Narcocorrido

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Vidéo musicale d'un narcocorrido chanté par El Komander.ñ

Un narcocorrido (prononcé en espagnol : [narkokoˈriðo], ballade de la drogue) est un sous-genre du norteño-corrido (ballade du nord), une musique folk traditionnelle du nord du Mexique, à partir duquel plusieurs sous-genres ont évolué. Ce type de musique se retrouve des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. La base rythmique est une polka dansable à l'accordéon.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premiers corridos, qui se concentraient sur les trafiquants de drogue – les « narcos », de « narcotique » – remonte à Juan Ramírez-Pimienta dans les années 1930. Les tout premiers corridos remontent à la révolution mexicaine de 1910, et racontaient des histoires sur les combattants révolutionnaires. Les critiques musicales ont aussi comparé les paroles du narcocorrido au gangsta rap et au mafioso rap[1],[2]. Le chanteur populaire Chalino Sanchez était notamment renommé pour ses narcocorridos.

Originaire du Nord du Mexique (depuis étendu au Guatemala et en Colombie sous le nom de "Corridos Prohibidos"), le genre narco-corrido, notoirement réputé pour faire l'apologie de la drogue, des cartels et plus généralement de la violence au Mexique, s'évertue également par le message qu'il diffuse à dénoncer la corruption dans le pays et de ses élites. De nombreuses ballades critiquent ainsi ouvertement le gouvernement en plus de se prononcer sur des thèmes aussi divers que l'ingérence américaine ou l'émigration, ce qui explique sa popularité notamment auprès des classes les plus populaires du pays ainsi que des mexicains expatriés.

Représentant un genre musical que l'on pourrait qualifier de romantique, comme en témoigne le genre soeur du narco-corrido, les "corridos romanticos", chantées par les protagonistes mêmes du style de ballades cité ci-dessus (certaines ballades romantiques se retrouvant aussi dans des albums dédiés au narco-corridos), qui ne sont rien de plus que des histoires d'amour contées, on assimile régulièrement dans une erreur répandue les paroles du narco-corrido à celles du gangsta-rap, bien que ces dernières soient pourtant bien moins poétiques, bien moins romantiques, bien plus régressif et dénigrantes envers l'image des femmes et en même temps, aussi, bien moins violentes par le manque de faits avérés rapportés dans les paroles du rap américain ou français par exemple. Il existe en effet une véritable dichotomie dans la musique norteña, dont découlent les narcocorridos, qui se focalisaient jadis sur les romances des seigneurs de la drogue et leur style de vie fantasmé (dans les années 70, oú le véritable style narcocorrido, tel qu'on le connaît aujourd'hui, est apparu) et qui a laissé place de nos jours à un genre plus violent, plus viscéral, dont le Movimiento Alterado (un rassemblement des artistes les plus célèbres du label de musique Twiins Culiacan) en est l'étendard. Toutefois, comme mentionné plus haut, ballades romantiques et ballades sur la drogue se côtoient sans distinction au sein des labels ou dans les albums des différents artistes ; même si on peut généralement noter une très nette variation rythmique entre ces deux styles musicaux : les ballades romantiques étant en effet plus généralement chantées sur un rythme bien plus lent et une mélodie souvent plus marquée et mélancolique que ses homologues déclamant la vie et les activités des barons de la drogue.

Paroles d'un corrido en l'honneur de Jose Rodrigo Aréchiga Gamboa, "El Chino Antrax", chef des tueurs du Cartel de Sinaloa

"5 son las letras que tiene mi apodo

5.7 mi arma, que yo siempre porto

Y 5 mi clave y soy comandante También RG son mis iniciales

Yo soy el Chino Antrax pal que no lo sabe...

En Culiacán tengo amigos poderosos

El señor Zambada es muy generoso

Me brinda si apoyo con mucha franqueza

Yo soy buen soldado, soy fiel a la empresa..."[3]


Paroles traduites en français :

"5 est le nombre de lettres qu'à mon surnom

5.7 mon arme que je porte toujours sur moi

Et 5 mon matricule et je suis "comandante"

RG sont mes initiales

Je suis el Chino Antrax pour celui qui ne le sait pas...

À Culiacán j'ai des amis puissants

Le seigneur Zambada est très généreux

Il m'a apporté son soutien avec beaucoup de franchise

Je suis un bon soldat, je suis fidèle à l'entreprise..."


