Pierre Jaouën

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Pierre Jaouën
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Biographie
Naissance
Décès
(à 83 ans)
Paris 15e
Nationalité
Activité

Pierre Jaouën, né le à Ploudalmézeau[1] et mort le à Paris 15e, est un peintre français.

Il est notamment connu pour sa proximité initiale avec le mouvement surréaliste et le mouvement de l'abstraction lyrique des années 1950 et 1960.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeune peintre breton, Pierre Jaouën fréquente par l’intermédiaire du critique d’art Charles Estienne (1908-1966) dans les années 1950 le groupe surréaliste autour d’André Breton (1896-1966), dont il retient le principe de l’écriture automatique.

Parallèlement, la forte amitié qui le lie à Charles Estienne l'a intéressé au tachisme, à cette frontière fragile qui marque le passage de la figuration à l’abstraction.

En 1954 et 1955, Charles Estienne invite certains des peintres qu’il défend, Jean Degottex et René Duvillier, à découvrir son pays, la Bretagne (Finistère Nord, plages d’Argenton à Landunvez et de Tréompan à Ploudalmézeau) afin d’expérimenter l’influence des éléments naturels sur leur œuvre. Serge Poliakoff y fera également un séjour d’une vingtaine de jours. Puis le sculpteur tchèque Jan Křížek et la peintre Fahr-el-Nissa Zeid découvrent le Finistère et fréquentent la famille Jaouën. Ils sympathisent avec les enfants (alors jeunes adultes) de la famille Jaouën : Pierre et Anne-Yvonne[2].

En 1956, Pierre Jaouën invite le sculpteur Jan Křížek à séjourner pendant l’été à Ploudalmézeau dans le Finistère. Installé dans un premier temps dans une maison qui surplombe le port de Trémazan, il préfère bientôt l’espace clos du jardin de l’ancien presbytère, maison de famille des Jaouën. Il y séjourne deux mois et réalise plusieurs sculptures en granit.

L'entente de Breton et d'Estienne s'est scellée autour de la querelle du « tachisme » qui s'est développée à l'issue du second Salon d'Octobre à Paris en 1953. Créé à l'initiative de Charles Estienne en 1952, ce salon réunit des artistes abstraits sous le signe du lyrisme, qui souhaitaient être exposés dans des conditions satisfaisantes. Après la réussite de cette seconde manifestation, Estienne lance le à la tribune de Combat-Art (no 4) un manifeste: « Une révolution : le Tachisme », avec le soutien de André Breton dans un encadré : « Leçon d'Octobre ». Les deux hommes célèbrent l'union d'une certaine forme d'abstraction et du surréalisme, à la grande surprise de certains artistes exposés au Salon, comme Pierre Alechinsky. Les mécontents y voient une tentative de récupération par les surréalistes et refusent le mot « tachisme », jugé trop vague. La polémique fait rage par voie de presse et les critiques se déchaînent. C’est dans ce contexte que Pierre Jaouën se rapproche alors des peintres Jean Degottex, René Duvillier, de l’artiste surréaliste Jean-Claude Silbermann dont il sera très proche, du sculpteur tchèque Jan Křížek et d’Yves Elléouët (écrivain et peintre, gendre d’André Breton).

Il s’ouvre également à la philosophie extrême-orientale et pratique avec un maître Zen.

Durant son compagnonnage avec les surréalistes, Pierre Jaouën participe aux activités du groupe et notamment à la publication des revues. On trouve ainsi dans la seconde livraison de la revue surréaliste majeure de l’après-guerre : Le surréalisme, même, dirigée par André Breton et éditée par Jean-Jacques Pauvert, au printemps 1957, un dessin de Pierre Jaouën accompagnant un poème, une chanson plus exactement, de Charles Estienne : « Les deux fleurs » (p.149.) :

Un dessin de Pierre Jaouën est encore reproduit dans la revue surréaliste : Bief, jonction surréaliste[3], dirigée par Gérard Legrand, secrétaire de rédaction : Jean-Claude Silbermann, dans la cinquième livraison du .

Les encres et aquarelles réalisées à cette période témoignent de la conjugaison de ces diverses influences, et sont en étroite relation avec le paysage. Parcourant l’Écosse, l’Irlande, la Bretagne, il s’attache à construire un nouveau langage de signes abstraits susceptibles de rendre compte de la puissance, de l’intensité de la perception du réel.

