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Prévôt de Paris

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Le Grand Châtelet.

Le prévôt de Paris[1], qui était également appelé garde de la prévôté, établi au XIe siècle et supprimé en 1792, est un officier royal ayant les pouvoirs d'un bailli ou d'un sénéchal sur le territoire de la vicomté de Paris.

Il ne doit être confondu ni avec le prévôt des marchands, siégeant en l'Hôtel de ville, qui était le représentant des bourgeois et des sept grands corps de marchands de Paris, ni avec le prévôt de l'Île-de-France qui était le prévôt de Maréchaussée.

Présentation générale

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Du XIe siècle à la Révolution française, Paris n'est pas une commune[2],[3] : elle n'est pas une « ville de commune »[4] mais une « ville de prévôté »[5]. Le prévôt de Paris (præpositus Parisiensis en latin médiéval)[6] est le juge royal ordinaire de la ville, prévôté et vicomté de Paris[7]. Son siège[8] est le Grand Châtelet[9] réputé avoir été tant la demeure des comtes de Paris[10] que le lieu où ils rendaient la justice, soit en personne, soit par un prévôt[10].

Le premier prévôt de Paris est attesté en sous le règne de Philippe Ier[11]. La prévôté de Paris est réputée la plus ancienne justice royale du royaume[12]. Par une première fiction juridique, le roi lui-même est réputé être le « vrai » prévôt de Paris[13]. Par une seconde fiction juridique, le royaume est réputé être « une extension de la prévôté de Paris »[14]. Le prévôt est le chef du Châtelet qui exerce en son nom ses attributions en matière de justice : la juridiction prévôtale, bailliagère et présidiale[7]. Le prévôt de Paris, comme bailli royal, est le juge d'appel des juridictions, royales ou seigneuriale, comprises dans son ressort[7].

En , à la suite de la révolte des Maillotins, Charles VI supprime les tous les droits et privilèges de Paris, dont sa prévôté des marchands qu'il attribue au prévôt de Paris[15]. Il ne les rétablira qu'en [16]. Pour autant, dès , il avait nommé, en sus du prévôt de Paris, un « garde de la prévôté des marchands pour le roi »[17] avant, la même année, d'en préciser les attributions[18].

À la fin de l'Ancien Régime, le prévôt de Paris n'est plus que le chef nominal du Châtelet[19],[20]. Son chef effectif est le lieutenant civil[19],[20].

Il avait pour mission d’intervenir dans les actes où le roi avait quelque intérêt à défendre et il le remplaçait aux audiences du Châtelet, à la juridiction duquel il était préposé. Il veillait à la bonne administration de la justice et au maintien des coutumes du pays et il siégeait de droit aux États généraux, comme premier juge de Paris. Il confirmait les sentences d’interprétation du parloir aux bourgeois, régissait le commandement de la noblesse, l’intendance des armes et la surveillance du guet de la ville : la police et la sûreté de la ville étaient remises à ses soins.

À partir de Louis IX, le prévôt de Paris cumule deux fonctions et deux titres : il est prévôt de la châtellenie-prévôté de Paris et bailli de chaque châtellenie-prévôté de la vicomté de Paris[21].

Le prévôt de Paris dut d’abord gérer seul sa charge, avec l’assistance d’un clerc pour les écritures. Mais bientôt on lui donna pour l’aider un procureur du roi, un lieutenant civil, deux avocats du roi, huit conseillers et un lieutenant criminel. La multiplicité toujours croissante des affaires fit qu’il dut s’adjoindre des enquêteurs pour le seconder dans l’instruction des procès et des auditeurs pour l’aider à rendre la justice.

La prévôté de Paris était constituée de plusieurs chambres, à savoir : la chambre de la prévôté au parc civil, le présidial, la chambre de police, la chambre criminelle, la chambre du prévôt de l'Île-de-France, la chambre du procureur du roi et la chambre du juge auditeur.

Le siège du prévôt de Paris et de ses lieutenants se trouvait au Grand Châtelet.

Principales évolutions de la charge

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Mise en place

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Le comté de Paris ayant été réuni à la couronne sous Hugues Capet, on y établit un prévôt. On ne peut préciser la date de cet établissement, mais il existait en 1060, selon une charte de cette année-là.

Philippe Auguste ordonna en 1200 que le prévôt de Paris prête serment entre les mains du recteur de l’Université, car il en était le garant des privilèges. Les prévôts ont régulièrement prêté ce serment jusqu’au XVIIe siècle.