Un corrido (ballade) est une histoire contée, avec un début et une fin. Dans le cas des narcocorridos, les faits rapportés se sont généralement effectivement produits (sauf si le corrido en question se rapporte aux exploits d'un personnage de fiction) et traitent de faits divers en rapport avec la violence des cartels (fusillades, accidents, arrestations ou évasions...) en glorifiant toutefois ces derniers, en opposition au gouvernement et à la classe dirigeante. La plus grande controverse de ce genre musical est due au fait qu'un bon nombre de groupes et d'artistes interprétant des narcocorridos entretiennent des relations étroites avec divers membres et chefs de cartels, ces derniers leur rapportant parfois directement leurs plus hauts faits d'armes ou exploits dans le crime organisé, alimentant ainsi leur propre légende par le biais des corridos et n'hésitant pas à sponsoriser ou financer ces derniers, acquis à leur cause. C'est ainsi, par la promiscuité entre chanteurs et membres de cartels, que les narcocorridos parviennent à être aussi précis sur le déroulé de certains événements et à dépeindre avec exactitude l'organigramme de ces groupes criminels, tout en diffusant certaines informations qui ne sont pas publiées dans la presse.[4]

De manière générale, le genre narcocorrido s'articule autour des exploits d'une poignée de narcos, en majorité issus du cartel de Sinaloa, racontant de divers points de vue l'existence ou les hobbies d'une cinquantaine de personnages récurrents environ.


Traditionnellement originaire de Sinaloa, le genre narco-corrido est généralement interprété par des artistes provenant eux aussi de l'état, ou en majorité du moins, et de la ville de Culiacan, se focalisant principalement sur les faits d'armes du cartel local. Certains groupes et artistes, originaires souvent d'autres états du pays, chantent les louanges des cartels rivaux, comme El Leon y su gente, un groupe Michoacano (de Michoacán), se concentrant uniquement sur les pérégrinations du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération ; ou Miguel Comando, sur ceux du Cartel de Tijuana, par exemple. Le caractère endémique des narcocorridos au Sinaloa est également du au fait que certaines administrations d'autres États Mexicains, où ce genre musical est traditionnellement moins ancré dans le folklore, ont ces dernières années décidé de prendre des mesures pour endiguer ce phénomène ; comme au Jalisco, oú des artistes aussi populaires que El Komander ou Gerardo Ortiz n'ont pas eu le droit de se produire et se sont vus infliger des amendes pour des chansons au texte trop explicite.

Les principaux trafiquants du cartel de Sinaloa, dont la vie est racontée dans les narco-corridos :

Éléments récurrents du narcocorrido[modifier | modifier le code]

Plusieurs éléments récurrents sont régulièrement cités dans les narcocorridos et constituent un lexique commun pour les acteurs de ce genre musical méconnu hors des frontières du Mexique et des États-Unis.

Le pistolet 5.7 : Le pistolet de la firme belge FN Herstal 5.7 (ou FiveSeven) est mentionné dans bon nombre de narcocorridos (parfois sous l'appellation de mata policia ; ou tueur de flic en français) car elle est notoirement connue pour être l'une des armes favorites des cartels de la drogue en plus d'être le symbole du groupe armé affilié au cartel de Sinaloa, Los Antrax. Ce groupe a été fondé par Rodrigo Aréchiga Gamboa alias "El Chino Antrax" dont l'arme favorite était un pistolet 5.7 plaqué or portant l'inscription "Scarface" qu'il exhibait régulièrement sur les réseaux sociaux ; c'est pour cette raison que l'on nomme parfois son organisation sous l'abréviation "5.7" et que le pistolet homonyme est fréquemment cité dans les corridos en son hommage.

L'année 2008 : C'est cette année-là, après l'échec retentissant du gouvernement à saper l'influence des cartels au Mexique et les opérations menées dans ce but par le gouvernement de Vicente Fox dès 2006, que les frères Beltran Leyvan firent sécession avec leur associé Joaquin El Chapo Guzman et la branche "traditionnelle" du cartel de Sinaloa. De cette défection découlera une violente série d'affrontements connue comme "la guerre de 2008". La même année, afin de lutter contre le tout nouveau Cartel Beltran-Leyva, fut intronisé Rodrigo Aréchiga Gamboa comme chef des sicarios (tueurs) du cartel de Sinaloa grâce à l'amitié qu'il entretenait avec les fils d'El Mayo Zambada, Vicente et Ismael Zambada Jr. Il fonda à cette époque le bras armé de l'organisation, de nos jours toujours actif, avec son associé Jesus Peña Gonzalez alias "El 20".

Whisky Buchanan's: La marque de Whisky Buchanan's (prononcé en espagnol Boukanas) est copieusement mentionnée dans les narcocorridos et dans la musique norteña plus généralement, car il est l'un des alcools les plus réputé et consommé au Mexique. Un groupe est même nommé en l'honneur de la firme écossaise, la banda « Bukanas de Culiacan ».

Icônes religieuses folkloriques : Le Mexique, qui est l'un des plus grands pays catholiques au monde, compte néanmoins plusieurs saints et icônes religieuses propres à son folklore, que l'Église catholique romaine refuse toutefois à légitimer et reconnaître comme tels. Ils n'en demeurent pas moins des figures vénérées et respectées dans la culture populaire mexicaine. Les trois plus célèbres et qui sont aussi le plus fréquemment cité dans les narcocorridos sont sans conteste La Santa Muerte, Jesus Malverde et San Judas, car il s'agit de trois figures particulièrement appréciées des trafiquants par leurs prétendus pouvoirs ou propriétés et donc vénérées dans l'ensemble de la « narco-culture ».

