Luc Sante

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Luc Sante
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Voir et modifier les données sur Wikidata (67 ans)
VerviersVoir et modifier les données sur Wikidata
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Université Columbia
Regis High School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Luc Sante (né en 1954 à Verviers, Belgique) est un écrivain, critique littéraire et essayiste américain d’origine belge. Il est l’enfant unique de parents émigrés aux États-Unis au début des années soixante. Son œuvre comprend des ouvrages et des essais consacrés à l’urbanisme et à l’histoire de la ville de New York (parmi lesquels son livre Low Life, paru en 1991, sur le petit peuple de Manhattan dans la deuxième moitié du XIXe siècle, connut un grand retentissement), un grand nombre d’articles de critique littéraire rédigés pour la New York Review of Books, des essais sur la photographie (dont il enseigne actuellement l’histoire au Bard College, au nord de New York), et un certain nombre de traductions d’auteurs français d’avant-garde. En tant qu’éditeur, il fut aussi le directeur d’une collection réunissant des récits et des mémoires d’anciens escrocs et malfaiteurs, la défunte Library of Larceny. On observe chez Sante, de façon générale, un certain penchant pour les individus et les phénomènes un peu en marge de la société new-yorkaise ou américaine, présente et passée : la culture underground et divers phénomènes de la sous-culture urbaine ; les laissés pour compte, les aigrefins, les immigrants ; les ambitions avortées, les divertissements bas de gamme, certaines formes de criminalité, etc.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfant unique de parents belges qui avaient décidé, à la suite de la faillite de l’entreprise où travaillait son père ― entreprise qui fabriquait des machines-outils pour les besoins de l’industrie lainière, qui avait été l’activité principale à Verviers, mais qui était alors en déclin ―, d’émigrer en Amérique, Luc Sante arriva aux États-Unis en 1959, alors qu’il avait 5 ans. Ses parents, s’adaptant d’abord difficilement à leur pays d’accueil, déémigrèrent (c'est-à-dire revinrent au pays d’origine) après neuf mois, mais retournèrent bientôt aux États-Unis. Dès lors, Luc Sante fera toute sa scolarité dans ce pays : après l’enseignement primaire dans le New Jersey, il fréquente le collège de jésuites Regis High School à Manhattan, puis l’Université Columbia, également sise à Manhattan. Tout au long de ces années, Luc Sante s’attachera à se construire une identité résolument américaine, mais il aura auparavant connu et vécu le statut d’immigrant.

Son diplôme universitaire acquis, il trouve à s’employer dans une bouquinerie new-yorkaise pendant trois ans, puis chez un photographe spécialisé dans les portraits d’écrivains destinés à orner la jaquette des livres. Enfin, il eut un emploi à la New York Review of Books, d’abord au service d’expédition, – où, raconte-t-il, il lui arriva plus d'une fois de s'oublier à dérober des livres ou à en expédier à ses amis –, ensuite en tant qu’assistant éditorial de Barbara Epstein. Après quelques mois, il lui prit de rédiger un billet, qu’il soumit au comité de rédaction. Le billet fut accepté pour publication, et inaugura une longue série de critiques littéraires pour la Review, s’échelonnant sur plus de vingt ans. Il écrivit par ailleurs des articles de littérature, de photographie, de cinéma, d’art plastique etc. pour nombre d’autres revues. Il fait métier d’écrivain à plein temps depuis 1984.

Il se vit décerner plusieurs récompenses : la Whiting Writer's Award en 1989, le Guggenheim Fellowship en 1992-93, la Literature Award de la American Academy of Arts and Letters en 1997, et un Grammy, celui du meilleur livret de disque (album notes), en 1998, Sante ayant été un des rédacteurs du livret accompagnant la réédition de 1997 de l’Anthology of American Folk Music.

Martin Scorsese fit appel à lui comme consultant historique pour son film Gangs of New York de 2002, dont il mit au point un certain nombre de détails périphériques.

Quoique de parents belges francophones, ses pensées, depuis son adolescence, se font la plupart du temps en anglais, mais il lui advient encore, dit-il, de penser ou de rêver en français, ou, souvent, de se saisir spontanément d’une tournure française lorsque l’équivalent en anglais lui paraît inappropriée ou se trouve manquer. Il arrive aussi que le wallon s’insinue dans son esprit de temps à autre.

Après avoir eu une relation très intense avec la ville de New York pendant 32 ans, de 1968 à 2000, soit parce qu’il y venait régulièrement pour y poursuivre ses études, soit parce qu’il y était domicilié (trois ans dans le Lower East Side, mais aussi 14 ans dans l'Upper West Side), il ne vit plus désormais dans cette ville, et réside à l’heure actuelle dans le comté d’Ulster, dans l’État de New York, et enseigne l’écriture et l’histoire de la photographie au collège Bard, à Annandale-on-Hudson, à une centaine de kilomètres au nord de New York.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Son œuvre comprend à ce jour, outre un grand nombre d’articles de revue, les ouvrages suivants :

