Martha Thomas

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Martha Carey Thomas
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Martha Carey Thomas (entre 1894-1922)

Naissance
Décès (à 78 ans)
Nationalité Américaine
Activité principale
Féministe, suffragette, linguiste

Martha Carey Thomas (2 janvier 1857 - 2 décembre 1935) est une linguiste et féministe américaine. Elle est connue en tant que suffragette et militante pour les droits des femmes. Elle dirigera le très sélectif Bryn Mawr College pendant près de 40 ans.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Martha nait le 2 janvier 1857 à Baltimore. Elle est la fille de James Carey Thomas et Mary Whitall Thomas, un couple de quakers. Elle est conçue "en plein jour" car son père, médecin, pense que cela réduit les problèmes de fausses-couches[1]. Sa famille la surnomme Minnie mais, plus tard, elle préfèrera qu'on l'appelle Carey Thomas.

À 7 ans, elle se brûle gravement en aidant la cuisinière, Eliza, à préparer le déjeuner. Son habit prend feu et la jeune fille est entourée de flammes que sa mère se précipite pour éteindre. Sa convalescence sera difficile et longue. En grandissant, Carey Thomas est fortement influencée par l'ardent féminisme de sa mère et de sa tante Hannah Whitall Smith. Peu enthousiaste face à ces idées, son père la soutiendra malgré tout dans ses projets. Ses parents sont membres orthodoxes de la Société Religieuse des Amis, mais son éducation et ses voyages la mèneront à questionner ces croyances et à développer une passion pour la musique et le théâtre, deux activités interdite aux Quakers Orthodoxes.

Enfant, Carey Thomas va d'abord à l'école quaker de Baltimore. Inséparable de son cousin, Frank Smith, fils d'Hannah, elle est dévastée par son décès brutal en 1872. Pour soigner sa déprime, ses parents l'envoient, avec sa cousine Bessie, à l'Institut Howland, un pensionnat quaker près d'Ithaca dans l'état de New York. Elle décide de s'habiller en homme pour l'opéra de l'école ce qui bouleverse sa mère qui trouve cela "répugnant à son goût". Une professeur de Howland, Mlle Slocum, influence son choix de s'orienter vers l'enseignement plutôt que la médecine.

Malgré les réticences de son père, Carey Thomas entre à l'université de Cornell en 1875 pour poursuivre ses études[2]. Elle suit le cursus du Sage College, une école pour femmes au sein de l'université. Elle obtiendra son diplôme en 1877. Elle refuse le poste de professeur de littérature et de doyenne du Sage College que lui offre l'université[1]. À la place, elle effectue un travail de diplôme en grec à l'Université Johns Hopkins mais comme, en tant que femme, elle n'est pas autorisée à suivre les cours, elle abandonne. Elle reprend à l'Université de Leipzig, mais celle-ci ne délivre pas de diplôme aux femmes. Ce n'est qu'à l'Université de Zurich qu'elle finit par obtenir un doctorat en linguistique, avec mention, en 1882. Son travail de diplôme est une analyse philologique de Sire Gauvain et le Chevalier vert. Elle est la première étrangère et la première femme à obtenir ce diplôme à Zurich. Elle passe ensuite quelque temps à Paris, où elle assiste aux conférences de Gaston Paris à la Sorbonne, puis retourne aux États-Unis.

Bryn Mawr College[modifier | modifier le code]

Portrait de M. Carey Thomas par John Singer Sargent (1899)

En 1882, Carey Thomas écrit aux administrateurs de Bryn Mawr College pour postuler en tant que présidente de l'université. Elle n'obtient pas le poste à cause de son jeune âge et de son manque d'expérience, mais elle entre en 1884 comme doyenne du collège et on lui attribue la chaire d'anglais. Elle s'implique dans l'administration de l'établissement et collabore étroitement avec le président James Rhoads. En avril 1884, elle fait le tour des collèges de la région pour se familiariser avec ceux-ci et ramener de nouvelles idées à Bryn Mawr. Elle va à Vassar, au Smith Collège, Wellesley et Radcliffe[3].