La réforme de Saint Louis

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Sous la régence de la mère de Saint Louis, la prévôté de Paris fut donnée à ferme par adjudication à des bourgeois de Paris, comme l’étaient déjà toutes les autres prévôtés du royaume, et partagée entre deux officiers exerçant l'un le pouvoir judiciaire, l'autre le pouvoir financier.

En 1260, au retour de la septième croisade, Saint-Louis mit fin aux abus générés par cette décision en abolissant la vénalité de l’office et en y plaçant l'année suivante Étienne Boileau[22], un homme renommé pour sa probité, son savoir et son énergie. Le roi créa également un nouveau poste, celui de gardien de la ville, ayant compétence sur le guet royal et le guet des métiers chargé de la sécurité de la ville. Son premier titulaire fut Geoffroy de Courtray.

Les évolutions successives

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Philippe le Bel octroya au prévôt de Paris, en 1309, le privilège de paraître dans les cérémonies escorté de douze sergents vêtus de cottes d’armes et munis de hallebardes.

Charles VI de France voulut, après la suppression du prévôt des marchands (consécutive à la révolte des Maillotins), donner plus d’éclat au prévôt royal et, dans ses lettres du qui réunissaient la maison de ville de Paris à l’office de la prévôté de Paris, il désigna le Petit Châtelet, réédifié par Hugues Aubriot, pour servir de demeure au prévôt, afin qu’il soit toujours au centre même de ses fonctions.

Dans les derniers temps, le prévôt de Paris ne siégeait qu'aux cérémonies d'éclat. Il ne conservait au Châtelet que sa voix comme le moindre conseiller, et quoique président, il ne parlait jamais et ne prononçait même pas les sentences rendues en son nom. C'est le lieutenant civil qui articulait : Monsieur le prévôt de Paris a dit...

Le dernier prévôt de Paris fut Anne Gabriel de Boulainvilliers, jusqu'en 1792. Le marquis de Boulainvilliers portait le titre de prévôt de ville, prévôté et vicomté de Paris, et conservateur des privilèges royaux de l'Université et, à cette époque, le nombre des agents du prévôt dépassait 1550.

De à , les ressorts de la juridiction du prévôt de Paris comprennent la ville de Paris, ses faubourgs, sa banlieue et un partie de l'Île-de-France. En effet, toutes les chambres du Châtelet n'ont pas la même compétence territoriale : par exemple, la Chambre criminelle, le Chambre de police et la Chambre du procureur du roi ont pour ressort la ville de Paris et des faubourgs alors que le ressort la Chambre de la prévôté d'Île-de-France comprend la banlieue de Paris mais ni la ville ni ses faubourgs[23].

Faubourgs de Paris

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Banlieue de Paris

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L'étendue de la banlieue de Paris est publiée, chaque année, dans l'Almanach royal d'après le Grand Livre jaune (fo 24) et les Bannières (vol. 13, fo 81)[24].

L'Almanach royal de 1789 donne[24] : Vaugirard ; Issy (Issy-les-Moulineaux) ; le moulin des Chartreux et la première maison de Clamard (Clamart) ; Vanves ; Montrouge ; Châtillon ; Bagneux, jusqu'au ruisseau du Bourg-la-Reine ; Gentilly ; l'Hôtel de Saint-Martin ; La Villette ; La Chapelle ; Aubervilliers, jusqu'au ruisseau de La Courneuve ; Saint-Ouen (Saint-Ouen-sur-Seine) ; Saint-Denis, jusqu'au Gris ; la Maison de Seine ; Montmartre ; Clichy-la-Garenne (Clichy) ; Arcueil et Cachant (Cachan), jusqu'à la rue de Lay, dont il y a quatre ou cinq maisons audit village de Lay (L'Haÿ-les-Roses) qui en sont ; Villeneuve (Villejuif) ; La Saussaye, jusqu'au chemin du Moulin-à-Vent ; Yvry (Ivry-sur-Seine) ; le pont de Charenton ; Saint-Mandé ; Villiers-la-Garenne ; le port de Nully (Neuilly-sur-Seine) ; Le Roule ; Menus (Menus-lès-Saint-Cloud) ; Boulogne, jusqu'au pont de Saint-Cloud et jusqu'à la croix dudit pont ; Conflans ; Charonne ; Bagnolet ; Romainville, jusqu'au grand chemin de Noisy-le-Sec ; Pantin et Le Pré-Saint-Gervais ; Patrouville (Paterville) dit Belleville ; Les Ostes Saint Merry ; l'Hôtel de Savy, dit Auteuil ; Passy ; Chaillot ; la Ville-l'Évêque ; Vitry (Vitry-sur-Seine), jusqu'à la fontaine ; la Pissotte, jusqu'à la planche du ruisseau ; Montreuil, jusqu'à la première rue venant à Paris du côté du bois de Vincennes.

