Période axiale

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Selon Jaspers, la période axiale a donné naissance à la philosophie en tant que discipline.

La période axiale, ou ère axiale, est un concept proposé par le philosophe allemand Karl Jaspers qui concerne l'histoire de la philosophie et des religions. Le terme d'origine est Achsenzeit, c'est-à-dire l'« âge pivot ». La période historique concernée est à la fois vaste (de l'an 800 AEC à 200 AEC) et fluctuante au fil de l'œuvre de l'auteur[réf. nécessaire]. Jaspers a exposé ce concept pour la première fois en 1949 dans son livre L'origine et le sens de l'Histoire[1].

Caractéristiques et personnages[modifier | modifier le code]

Dès les premières pages de l'exposition originale, Jaspers donne une liste de personnalités historiquement marquantes, en précisant que tout se développe à partir de ces quelques noms[2] :

Selon Jaspers, cette période se caractérise par l'apparition de modes de pensée totalement nouveaux, aussi bien en Chine qu'en Inde et en Occident. C'était dans les années 1950 une idée stimulante, sur laquelle Karl Jaspers a pu asseoir ses vues (et son idéalisme ?) sur l'ensemble de ce qu'on appelle les valeurs humaines. Aujourd'hui, au vu des découvertes et des idées accumulées, des précisions s'avèrent indispensables : quel(s) siècle(s), quels hommes, quelles idées, etc. Faute d'un tel recadrage, la "période axiale" ne conserve plus que… son charme, celui d'un certain âge d'or de la pensée. Or la densité des événements intellectuels et l'importance des innovations culturelles dans les temps et lieux considérés sont, assurément, considérables et invitent toujours, sinon de plus en plus, à des rapprochements, des distinctions, de nouvelles synthèses.

Le flou actuel

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Le colloque international tenu en RFA en 1983[3], en même temps qu'il posait pour bornes chronologiques les -VIIIe siècle et -IIe siècle, incluait géographiquement Israël (ou mieux, la Palestine ?) ; et surtout, surprise totale dans les deux dimensions temporelle et spatiale, l'Islam s'y trouvait inclus ! Le mécanisme intellectuel de la période axiale est alors défini comme « une percée dans la transcendance » caractérisée par « la création d'une dichotomie entre le monde commun [ou sublunaire, disaient les Anciens] et le monde divin ».

Le colloque suivant s'est également tenu en Allemagne, en 2008[4]. Il a voulu prendre en considération « une éruption dramatique en quatre endroits d'Eurasie dans la seconde moitié du premier millénaire av. JC : Israël, Grèce, Chine et Inde ». Un site-religion de moins, dates assez différentes… Ce colloque voulait expliquer « comment les tensions et conflits évidents de cette époque peuvent éclairer […] la situation présente ».

Perplexité pour le profane… Ne pourrait-on pas redéfinir la période axiale sur la base de caractéristiques explicites et objectives, même si certaines approximations doivent demeurer ? Telle a été la tentative d'Alain Sournia en 2012, (réf. plus bas), que l'on peut résumer en reprenant les termes mêmes de l'auteur : Les lieux : Méditerranée orientale, Inde du Nord et Chine du Sud. (Zarathoustra, en Perse, pose problème, surtout si les dates doivent faire remonter au millénaire précédent !). Les dates : les ~ VIe et Ve siècles, en débordant localement sur le VIIe. Les phénomènes : avènement de la raison, auto découverte du sujet-pensant, interrogation sur le monde environnant et le monde lointain, foisonnement de penseurs (par centaines dans une capitale ou une contrée) et de pensées, production soudaine et abondante de littérature, fièvres de discussion, ferveur de recherche. Les sujets traités : cet auteur propose d'une part une liste de 7 "leitmotivs", d'autre part un tableau (sur 2 pages en trois colonnes) d'une dizaine de principes tels que défendus, comparativement, en Orient et en Occident.

Pour qui trouverait ce recadrage trop rigoureux, les interrogations ne sont pas pour autant occultées par l'auteur ; en voici les principales :

  • au terme de la période axiale, que reste-t-il de sacré, de divin, de révélé dans la connaissance ?
  • quelles communications et influences entre régions voisines ? Et au total, quelle cohésion d'ensemble, si cohésion il y a ?
  • antériorité d'une période indo-iranienne ? Celle-ci reposerait d'une part sur les plus anciens Veda, d'autre part sur l'Avesta tel que transmis (de voie écrite ou orale) par Zarathoustra. Mais que s'est-il alors passé entre les deux millénaires ?
  • peut-on encore parler de naissance de la « spiritualité », comme Jaspers l'a soutenu le premier ? Ce mot en effet a développé tant d'acceptions…

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Jaspers K., Vom Ursprung und Ziel der Geschichte, München & Zürich, 1949 ; trad. fr. Paris, Plon, 1954.
  2. Jaspers K., Op. cit., Chap 1.
  3. Eisenstadt, SN (Édit.) The origin and diversity of axial age civilizations. State University of New-York Press, 1986, 556 p., ISBN 9-780887-060960.
  4. (en) Bellah, N.R. & Joas, H. (Edit.), 2012, The axial age and its consequences for subsequent history and the present. (Conference, Erfurt, juillet 2008), Belknap Press, ISBN 978-0674066496.)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Origine de la notion
  • Karl Jaspers. Introduction à la philosophie. Librairie Plon, 1951/1988, 188 p., ISBN 2-264-03444-0 ou 9-782264-034441.
  • Karl Jaspers. Origine et sens de l'histoire. Plon, 1954.
  • Karl Jaspers. Les grands philosophes. I. Socrate, Bouddha, Confucius, Jésus. PLon, 1956/1989, 319 p. ISBN 978-2-266-19180-7.
  • Karl Jaspers. Initiation à la méthode philosophique. Éditions Payot, 1966, 228 p., ISBN 2-228-89608-X.

Recherches et études

  • Shmuel Eisenstadt (1982). « The Axial Age: The Emergence of Transcendental Visions and the Rise of Clerics ». European Journal of Sociology 23(2): 294–314.
  • Eisenstadt, SN (Édit.) The origin and diversity of axial age civilizations. State University of New-York Press, 1986, 556 p., ISBN 9-780887-060960.
  • Alain Sournia. Chapitres "Sagesse orientale et philosophie occidentale : la période axiale" et "La pensée a-t-elle un avenir ?" in Fondements d'une philosophie sauvage. Connaissances et savoirs, 2012, 300 p., ISBN 978-2-7539-0187-2.
Essais contemporains
  • Karen Armstrong (2006). The Great Transformation: The Beginnings of our Religious Traditions. NY: Knopf. Description semi-historique des événements et du milieu de la période axiale.
  • Yves Lambert (1999). « Religion in Modernity as a New Axial Age: Secularization or New Religious Forms? ». Oxford University Press: Sociology of Religion Vol. 60 No. 3. p. 303-333. Un cadre général d'analyse des relations entre religion et modernité, dans lequel celle-ci est vue comme une nouvelle période axiale.
  • Yves Lambert. La naissance des religions. De la préhistoire aux religions universalistes. Armand Colin, 2007, ISBN 978-2-200-26346-1.
  • Rodney Stark. Discovering God: A New Look at the Origins of the Great Religions. 2007, NY: HarperOne.
Littérature
  • Gore Vidal (1981). Creation. NY : Random House. Roman dans lequel le narrateur, petit-fils fictionnel de Zoroastre, décrit vers ~445 les rencontres qu'il a pu faire, lors de ses voyages avec les principales figures de la période axiale.

Annexes[modifier | modifier le code]