Se définissant lui-même avec humour comme hérétique, Pierre Jaouën refuse l’appartenance à un quelconque mouvement, préférant la posture de l’artiste nomade - il a toujours voyagé - ouvert sur la poésie du monde.

Collaboration avec Pierre Elléouët[modifier | modifier le code]

Au cours des années 1950, Pierre Jaouën et Yves Elléouët. réalisent ensemble des stèles et « des fresques symboliques où le concept espace-temps s’intègre à des signes cosmiques » (Robert Benayoun, texte reproduit dans le catalogue de la Mostra internazionale del Surrealismo, Galleria Schwartz, Milano, 1961). Ils peignent sur de la chaux avec des poudres de couleur les images d’un monde légendaire. Les fresques sont exposées à Paris en à la Galerie La Cour d’Ingres.

Dans sa correspondance, échangée par André Breton avec sa fille Aube, et Yves Elléouët, son gendre, figure notamment une lettre d'André Breton du , envoyée de Saint-Cirq-Lapopie où ce dernier s'enquit des recherches et œuvres communes effectuées par Yves Elléouët et Pierre Jaouën[4].

Pierre Jaouën écrit à propos d'Yves Elléouët : « ce serait absurde de faire un parallèle entre l’œuvre écrite et l’œuvre peinte, de les considérer comme des miroirs jumeaux, parce que d’un côté on a l’unité de climat, de sentiment, de vision et aussi ce courant frais, qui vient des profondeurs et fait le lien entre les écrivains celtes de tous horizons ; de l’autre côté on a une série d’images dans lesquelles on sent l’influence des courants d’après-guerre, d’où la variété des styles, d’où l’alternance entre figuration et abstraction."[5]

Durant ces mêmes années 1950-1960, Yves Elléouët, Charles Estienne et Pierre Jaouën se voient chaque année durant l’été en Bretagne dans le Finistère, à Ploudalmézeau. Ils écrivent à quatre (avec Marie-Hélène Estienne) : Portrait d’un château, sous la forme d’un roman gothique épistolaire, inédit à ce jour.

Collaboration avec Jean Claude Silbermann[modifier | modifier le code]

Le peintre surréaliste Jean-Claude Silbermann a été profondément marqué par son amitié et son apprentissage de peintre auprès de Pierre Jaouën et a souvent témoigné à ce sujet : « Pierre Jaouën qui cherchait par la peinture et par la vie le lieu et la formule m’a insufflé – lui si virtuose – le courage de ma maladresse et ma vie s’en est trouvée réorientée. ». « A un moment où je n'arrivais plus à écrire, en 1962, j'ai rencontré le peintre Pierre Jaouën qui connaissait les mêmes difficultés ; il a trouvé que je parlais bien de sa peinture et m'a incité à m'y mettre, me donnant les quelques notions nécessaires ».

Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la Guerre d’Algérie[modifier | modifier le code]

Le , 121 écrivains, universitaires et artistes rendent public le texte de la Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la Guerre d’Algérie que l’on appellera le Manifeste des 121.

Cet appel qui prône la désobéissance militaire et l’indépendance de l’Algérie est un des plus célèbres brûlots du XXème siècle. Il fut d’emblée censuré et certains de ses signataires furent poursuivis ou interdits de travail dans la fonction publique.

Pierre Jaouën fut un des 121 signataires de ce manifeste.

Années 1970 et 1980[modifier | modifier le code]

Plus tard dans les années 1970, Pierre Jaouën s’associe à l’aventure du Free Dance Song, lieu d’un échange permanent entre musiciens et danseurs, proche des travaux du Living Theater de Julian Beck et Judith Malina, mais aussi du free jazz...

Au Japon et aux États-Unis, il pratique les arts martiaux, le sabre, le bâton, et construit la pureté du geste et l’harmonie du souffle qui animent les aquarelles du livre d’artiste Mélusine.

Les œuvres sur papier de Pierre Jaouën qu’il s’agisse d’aquarelles, ou d’encres se caractérisent par un geste virtuose, très sûr, un souffle vital et une harmonie, proche du « souffle-esprit » décrit par François Cheng sur l’art pictural chinois.

Pierre Jaouën et emmanuelle k. entament à partir des années 1980 une longue collaboration artistique qui aboutira en 2007 à la parution du livre d’artiste Mélusine[6].