Vicomté de Paris

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La vicomté de Paris semble s'être d'abord entendue du ressort de la châtellenie de Paris[25]. Elle comprenait alors, outre la prévôté de Paris, des seigneuries qui relevaient du château de Paris[25] ; les autres châtellenies du comté de Paris — telles celles de Poissy, Gonesse, Corbeil, Montlhéry et Châteaufort — en étaient exclues[25]. Puis la vicomté de Paris a été assimilée au bailliage ou baillie de Paris[26]. Elle a alors compris, outre la prévôté de Paris, celles de Montlhéry, Gonesse, Châteaufort, Poissy, Saint-Gemme, Corbeil, Luzarches, Chilly, Longjumeau, Tournan, Marly, Fontenay et Vivier-en-Brie, ainsi que Torcy[25].

En , Charles VI exige que le prévôt de Paris soit né dans cette ville[27].

En , Louis XII exige qu'il soit docteur in utroque jure (« en l'un et l'autre droits »), c'est-à-dire en droit canonique et en droit civil[28].

Nomination et investiture

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Le roi se réserve la nomination du prévôt de Paris[29]. Il l'investit lui-même en lui remettant un « bâton de commandement »[29].

Réception et installation

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Le prévôt de Paris est reçu en la grand-chambre du parlement de Paris[30]. Il y est conduit accompagné par quatre conseillers — deux clercs et deux laïques — de celle-ci[30]. Après avoir été reçu, il est installé au Châtelet[31] par un président à mortier[31],[32] de la grand-chambre et les quatre conseillers précités[31]. Le président à mortier lui dit, en l'installant : « Je vous installe dans la charge de prévôt de Paris pour l'exercer dignement et au contentement du roi et du public »[31],[29]. Après la cérémonie, il doit faire le présent d'un cheval au président à mortier qui l'a installé[30],[32].

Jusqu'en , le prévôt de Paris est « garde de la prévôté »[33],[34],[35]. En effet, à partir d'Étienne Boileau en , le prévôt reçoit la prévôté « en garde » et non plus « à ferme »[36] : elle cesse d'être affermée[37]. D'autre part, le roi se réserve un droit particulier sur la prévôté : il est réputé lui-même « vrai » prévôt de Paris[33],[34],[35] ; et, en cas de vacance de l'office, le procureur général du roi au parlement de Paris qui tient le siège de prévôt, assurant la suppléance jusqu'à la nomination d'un nouveau prévôt[33],[34],[35].

Il est reconnu « premier bailli de France »[38],[39].

Le costume du prévôt de Paris est celui des pairs de France[29] : l'habit court, le manteau et le collet, l'épée au côté, un bouquet de plumes, et le chapeau[40]. Son insigne est un bâton de commandement qu'il porte à la main[32]. Il revêt cette tenue pour assister aux séances royales, où il occupe sa place sur les derniers degrés du trône, au-dessous du chambellan, aussi bien que pour se présenter aux audiences du Parlement.

Privilèges honorifiques

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Le prévôt de Paris siège, de droit, aux états généraux du royaume[41] comme « premier juge ordinaire et politique de la capitale » de celui-ci[42]. Il est « chef du Châtelet »[41]. Dans la salle des audiences, il siège sous un dais[43] qui est le « dais royal »[29]. Il est « chef de la noblesse »[44] : il marche en tête de la noblesse[41]. Il a une escorte particulière de douze gardes — les « sergents à la douzaine »[41] — attachés à son service et ne devant pas le quitter[29]. Il a un piquet de guet à la porte de son hôtel[41].

Liste des prévôts de Paris

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Depuis Étienne Boileau et la réforme de la fonction voulue par Saint-Louis.

D'après le livre Doulx-Sire, dit Blanc, du Châtelet de Paris[45] :

D'après d'autres archives du Châtelet de Paris[47] :

Notes et références

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  1. Cité en  : Arch. mun. Lille, pièce aux titres, 121/2212. Il apparaît à ce titre, dans la mini-série des Rois maudits, et ses deux adaptations télévisées.

