Ostracon de Khirbet Qeiyafa

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Ostracon de Khirbet Qeiyafa

L'ostracon de Khirbet Qeiyafa, est un ostracon (tesson de poterie) découvert en [1] par l'équipe de Yosef Garfinkel[2], sur le site de Khirbet Qeiyafa en Israël. Khirbet Qeiyafa était une ville fortifiée de la Shéphélah ("bas pays"), entre les hautes terres à l'est et la plaine côtière à l'ouest, située près de Bet Shemesh, dans une strate datée du Xe siècle av. J.-C. (entre -1050 et -970, selon des mesures au carbone 14).

L'ostracon lui-même n'est pas daté[3]. De forme trapézoïdale, il mesure 15 cm sur 16,5 cm[4] et comporte cinq lignes de texte. Cet ostracon pourrait être la plus ancienne inscription connue en hébreu ancien, bien que cela soit contesté[5],[6],[7].

Traductions[modifier | modifier le code]

Dans une conférence à l'université hébraïque de Jérusalem en , le professeur Hagai Misgav présente une proposition de déchiffrement, supportée (avec des variantes) par Yardeni, Ahituv, and Schniedewind[8].

  1. Do not do [anything bad?], and serve [personal name?]
  2. ruler of [geographical name?] . . . ruler . . .
  3. [geographical names?] . . .
  4. [unclear] and wreak judgment on YSD king of Gath . . .
  5. seren of G[aza? . . .] [unclear] . . .

Ce déchiffrement est publié dans le compte-rendu de l'expédition[9].

Le le Professeur Gershon Galil[10] de l'université de HaÏfa fait une déclaration de presse dans laquelle il propose une traduction du passage qu'il affirme être un document légal. Cette traduction contraste avec celle du professeur Hagai Misgav et est rejetée par l'équipe chargée des fouilles à Khirbet Qeiyafa[11],[12].

Le déchiffrement est en discussion et d'autres versions sensiblement différentes ont été proposées[13].

H. Misgav et G. Galil sont d'accord pour affirmer qu'il s'agit d'hébreu ancien, cela à cause du vocabulaire utilisé. De plus, G Galil pense aussi à des raisons d'ordre culturel. Christopher Rollston (université Johns-Hopkins) conteste complètement ce déchiffrement : selon lui, il ne s'agit pas du tout d'hébreu ancien, mais d'une écriture alphabétique primitive ou de protophénicien et, typologiquement, cette écriture est définitivement antérieure au Xe siècle[14].

En 2010, l'épigraphiste français Émile Puech[15] identifie l'écriture comme du protocananéen[16] et publie une translittération en hébreu[17] :

  1. אל תעשק : ועבד א'ל' :|: 'ב'זה
  2. שפט (?) ובכ אלמי'נ' (?) שלט
  3. בגר . ובעלל . קצם(?) יהד
  4. א'ד'מ ושרמ יסד מלכ
  5. חרמ <ששמ> עבדמ : מדרת

La traduction fournie par Puech[18] est alors :

  1. n'opprime pas et sers Di'eu.:|:Le/a spoliait
  2. le juge et la veuve pleurait : il avait pouvoir
  3. sur l'étranger résidant et sur l'enfant, il les supprimait ensemble.
  4. Les hommes et les chefs/officiers ont établi un roi
  5. Il a marqué <soixante> serviteurs parmi les communautés/habitations/générations

Interprétations[modifier | modifier le code]

Yitzhak Sapir qui questionne en partie la lecture de Galil, accepte d'autres suggestions et note que l'aspect social qu'affirme y voir Galil est en accord avec le lieu de la trouvaille, à proximité du portail de la ville, un endroit où les pauvres auraient résidé[19].

