Pont du détroit de Tacoma (1940)

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Pont du détroit de Tacoma
Mise en service du pont du détroit de Tacoma, le 1er juillet 1940.
Mise en service du pont du détroit de Tacoma, le 1er juillet 1940.
Géographie
Pays États-Unis
État État de Washington
Commune Tacoma
Coordonnées géographiques 47° 16′ 05″ N, 122° 33′ 02″ O
Fonction
Franchit Détroit de Tacoma (Puget Sound)
Fonction Pont autoroutier (SR16)
Caractéristiques techniques
Type Pont suspendu
Longueur 1 810,2 m
Portée principale 853,4 m
Hauteur libre 59,4 m
Matériau(x) Acier
Construction
Démolition
Inauguration
Mise en service

Géolocalisation sur la carte : Washington

(Voir situation sur carte : Washington)
Pont du détroit de Tacoma

Géolocalisation sur la carte : États-Unis

(Voir situation sur carte : États-Unis)
Pont du détroit de Tacoma

Le pont du détroit de Tacoma ou pont de Tacoma, en anglais Tacoma Narrows Bridge, est un pont suspendu qui franchissait le détroit de Tacoma, un rétrécissement du Puget Sound, aux États-Unis. Il reliait les villes de Tacoma et de Gig Harbor dans l'État de Washington. Inauguré le , il s'effondre le , lors d'un des plus célèbres accidents de génie civil. Le pont de substitution, ouvert en 1950, est toujours en service ; il a été doublé en 2007.

Effondrement[modifier | modifier le code]

Film de la destruction du pont en 1940.
Le pont de 1940 après l'effondrement.

Lors de la rupture de l'ouvrage, la vitesse du vent était d'environ 65 km/h. Des oscillations de grande amplitude en torsion sont apparues à 10 h, menant à l'effondrement du pont à 11 h 10. Le pont avait été dimensionné pour résister au vent, mais en ne tenant compte que des effets statiques[1].

Une explication erronée de l’accident, néanmoins très répandue[2], consiste à incriminer un phénomène de résonance entre le pont et des tourbillons d’air formés dans le sillage du tablier. Ce type de tourbillon se détache de l’arrière de certains obstacles à une fréquence bien déterminée qui dépend de la vitesse moyenne du vent et de la forme de l’obstacle. Ils produisent une variation alternative de la pression de l’air, ce qui engendre une force aérodynamique périodique sur le pont. Lorsque la fréquence de cette force correspond à l’une des fréquences de vibration naturelle du pont, un phénomène de résonance peut se déclencher, au cours duquel les mouvements de la structure s'amplifient. Dans le cas du pont de Tacoma, cette explication n'est pas valable : la fréquence de torsion du pont était de 0,2 Hz, tandis que celle des tourbillons était d’environ 1 Hz[1]

En raison du couplage aéroélastique, un échange d’énergie mécanique se produit entre le vent et le pont qui oscille. On dit que le pont est stable lorsque l’énergie mécanique est transférée du pont vers le vent qui la dissipe. Lorsqu’un événement extérieur engendre une petite oscillation initiale, par exemple le passage d’un camion ou une rafale de vent, alors cette oscillation va s’amortir. De plus, le vent n’est jamais parfaitement constant : les petites variations de vitesse autour de la vitesse moyenne suffisent à produire de petites oscillations. Mais si la vitesse moyenne du vent est suffisamment élevée, au-dessus de ce que l’on appelle la « vitesse critique », le pont est instable, et l’oscillation initiale s’amplifie. L'énergie se transfère alors du vent vers le pont, et les oscillations s’amplifient en raison du couplage aéroélastique, jusqu'à la ruine. Ce mécanisme n'était connu en 1940 que pour les ailes d'avion et personne n'envisageait ce scénario pour la conception des ponts suspendus[3].[style à revoir]

Les ponts de 2007 (à gauche) et de 1950 (à droite).

Dans le cas du pont de Tacoma, la déformation en torsion du tablier s’observe facilement sur les extraits du film et engendre une variation de l’angle d’incidence du vent. Ce changement d’incidence modifie l’écoulement du vent autour du tablier, lequel, en retour, modifie le couple de torsion, et ainsi de suite, de sorte que le pont capte de l’énergie au vent à chaque fois qu’il oscille. Ce mécanisme s'appelle un « flottement de décrochage ». De façon plus générale, il s'agit d'une instabilité aéroélastique de torsion dans laquelle le vent engendre un amortissement négatif[4]. L’amplitude des vibrations augmente progressivement jusqu’à ce que les grandes déformations produisent d'autres effets sur les câbles et les autres composants qui conduisent finalement à sa ruine. Cette explication a été confirmée par plusieurs études en soufflerie depuis les années 1940 et ce phénomène aujourd’hui bien connu des concepteurs est systématiquement étudié[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Daniel Green et William G. Unruh, « The Failure of the Tacoma Bridge: A physical model », American Journal of Physics, vol. 74, no 8,‎ , p. 706–716 (DOI 10.1119/1.2201854).
  2. (en) K. Yusuf Billah et Robert H. Scanlan, « Resonance, Tacoma Narrows Bridge Failure, and Undergraduate Physics Textbooks », American Journal of Physics, vol. 59, no 2,‎ , p. 118–124 (DOI 10.1119/1.16590).
  3. Jean-Michel Courty et Édouard Kierlik, « Pont de Tacoma : la contre-enquête », sur Pourlascience.fr (consulté le 9 avril 2015).
  4. Pascal Hémon, Vibrations des structures couplées avec le vent, Palaiseau, Éditions de l'École polytechnique, (ISBN 2-7302-1332-5).
  5. Christian Crémona (dir.) et Jean-Claude Foucriat (dir.), Comportement au vent des ponts, Paris, Presses de l'École nationale des ponts et chaussées, (ISBN 2-85978-360-1).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chapitre « Galloping Gertie » dans Mario Salvadori et Matthys Levy, Pourquoi ça tombe ?, Parenthèses, coll. « eupalinos », p. 87-95.
  • David B. Steinman, Suspension bridges: the aerodynamic problem and its solution, p. 209-251, IABSE/AIPC/IVBH publications, 1954 (lire en ligne)
  • C. Scruton, An experimental investigation of the aerodynamic stability of Suspension bridges, p. 463-473, IABSE/AIPC/IVBH publications, 1948 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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