Postposition

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

En grammaire, une postposition est un mot-outil utilisé dans certaines langues. Elle est placée après un mot d’une classe grammaticale nominale (nom, pronom), correspondant dans d’autres langues à une préposition[1]. Le syntagme nominal ainsi formé remplit la fonction syntaxique de complément d’objet indirect ou circonstanciel.

Des linguistes ont remarqué que la postposition est préférée par des langues appartenant à un certain type syntaxique, les langues SOV, dans lesquelles l’ordre des mots prédominant est sujet-objet-verbe, alors que l’emploi de prépositions est typique pour les langues SVO (ordre des mots sujet-verbe-objet)[2]. Des langues à postpositions prédominantes se trouvent, par exemple, dans la famille des langues finno-ougriennes ou dans celle des langues turques. Par contre, la plupart des langues indo-européennes (à l'exception majeure des langues indo-aryennes) préfèrent les prépositions.

Dans des langues préférant les postpositions[modifier | modifier le code]

Une langue qui n’a pas de prépositions mais seulement des postpositions est le turc[3]. Exemple : Kızlar denize doğru koșuyordu « Les filles couraient vers la mer »[4].

En japonais aussi, les mots correspondant aux prépositions sont de façon caractéristique des postpositions : Tōkyō kara (東京から?, « de(puis) Tokyo »), Kyōto made (京都まで?, « à/vers Kyoto »)[5].

En hongrois, les COI et les CC sont exprimés presque exclusivement avec seulement des suffixes, avec seulement des postpositions ou avec les deux à la fois. Exemples :

  • complément avec postposition seulement: Három nap múlva jövök haza « Je rentre à la maison dans trois jours[6];
  • complément avec suffixe et postposition: Imrén kívül senki sem volt pontos « À part Imre, personne n’a été à l’heure »[7].

Certaines postpositions peuvent recevoir des suffixes personnels, les mêmes que ceux qui correspondent aux adjectifs possessifs français. On forme ainsi des COI et des CC équivalant à ceux qu’on exprime en français par des syntagmes préposition + pronom personnel. Par exemple, dans la phrase János nélkül nem megyünk, ő se megy nélkülünk « Nous n’y allons pas sans János, et lui non plus n’y va pas sans nous », la postposition correspondant à « sans » apparaît la deuxième fois avec le suffixe -ünk, le mot ainsi formé signifiant « sans nous »[8].

Il existe des langues dans lesquelles les postpositions sont prépondérantes mais qui possèdent des prépositions aussi, comme le finnois. Exemple : Ne odottaa kirkon edessä « Ils/Elles attendent devant l’église »[9]. Dans cette langue également, il y a des compléments exprimés par des postpositions munies de suffixes personnels : He seisoivat edelleen edessäni « Ils/Elles continuaient de se tenir devant moi »[10].

Dans des langues préférant les prépositions[modifier | modifier le code]

Bien que la plupart des langues indo-européennes tendent à employer des prépositions, il en existe tout de même qui ont quelques postpositions aussi. De telles langues sont, par exemple :

  • le latin classique[1] :
    • postposition accentuée, détachée du mot nominal : mortis causa « pour cause de décès » ;
    • postposition atone, attachée au mot nominal : nobiscum « avec nous », vobiscum « avec vous » ;
  • l’anglais : ten years ago « il y a dix ans », ten years hence « dans dix ans », ten miles away « à dix milles (d’ici) »[5] ;
  • l'allemand : den Fluss entlang « le long de la rivière » (mais on peut aussi l'employer comme préposition : entlang des Flusses) ;
  • le français : « dix ans avant », « dix ans après » (ce sont en général des adverbes courts qui modifient en groupe nominal et qui remplacent une subordonnée verbale ou un adjectif qualificatif, en employant souvent le même terme qu'une préposition verbale ou nominale subordonnée, sous-entendue par le contexte).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dubois 2002, p. 374-375.
  2. Eifring 2005, chap. 4, p. 2.
  3. Göksel et Kerslake 2005, p. 214.
  4. Göksel et Kerslake 2005, p. 217.
  5. a et b Eifring 2005, chap. 2. p. 24-25.
  6. Rounds 2001, p. 155.
  7. Rounds 2001, p. 107.
  8. Rounds 2001, p. 157.
  9. Abondolo 1998, p. 155.
  10. Abondolo 1998, p. 171.

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]