicolas Tchéidzé — lui permette de mettre à contribution des représentants d'autres partis politiques comme ceux du Parti national-démocrate (Spiridon Kedia et Georges Gvazava), du Part social-fédéraliste (Ioseb Baratachvili et Guiorgui Laskhichvili), du Parti social-révolutionnaire (Ivane Gobetchia), ainsi que du Part national et du Parti Dachnak[3]. Il prend ensuite le portefeuille du ministère de la justice dans le gouvernement de la République démocratique de Géorgie[4].

Devant les difficultés de fonctionnement du Parti social-démocrate géorgien, traversé par plusieurs tendances, majoritaire ayant conduit début 1918 à la signature d’une alliance avec l’Empire allemand de Guillaume II et minoritaire ayant conduit début 1919 à la délégation géorgienne à la Conférence de la Paix, à Paris, tenants d'une idéologie marxiste forgée en exil en Sibérie ou en Europe et tenants d'une expérience parlementaire — parfois longue d'une décennie à Petrograd — ou d'une expérience exécutive — parfois courte au sein du Haut Commissariat à la Transcaucasie ou de la République démocratique fédérative de Transcaucasie —, il démissionne de son ministère et se consacre au secrétariat général du comité exécutif du parti.

En février 1921, l’invasion par les armées de la Russie soviétique le contraint à prendre le chemin de l’exil, comme toute la classe politique géorgienne[5].

L’exil définitif, la radio, l’écriture[modifier | modifier le code]

Il émigre d’abord à Constantinople, puis en France[6]

En 1952, en pleine guerre froide, les autorités américaines l'appellent à Radio Liberty, à Munich et il se voit confier la responsabilité éditoriale : tout en diffusant quotidiennement des émissions en langue géorgienne vers la Géorgie, il forme de jeunes journalistes généralement issus de l’émigration.

Il regagne Leuville-sur-Orge une décennie plus tard[Note 1].

Pragmatique, il y achète l’une des parcelles attenant au cimetière communal, qui, réunie à deux autres parcelles, permet un agrandissement significatif et la constitution d'un carré géorgien où il repose[7].

Publications[modifier | modifier le code]

Rajden Arsénidzé a publié articles et ouvrages de différentes natures,

  • constitutionnels : « La République démocratique » (Tiflis, 1917, réédité Tbilissi, 2014), ouvrage dans lequel le principe bicaméral et celui d’une présidence de la République sont critiqués, une assemblée parlementaire unique et une présidence de gouvernement à mandats limités (2 mandats successifs, limités chacun à deux ans) sont recommandés,
  • culturelles : « Le roi Vakhtang VI de Géorgie, législateur » (Paris, 1963),
  • politiques : « Mémoires » (Paris, 1963), dans lesquelles il affirme que Staline fut -un temps- un agent de la police politique du tsar Nicolas II,
  • idéologiques : essais s’élevant contre le principe de la dictature du prolétariat et la mainmise sur le pouvoir par un parti unique (Arpajon, 1928, Imprimerie de la Gazette-de-Seine-et-Oise, 1928 ; Paris, 1930, Revue « Idée socialiste »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'œuvre de la vie de Rajden Arsinidzé fut vraisemblablement la préparation de l'Acte d'indépendance et celle de la constitution de la Géorgie : durant ses dernières années, il aimait à rencontrer la fille de Nicolas Tchéidzé, pourtant loin des stratégies politiques de son père, afin d'évoquer les épisodes qui émaillèrent les négociations relatives à la conception de la constitution (Souvenirs inédits de Véronique de Grassmann, née Tchéidzé).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Maury (Université de Perpignan), « Géorgie. Déclaration d'indépendance », sur Digithèque de matériaux juridiques et politiques, .
  2. Georges Papouachvili, La Constitution de 1921 de la République démocratique de Géorgie. Petite histoire de la conception et de l'adoption de la constitution, Batoumi, Cour Constitutionnelle de Géorgie,
    « L'Assemblée constituante nouvellement élue mit su pied une Comission constitutionnelle composée de 15 membres dont la majorité est sociale-démocrate. Le parti social-démocrate était représenté par R. Arsénidzé (Président de la Commission) ».
  3. Jean-Pierre Maury (Université de Perpignan), « Géorgie. Constitution du 22 février 1921 », sur Digithèque de matériaux juridiques et politiques, .
  4. Colisée : « Ière République de Géorgie » consulté le 16 novembre 2015.
  5. Colisée : « Ière République de Géorgie en exil en France » consulté le 16 novembre 2015.
  6. Samchoblo : « Photographie de Rajden Arsénidzé aux obsèques de Nicolas Tcheidze (1926), au Père Lachaise » consulté le 16 novembre 2015
  7. Luc Méloua : « Les tombes géorgiennes du cimetière de Leuville » consulté le 16 novembre 2015.

Sources[modifier | modifier le code]