Calibre 38. super : Le calibre 38. super est un type de munitions pour pistolet semi-automatiques créé par la manufacture d'armes Colt ; de nombreux membres de cartels chambrent leurs armes avec ce type de munitions, notamment le célèbre Chavo Felix, réputé pour l'affection qu'il portait à son pistolet, finement orné et plaqué d'or.

Les chevaux : Avec la musique norteña, l'autre grande tradition de l'État de Sinaloa consiste à faire marcher au pas des chevaux, parfois au rythme de bandas (orchestre de trompettes et d'instruments à vent interprétant ballades romantiques ou sur la drogue) ; on dit alors qu'ils "dansent". Cette tradition se retrouve bien évidemment dans les narcocorridos car ces derniers s'évertuent à illustrer la vie rurale de ces régions. En outre, nombre de grands barons de la drogue faisaient de cette tradition folklorique (et plus généralement de l'équitation) leur principal hobby, comme Ismael Zambada Garcia, Manuel Torres Félix ou Nemesio Oseguera Cervantes "El Mencho", pour ne citer que ces exemples.

Dans les médias et le divertissement[modifier | modifier le code]

- un narcocorrido a été spécialement composé pour l'épisode 7 de la saison 2 de la série Breaking Bad, écrit par les scénaristes de la série dont Vince Gilligan, également producteur, et interprété par un véritable groupe incluant des narcocorridos à son répertoire, Los Cuates de Sinaloa, contant les événements dépeints dans la série.

- l'épisode "Résurrection" de la saison 4 de la série NCIS: LOS ANGELES met notamment en scène un jeune chanteur de narcocorridos s'étant lié d'amitié avec un parrain d'un cartel de la drogue.

- on peut entendre un narcocorrido, élément majeur pour la résolution de l'enquête, dans un épisode de la saison 20 de NEW YORK POLICE JUDICIAIRE.

- 10 narcocorridos fictifs ont été composés pour le jeu-vidéo Ghost Recon Wildlands d'Ubisoft, interprétés par le musicien lui aussi fictif El Chido.

- dans l'épisode 9 de la saison 3 de la série El Chapo, distribuée par Netflix, un narcocorrido écrit pour la série s'inspirant d'un corrido existant du groupe Enigma Norteño, "El señor Ivan", conte les louanges du fils d'El Chapo et se trouve au cœur des animosités qui opposent les personnages dans les événements du dit épisode.

- le rappeur Snoop Dogg est réputé être un amateur de narcocorridos, s'affichant sur ses réseaux sociaux chantant les paroles de corridos de Bukanas de Culiacan ou de Rogelio Martinez. Ce dernier a d'ailleurs annoncé au cours de l'année 2019 une collaboration avec la Banda MS, un orchestre sinaloan interprétant essentiellement des ballades romantiques.

Sources et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Cet article est partiellement issu de la documentation suivante : https://www.courrierinternational.com/article/1998/02/05/stupefiant-succes-pour-les-narco-corridos

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

https://www.franceculture.fr/emissions/le-reportage-de-la-redaction/narcocorridos-quand-les-musiciens-mexicains-chantent-les-trafiquants-de-drogue

Source/Réf: Documentaire "Sinaloa la triste cancion"- Pour la télévision russe, 2015.

Source/Réf: Blog del narco, Official.


Souce/Réf: Page Wikipedia "narco-corrido" (de l'espagnol)

Source/Réf: Article "le succès des narco-corridos" - courrier international https://www.courrierinternational.com/article/1998/02/05/stupefiant-succes-pour-les-narco-corridos#nav Blogue del Narco, https://elblogdelnarco.com/#. « Stupéfiant succès pour les narcorridos » - Article de presse - Courrier International https://www.courrierinternational.com/article/1998/02/05/stupefiant-succes-pour-les-narco-corridos#nav

Periódico mexicano El excelsior https://m.excelsior.com.mx/

https://www.franceculture.fr/emissions/choix-de-la-redaction/saison-27-08-2018-01-07-2019

https://amp.lefigaro.fr/international/2009/12/19/01003-20091219ARTFIG00203-la-fin-sanglante-d-un-baron-de-la-drogue-mexicain-.php

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Juan Carlos Ramírez-Pimienta, « Del corrido de narcotráfico al narcocorrido: Orígenes y desarrollo del canto a los traficantes », Studies in Latin American Popular Culture, vol. 23,‎
  • Martin Hodgson, « Death in the midday sun », Observer Music Monthly, Manchester Guardian,‎ (lire en ligne)