Le communiqué de presse de l'université de Haifa affirme que “le royaume d'Israël existait déjà au Xe siècle av. J.-C., et qu'au moins une partie des textes bibliques ont été écrits des centaines d'années avant les dates présentées dans les recherches présentes[11]." Ces affirmations ne sont pas supportées par la communauté (l'université est accusée de courir les donations)[20] Dr Christopher Rollston de l'université Johns-Hopkins avertit qu'“il faut veiller à éviter les tentatives de traiter cette découverte de façon sensationnelle.” et fait les remarques suivantes[14] :

  • Il est communément admis que bien que l'alphabétisation était présente dans les États du Levant au cours du Xe siècle, celle-ci était confinée à un petit groupe (i.e., scribes). De plus des chercheurs comme Frank Moore Cross et David Noel Freedman ont daté certaines portions du texte biblique (des poèmes comme Exode 15 ou Juges 5) à des périodes précédant le Xe siècle, et il n'est donc pas surprenant de découvrir un épigraphe du Xe siècle, et
  • l'ostracon est mal préservé et difficile à lire, de nombreuses traductions ont été proposées. “Il me semble prudent de dire qu'en ce moment l'interprétation de cette inscription n'en est qu'à un stade précoce.”

L'importance de cette inscription hébraïque, outre l'attestation de l'ancienneté de l'écriture hébraïque, est de relancer le débat sur l'antiquité d'une organisation royale et d'une activité scribale hors de Jérusalem. D'après le professeur Gershon Galil, la présence d'un tel écrit en périphérie laisse supposer que les scribes de Jérusalem étaient des écrivains plus capables encore[11]. Neil Asher Silberman lui répond avec véhémence[20], dénonçant « le spectacle du fondamentalisme religieux dans une mascarade qui prétend être de l'archéologie "scientifique" ». Cette découverte apporte des éléments nouveaux dans le débat de l'émergence de la royauté en Israël. Selon la Bible, on écrivait en abondance à la cour de Salomon, pourtant, ce n'est pas au Xe siècle mais deux siècles plus tard seulement qu'on observe un usage véritable de l'écriture à Jérusalem[21]. Au Xe siècle, les découvertes d'ostraca sont infimes sinon inexistantes. Selon Israel Finkelstein, la population de Jérusalem n'était pas encore alphabétisée à l'époque de Salomon[22]. Selon Nadaav Na'aman, si l'écriture apparaît pendant le règne de David ou Salomon, seule la cour pouvait alors être alphabétisée[23].

En 2010, Émile Puech fournit, à partir de la traduction donnée plus haut une nouvelle interprétation de ce texte. Il s'agirait d'un texte en langue cananéenne ou hébraïque, le premier de quelque longueur. Puech penche pour un texte israélite car aucun ossement de porc n'a été trouvé dans la couche archéologique concernée[24]. Ce serait un « document administratif[25] », datant de la fin du XIe siècle plutôt que du début du Xe siècle[26] émis par une administration royale. Ce document serait un message du roi ou d'un ministre à un gouverneur ou notable lui demandant de respecter les nouvelles règles, à savoir le respect des nécessiteux et des étrangers. S'appuyant sur la Bible, Puech relie ce texte à l'établissement de la royauté en Israël, donc à la reconnaissance par le peuple de Saül comme premier roi d'Israël[27].

Analyses de Rollston et d'Israël Finkelstein[modifier | modifier le code]