En 1885, Carey Thomas fonde, avec Mary Garrett, Mamie Gwinn, Elizabeth King et Julia Rogers l'école Bryn Mawr à Baltimore. L'école permet aux jeunes filles de suivre un cursus de formation suffisamment complet pour atteindre les standards d'entrée élevés du Bryn Mawr College.

James Rhoads décède en 1894[4] et Carey Thomas lui succède à la présidence. Elle maintient les standards élevés d'admission et de rigueur académique du collège. Le niveau de l'examen d'entrée est élevé au niveau de celui de Harvard. Elle met en application le "système de groupes" de Johns Hopkins au programme scolaire : les étudiants suivent des cours en parallèle selon une suite logique et ne peuvent choisir librement de cours facultatifs. Ils doivent également apprendre une langue étrangère. Le programme délaisse les arts pour s'orienter vers des matières plus classiques comme le grec, le latin et les mathématiques[5].  

En 1908, Carey Thomas devient la première présidente de la National College Women's Equal Suffrage League. Elle est également un membre majeur de la National American Woman Suffrage Association et une des premières à demander un amendement de la Constitution des Etats-Unis pour l'égalité des droits.

"The Deanery", bureau de Carey Thomas, 1904

 

Carey Thomas est contre le mariage qu'elle considère comme "une perte de liberté, un appauvrissement, et un assujettissement personnel pour lequel je ne vois absolument aucune compensation"[1]. Elle-même homosexuelle, elle entretiendra pendant plusieurs années une relation amoureuse avec son amie de longue date, Mamie Gwinn[6]. Elles vivent ensembles à Bryn Mawr College dans un petit cottage, qui sera baptisé "the Deanery" ("la maison du doyen")[1]. Lorsque Mamie Gwinn quitte Carey Thomas en 1904 pour épouser Alfred Hodder, un professeur d'anglais de Bryn Mawr (un triangle amoureux qui servira d'inspiration à Fernhurst de Gertrude Stein), cette dernière s'installe avec Mary Elizabeth Garrett. Mary est une des mécènes du collège et militante du suffrage des femmes. À sa mort, elle laissera à son amie l'équivalent de 15 millions de dollars[1].  

Retraite et décès[modifier | modifier le code]

Carey Thomas prend sa retraite en 1922, à l'âge de 65 ans. Elle transmet son poste à Marion Edwards Park qui a été doyenne à Simmons et Radcliffe. À son instigation, l'Université d'été pour ouvrières de Bryn Mawr est fondée en 1921. La fortune léguée par Mary Garrett lui permet de passer la fin de sa vie à voyager, entre autres en France, en Inde ou au Sahara.  

Elle décède à Philadelphie, le 2 décembre 1935, d'un infarctus du myocarde. Ses cendres sont dispersées dans le cloître de la Bibliothèque Thomas du Bryn Mawr College[2].  

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) Horowitz, Helen, The Power and Passion of M. Carey Thomas, New York, Knopf,‎ (ISBN 0-252-06811-4)
  2. a et b (en) Thomas, Martha Carey (Jan. 2, 1857-Dec. 2, 1935): Educator and Feminist". Notable American Women: 1607-1950., Harvard University Press,‎
  3. (en) Finch, Edith, Carey Thomas of Bryn Mawr, New York & London, Harper & Brothers,‎ , pp. 138–144
  4. (en) « James Rhoads 1885-1894 », sur Bryn Mawr (consulté le 20 février 2015)
  5. (en) « M. Carey Thomas », sur Bryn Mawr (consulté le 20 février 2015)
  6. (en) Faderman, Lillian, Odd girls and twilight lovers : a history of lesbian life in twentieth-century America, New York, Columbia University Press,‎ (ISBN 978-0231074889), p. 30