Photo de classe

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Daguerréotype anonyme vers 1850, une des toutes premières représentations photographiques d'un maître avec ses élèves.

La photo de classe est un phénomène sociologique et historiographique touchant le domaine scolaire apparu autour des années 1860 avec la démocratisation de la pratique de la photographie. Il consiste à exécuter une photo de groupe des élèves fréquentant une classe donnée chaque année et de leur proposer ce cliché comme souvenir.

Historique[modifier | modifier le code]

Photo anonyme d'une classe rurale vers 1860.
Lycée Condorcet à Paris, classe de 5e, 1897. Photo de Pierre Petit.
Photo de classe de l'établissement féminin Smith College (États-Unis), en 1902.

La photo de classe en tant que telle apparaît, en France, et simultanément dans la plupart des pays occidentaux et leurs colonies, au plus tôt au début des années 1860[1], au moment où les progrès techniques de la photographie ont pu suffisamment raccourcir les temps de poses pour permettre d'obtenir une netteté convenable. Les prises de vue sont faites en extérieur pour exploiter au mieux la lumière du jour. Une des photos les plus célèbres, celle de la classe de l'élève Arthur Rimbaud à l'institution Rossat de Charleville, est datée de 1864.

Plusieurs photographes se spécialisent dans ce domaine, comme Pierre Petit ou Jules David, installé à Levallois, qui fonde dès 1867 une entreprise de photos scolaires et s'associe avec le portraitiste Edmond Vallois vers 1910. Ils couvrent tout le territoire français et font même des photos à l'étranger. La Société David et Vallois existe toujours de nos jours[2], tout comme la société Tourte et Petitin qui exerce depuis les années 1920. Des petits studios locaux complètent la couverture du territoire.

En 1898, afin de préparer l'exposition universelle de 1900, l'administration de l'Instruction publique demande à de nombreuses écoles de prendre des clichés afin d'en organiser l'exposition. Ces photos n'étaient pas à l'époque proposées à l'achat par les élèves[3]. La période 1900-1940 voit un développement important de la photo scolaire, d'abord dans les établissements riches et réputés, puis dans toutes les écoles.

L'âge d'or de la photo de classe se situe entre 1950 et 1980 avec la généralisation de la photo couleur, période où elle devient une quasi institution. Tolérée par le ministère de l'Éducation nationale, la pratique est cependant règlementée par des circulaires et son impact économique contrôlé par les coopératives scolaires ou autres Caisse des Écoles[4]. Chaque établissement propose des photos et ces documents sont remis en vogue aujourd'hui grâce à internet et la naissance de sites comme Photo-de-classe.com, Copainsdavant.com ou Trombi.com. Les photos de classe des anciens DOM d'Algérie sont disponibles aux Archives nationales de l'Outre mer. L'arrivée de la photo numérique après 1990 freine un peu le phénomène mais ne le fait pas complètement disparaître.

Éléments iconographiques[modifier | modifier le code]

La photo de classe est un document dont l'étude permet un grand nombre de constatations et en l'absence de notifications directe de sa date ou de son origine, on peut trouver des indices permettent de situer une époque approximative.

  • Entre 1860 et 1882, avant les lois Jules Ferry, beaucoup de photos des petites classes montrent des groupes mixtes, cela disparaît ensuite avec l’institutionnalisation de l'école publique, pour réapparaître vers les années 1960.
  • Le costume enfantin évolue progressivement, le costume marin apparaît vers 1890, les chaussures remplacent les bottines, le pantalon de golf est typique des années 1930. La proportion d'élèves portant des lunettes, pratiquement inexistantes avant 1920, devient de plus en plus importante au fil des années.
  • L'attitude et la théâtralisation de la pose évolue : très hiératique, d'aspect sévère et contrainte, elle s'assouplit peu à peu et le sourire apparaît après 1945. Déjà repérable dans les années 60, l'individualisation et l'originalité de la tenue de l'élève, affranchie du tablier, s'exprime tout à coup au détour de 1968, en une année, la transition est spectaculaire[5].

Signification sociologique[modifier | modifier le code]

Christine Charpentier (La Photo de classe, Palimpseste contemporain de l'institution scolaire, éditions L'Harmattan, 2009.) fait une étude détaillée des informations explicites ou implicites contenues dans les photos de classe. Chronologiquement, par leur composition matérielle : choix du lieu de la prise de vue, mise en scène et pose des élèves, évolution des costumes et sociologiquement, pour une même ville et au même moment, par comparaison des différences visibles entre les établissements publics et les écoles privées ou entre différents quartiers d'une même localité.

Autour du thème de la photo de classe[modifier | modifier le code]

Grâce à son pouvoir d'évocation nostalgique, le thème de la photo de classe a été assez souvent exploité dans différentes œuvres :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yvette Delsaut, La Photo de classe, in: Carnet de sociologie, 1988, pp 83-96.
  • Michèle Chauché, La Photo de classe et l'expression : jalons pour une histoire, in Revue française de pédagogie, n°98, 1992, pp 7-11. [lire en ligne] sur le site Persée.fr, étudie la période 1945-1989.
  • Christine Charpentier, La Photo de classe, palimpseste contemporain de l'institution scolaire, éditions L'Harmattan, Paris, 2009, (ISBN 9782296077461)
  • Dominique Noguez, La Photo de classe, emblème de la République, article dans Libération-Magazine, n°8, 29 janvier 1995.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lors de l'exposition Le Daguerréotype français en 2003 au musée d'Orsay, un cliché anonyme daté de 1850 représentait un Abbé entouré de ses élèves à Saint-Cloud, c'est une des plus anciennes photos de classe connue.
  2. Site officiel de David et Vallois
  3. [Christine Charpentier, La Photo de classe, palimpseste contemporain de l'institution scolaire, page 26.
  4. Jusqu'en 2002, les différentes circulaires interdisaient, sans être toujours respectées, la vente de photos individuelles accompagnant la photo de groupe. Sous la pression des photographes, cette disposition a été abrogée en échange d'un code de bonne conduite concernant les aspects financiers, de publicité, de droit à l'image, etc. (circulaire n°2003-09 du 15 juin 2003)
  5. « L'année 1968 marquera, pour de nombreux établissements, la rupture la plus catégorique, tant en ce qui concerne les tenues corporelles et vestimentaires de l'ensemble des protagonistes, maîtres et élèves, que la composition des groupes ou la possibilité d'une individualisation revendiquée de celui-ci. » C. Charpentier-Boude, La photo de classe,op.cit. page 93.
  6. Notice sur le site Flach Film.com et lien pour le voir en ligne.
  7. Les 5 derniers films cités sont repris du livre de Christine Charpentier, La Photo de classe, éditions L'Harmattan, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]