Si Rollston, Finkelstein et Fantalkin ne contestent pas la datation de l'ostracon, ils réfutent que l'ostracon soit écrit en ancien hébreu[5],[6],[7]. Finkelstein et Fantalkin écrivent même : « L'ostracon de Khirbet Qeiyafa ne révèle rien à propos du royaume de David et de Salomon ! Puisqu'il n'y a pas de preuve que le texte soit écrit en hébreu plutôt qu'en cananéen, nous ne pouvons dire que ce soit un produit israélite. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Qeiyafa Ostracon Chronicle (1)
  2. Hebrew University of Jerusalem
  3. Le matériau des ostraca, pierre ou poterie, ne contient pas de carbone. On ne date un ostracon avec précision que lorsque le texte indique par lui-même une date.
  4. A Fortified City from the Time of King David. Khirbet Qeiyafa Vol. 1 (2007-2008 Seasons). Jerusalem
  5. a et b (en) Christopher Rollston, The Khirbet Qeiyafa Ostracon: Methodological Musings and Caveats, vol. 38, Tel Aviv: Journal of the Institute of Archaeology of Tel Aviv University, (lire en ligne), p. 67-82
  6. a et b (en) Israel Finkelstein and Alexander Fantalkin, Khirbet Qeiyafa: An Unsensational Archaeological and Historical Interpretation., (lire en ligne), p. 38-63
  7. a et b (en)Yigal Levin, A new suggestion, Bulletin of the American Schools of Oriental Research (no 367), (lire en ligne)
  8. Translation by Prof. Hagai Misgav at "Ancient Hebrew Poetry" blog
  9. Scientific report on the 2009 excavation season at Khirbet Qeiyafa, "Notes and News" in the Israel Exploration Journal Vol. 59/2, p. 214-220.
  10. (en) « Researcher's Profile : Professor Gerschon Galil », sur Université de Haïfa, (consulté le 17 janvier 2010)
  11. a b et c Most ancient Hebrew biblical inscription deciphered Press release from University of Haifa.
  12. Lettre officielle fortement critique adressée par l'expédition à Gerson Galil : « Ces affirmations soulèvent plusieurs problèmes d'éthique et de science, qui ont malheureusement été la source dans le public d'une compréhension sérieusement erronée au sujet de l'ostracon de Qeiyafa. » Après avoir soulevé six points d'éthique, la lettre dit de l'apport scientifique du professeur Galil : « Votre contribution ne consiste pas en une lecture ou un déchiffrement de l'inscription, mais plutôt en une reconstruction spéculative de lettres et de mots "manquants". La majeure partie de la troisième ligne et du centre de la cinquième ligne de l'ostracon est illisible et les lettres que vous proposez sont entièrement spéculatives. Les mots principaux sur lesquels votre thèse s'appuie sont reconstruits et n'apparaissent pas comme tels dans la partie lisible de l'ostracon. »
  13. Qeiyafa Ostracon Chronicle (2)
  14. a et b Christopher Rollston, Reflections on the Qeiyafa Ostracon
  15. Émile Puech est directeur de recherches au laboratoire d’études sémitiques anciennes du Collège de France. Voir Pierre Assouline, « Émile Puech et le puzzle de Qumran », sur L'Histoire,
  16. Puech 2010, p. 163
  17. Le texte étant dextrogyre, il y a d'abord translittération en caractères hébreux ensuite inversion de l'ordre des lettres sur chaque ligne. Voir Puech 2010, p. 165.
  18. Puech 2010, p. 171
  19. Prof. Yitzhak Sapir, Canaanite languages and literature, Yahoo Groups
  20. a et b Réponse de Neil Asher Silberman à l'article de Gershon Galil
  21. Pour l'introduction de l'écriture voir Jamieson-Drake, D.W. (1991) Scribes and Schools in Monarchic Judah (JSOTSup 109, Sheffield, Almond Press), pour l'écriture sur ostraca voir Sass, B. (1993) The Pre-Exilic Hebrew Seals : Iconism vs. Aniconism. In Studies in the iconography of Northwest Semitic Inscribed Seals, edited by B. Sass and C. Uehlinger (Fribourg University Press): pp.194-256. et Renz, J. (1995) Die Althebräischen Inschriften, Teil 1 : Text und Kommentar (Darmstadt : Wissenschaftlische Buchgesellschaft), pour l'impression des sceaux voir Avigad, N. et Sass, B. (1997) Corpus of West Semitic Stamp Seals (Jerusalem : The Israël Academy of Sciences and Humanities).
  22. « Les rois sacrés de la Bible » p. 147
  23. Na'aman, N., 'Sources and Composition in the History of Solomon', in: L. K. Handy (ed.), The Age of Solomon (Studies in the History of the Ancient Near East 11), Leiden et al. (1997), 170-186.
  24. Puech 2010, p. 184
  25. Puech 2010, p. 183
  26. Puech 2010, p. 179
  27. Puech 2010, p. 181

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A Fortified City from the Time of King David. Khirbet Qeiyafa, vol. 1, Jerusalem
  • Garfinkel, Yosef and Saar Ganor, « Khirbet Qeiyafa: Sha’arayim », in The Journal of Hebrew Scriptures, 8, article 22, disponible ici
  • Émile Puech, L'ostracon de Khirbet Qeyafa et les débuts de la royauté en Israël, Revue Biblique, vol. 117, n°2, (présentation en ligne), p. 162-184