Références

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  1. Informations lexicographiques et étymologiques de « prévôt » (sens I, A, 1, b, prévôt de Paris) dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le ].
  2. Croq 2004, no 4.
  3. Petit-Dutaillis 1970, p. 16.
  4. Andia, Berger et Robert 2006, p. 163.
  5. Bove 2004, p. 7.
  6. Desmaze 1870, chap. Ier, p. 13.
  7. a b et c Mousnier 1980, p. 269.
  8. Ledru-Rollin 1846, no 8, p. 209, col. 1.
  9. Ledru-Rollin 1846, no 2, p. 208, col. 3.
  10. a et b Ledru-Rollin 1846, no 3, p. 208, col. 3.
  11. Luchaire 1891b, p. 312-313.
  12. Ledru-Rollin 1846, no 10, p. 209, col. 1.
  13. Chauveron 1992, p. 70.
  14. Dauphant 2012, IIe partie, chap. 5, sec. II.
  15. Batiffol 1891, p. 270.
  16. Batiffol 1891, p. 274.
  17. Batiffol 1891, p. 272.
  18. Batiffol 1891, p. 275.
  19. a et b Marion 1923, s.v. châtelet, p. 89, col. 1.
  20. a et b Sueur 1989, p. 188.
  21. Grinberg, Geoffroy-Poisson et Laclau 2012, § 18, p. 14.
  22. Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard, janvier 1996, (ISBN 2070733696), p. 234.
  23. Gerbaud 1993, p. 9.
  24. a et b Gerbaud 1993, n. 7, p. 11.
  25. a b c et d Olivier-Martin 1922, p. 39.
  26. Olivier-Martin 1922, p. 39-40.
  27. Lalanne 1877, s.v. prévôt de Paris, p. 1498, col. 1.
  28. Desmaze 1870, chap. II, p. 58.
  29. a b c d e et f Le Roux 1862, p. 175.
  30. a b et c Desmaze 1870, chap. II, p. 53.
  31. a b c et d Desmaze 1870, chap. II, p. 56.
  32. a b et c Chéruel 1899, p. 1016, col. 2.
  33. a b et c Lanhers 1958, p. 166.
  34. a b et c Mousnier 1980, p. 310.
  35. a b et c Pillorget 1988, p. 56.
  36. Serper 1979, p. 131.
  37. Serper 1979, p. 134.
  38. Serper 1979, p. 124.
  39. Serper 1979, p. 132.
  40. Chéruel 1899, p. 1016, col. 1-2.
  41. a b c d et e Lalanne 1877, s.v. prévôt de Paris, p. 1498, col. 1.
  42. Le Roux 1862, p. 174-175.
  43. Desmaze 1870, chap. II, p. 51.
  44. Le Roux 1862, p. 174.
  45. Tuetey 1899, no 5, p. 1-2.
  46. a et b Jean Favier, Les contribuables parisiens à la fin de la guerre de Cent ans : les rôles d'impôt de 1421, 1423 et 1438, Librairie Droz, , 373 p. (ISBN 2-600-03363-7, lire en ligne), p. 57
  47. Gerbaud 1993, p. 35.

Bibliographie

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Dictionnaires et encyclopédies

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Manuels d'enseignement supérieur

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Catalogues de prévôts de Paris

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  • [Delisle 1904] (fr + la) Léopold Delisle (éd. et préf.), Rerum Gallicarum et Francicarum scriptores / Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XXIV : Les enquêtes administratives du règne de Saint Louis et la chronique de l'Anonyme de Béthune, 1re partie : Chronologie des baillis et des sénéchaux royaux depuis les origines jusqu'à l'avènement de Philippe de Valois (préf.), Paris, Imprimerie impériale, coll. « Recueil des historiens des Gaules et de la France » (no 24 / 1), , 1re éd., 385 p., 45 cm (OCLC 495414410, BNF 30318353, SUDOC 069960194, lire en ligne Accès libre [PDF]), sec. 1 (« Prévôts de Paris »), p. 15-35.
  • [Le Clerc 1877] Charles Le Clerc de Bussy, Armorial des prévôts de Paris (-) : extrait d'un manuscrit inédit de Waignart, de la fin du XVIe siècle, suivi d'une : Note sur l'origine des prévôts de Paris et leurs fonctions, Paris, J.-B. Dumoulin, hors coll., , 1re éd., 16 p., in-8o (OCLC 465360549, BNF 36475707, SUDOC 181575485, lire en ligne Accès libre [PDF]), réimpr. de Revue nobiliaire, héraldique et biographique, 3e sér., t. II, no 9-10, , p. 429-444 (lire en ligne Accès libre [PDF]).

Archives du Châtelet

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Articles connexes

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Liens externes

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