« Pierre Jaouën et moi avons travaillé ensemble. Pour chaque nouvelle page, j’entre dans le texte, le revis, parlant pour moi comme pour lui, puis je le lui lis. Il écoute, se laisse traverser, immobile, puisant à cette énergie immédiate, l’impression qui va guider son geste… C’est à chaque fois une innocence, un vide, que seule l’énergie de notre émotion habite. L’aquarelle peut alors advenir…

Je la vois apparaître, à grands coups respirés, comme aboutie avant même le premier effleurement du pinceau… Du vide montent ces espaces aux nuances infinies… Seul un immense savoir-faire peut prendre ainsi le risque de l’innocence, de l’absence d’intention, du « lâcher tout ». C’est comme la poésie naît : à chaque fois, une fulgurance. » emmanuelle k.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres de Pierre Jaouën sont rares à la vente et recherchées. Il se retranche dans une liberté absolue de création et accorde sa vie à cette ascèse. Les quelques œuvres en sa possession qu’elles soient anciennes ou plus récentes sont acquises par des institutions dans les années 2000 (FRAC Bretagne (Rennes), Musée des Beaux-Arts de Brest…).

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 1957 Micro-Salon, galerie Iris Clert, 3 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris, -.
  •  : Exposition de fresques à la Galerie La Cour d’Ingres à Paris avec Yves Elléouët.
  • Salon de Mai, Paris, 1985, 1986, 1987, 1988, 1993 (toile présentée : un triptyque "L'écho").
  • FIAC, Paris.
  • 1984 Charles Estienne, une idée de nature, exposition réalisée à partir des collections du Fonds Régional d’Art Contemporain, Musée des Beaux-Arts de Brest, - .
  • à la Maison des Chanoines, Landunvez.
  • à la Maison des Chanoines, Landunvez.
  • 2011 L’Aventure de l’Art Abstrait : Charles Estienne, critique d’art des années 50, Musée des Beaux Arts de Brest[2].
  • 2015 Exposition « Équilibre… » au Musée Manoli, musée et jardin de sculptures, La Richardais[7].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Mélusine, livre d'artiste, emmanuelle K. (poème), Pierre Jaouën (aquarelles) (Le Krill éditeur, 2007)[6].
  • « Y. Elleouët, un peintre qui a de quoi », in : catalogue de l'exposition : Yves Elleouët peintre-écrivain, Hôtel de Ville de Tréguier, 1996, texte repris dans le catalogue de l'exposition consacrée à Yves Elleouët, au Musée des Beaux-Arts de Quimper (-) puis au Château de Tours (- ), publié par les Éditions Coop Breizh en 2009

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970
  2. a et b « L’aventure de l’art abstrait. Charles Estienne, critique d’art des années 50 », sur https://musee.brest.fr,
  3. Bief, jonction surréaliste, revue, Paris, Le Terrain Vague, 15 novembre 1958-15 avril 1960
  4. André Breton, Lettres à Aube (1938-1966), Paris, Gallimard, collection "Blanche", , P.115-116.
  5. Pierre Jaouën, Yves Elleouët peintre-écrivain, sous la direction d’Henri Le Bellec, article "Y. Elleouët, un peintre qui a de quoi", Tréguier, Hôtel de ville de Tréguier,
  6. a et b « Mélusine, une étrange histoire... », sur www.emmanuelle-k.net (consulté le )
  7. « Équilibre… », sur Frac Bretagne, (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’Aventure de l’Art Abstrait, Charles Estienne, critique d’art des années 50, Musée des Beaux-Arts de Brest, livret pédagogique de l'exposition du au [1].
  • Denise Delouche, Les peintres de la Bretagne, Quimper, éditions Palantines, 2011/ réédition : éditions Ouest France, 2016, 5ème Partie : « L’Atelier Breton : des petites pierres dans l’éclosion des novations », chapitre 4 : « Abstractions », pp.268-276.
  • Lydia Harambourg, L'École de Paris 1945-1965 : dictionnaire des peintres, Neuchâtel, éditions Ides et Calendes, (1ère édition : 1993).
  • Jean-Clarence Lambert, La peinture abstraite, Lausanne, éditions Rencontre, 1967.
  • René Passeron, Encyclopédie du Surréalisme, Paris, Somogy, 1975.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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