  • Low Life : Lures and Snares of Old New York (1991 ; litt.: Vie basse : leurres et pièges du vieux New York) : ce livre s’attache à décrire la vie quotidienne dans le Lower East Side de New York entre 1840 et 1900, reconstituée à partir de rapports de police et de photographies d’époque, et émaillée de légendes, d’anecdotes, de faits divers et de témoignages. Le livre est articulé selon quatre angles de vue : la topographie de Manhattan au XIXe siècle ; les plaisirs interdits des tripots et des lupanars ; la corruption de la police et du monde politique ; révoltes et révolutions new-yorkaises. L’ouvrage dresse une cartographie barriolée et foisonnante de la vie quotidienne et des sous-cultures du petit peuple de ce New-York surpeuplé de la fin du XIXe siècle, inondé d’immigrants, inclus dans un périmètre trop réduit. Sante y fait défiler tout un cortège de gangsters, de prostituées, d’aigrefins, de bohémiens, d’excentriques, de coureurs de prétentaines, de drogués, donnant à voir les venelles, les saloons, les lupanars et surtout les tenement houses, immeubles à appartements assez sommaires où s’entassaient les immigrants, et dont le Lower East Side avait gardé des vestiges visibles jusque dans les années quatre-vingt, moment où Sante justement y était domicilié, avant que n’y soit amorcé le processus de gentrification. Octroyant peu au sentimentalisme ou à la nostalgie, et possédant l’art de mettre en lumière tout ce qui évanescent, ou voué à disparaître, ou a déjà sombré dans l’oubli, Sante donne dans Low Life un portrait réaliste des couches sociales inférieures de New York : il les montre non comme un peuple animé du sens épique et qui serait pénétré de l’idée de forger une jeune nation en pleine ascension, mais comme un ensemble d’individus luttant au quotidien contre les vicissitudes de l’existence, sans pour autant se priver de plaisirs et de divertissements.
  • Evidence (litt. Éléments de preuve, 1992), réexplore le même domaine géographique et temporel que Low City, cette fois au travers d’une série de photographies prises par la police new-yorkaise dans divers lieux de délit depuis le début du XXe siècle (1914-18). Il s’agit d’une part de photographies anthropométriques (relevant du « système Bertillon »), d’autre part de divers clichés réalisés dans des logements, et utilisés par Sante comme source documentaire de l’état de l’habitat dans les bas-fonds de New York. C’est pour Luc Sante l’occasion de livrer ses réflexions sur la photographie en général et de la photographie judiciaire en particulier. Tout ce que l’auteur écrivit ensuite sur la photographie fut la conséquence directe de cet ouvrage, puisque celui-ci lui valut d’être sollicité d’apporter des contributions sur ce sujet par nombre de magazines et de revues. (Toutefois, son goût pour la photographie lui était venu bien avant, alors qu’il fréquentait le collège. Il s’essaya lui-même à cet art, mais estimant qu’il manquait d’originalité, il y renonça rapidement.)
  • The Factory of Facts (litt.: la Fabrique des faits, 1998; traduit en français chez Actes Sud sous le titre L'effet des faits) : dans ce livre d’évocation et de reconstruction, Luc Sante évoque des souvenirs personnels et de famille, et décrit la manière (incomplète et inachevée) dont il s’est construit une identité américaine à partir d'une origine familiale wallonne. Il s’applique à replacer son parcours personnel dans un contexte historique plus large, par de très longues incursions dans l’histoire de sa ville d’origine, Verviers, dans la question des langues et dans la religion, et par des réflexions générales sur ce qu’est le caractère américain.
  • Walker Evans (1999).
  • Kill All Your Darlings: Pieces 1990-2005 (litt. Tuez tous vos bien-aimés, 2007) : recueil d’articles de Luc Sante parus dans le New York review of Books. Est à signaler à part : My Lost City (litt. Ma Ville perdue), important essai sur la ville, retenu pour figurer dans l’anthologie Best American Essays 2004.
  • O. K. You Mugs: Writers on Movie Actors (1998) : ouvrage qu’il coédita avec l’écrivain Melissa Holbrook Pierson.
  • Novels in Three Lines, traduction de Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon (2007) : cf. infra.
  • Folk Photography (2009)
  • Take Me To The Water: Immersion Baptism In Vintage Music And Photography (2009)
  • The Other Paris (2015)

Travail d’éditeur[modifier | modifier le code]

Désireux au départ de rééditer The Big Con (la Grosse Arnaque), le classique de David Maurer, Luc Sante, après avoir réussi à convaincre la maison d’édition Broadway Books, fut l’initiateur, puis l’éditeur général, de la (maintenant défunte) Library Of Larceny, collection de livres brochés bon marché, dans laquelle fut publiée, durant sa courte existence, une série d’ouvrages classiques, tous en rapport avec le vol ou le délit d’abus de confiance, dont seule une minorité sont des œuvres d’imagination. Guidé par son intérêt pour les délits d’escroquerie sous toutes leurs formes, il édita ainsi, entre autres : de Carlo Ponzi (inventeur de la chaîne de Ponzi), The Incredible True Story of the King of Financial Cons ; de Danny McGoorty (joueur de billard, spécialisé dans l’art d’inciter des joueurs moins adroits à jouer contre lui pour de l’argent), A Pool Room Hustler ; de Willie Sutton (cambrioleur de banques), Where the Money Was: The Memoirs of a Bank Robber ; de A. J. Liebling (journaliste du New Yorker et francophile), The Telephone Booth Indian, etc.

Traductions[modifier | modifier le code]

Bien que bilingue français-anglais depuis l’enfance ― même si l’anglais est désormais pour lui la langue première ―, il ne vint à la traduction que sur le tard. Fort attiré par les auteurs français d’avant-garde du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle ― il cite les noms de Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, Jarry, Apollinaire, Breton, Aragon (« avant qu’il ne devienne staliniste »), Desnos, Péret, Bataille, Leiris ―, il entreprit d’abord de traduire un scénario de film (non réalisé) de Robert Desnos, puis donna, insatisfait des traductions antérieures, une nouvelle version anglaise de le Cœur volé de Rimbaud. En 2007 parut de sa main la première traduction complète en langue anglaise des Nouvelles en trois lignes, de Fénéon, livre réputé intraduisible. D’autres traductions d’auteurs français sont en chantier : Léo Malet, Georges Darien, Jean-Paul Clébert, Maxime Vuillaume.

Ville[modifier | modifier le code]

Luc Sante, assez mécontent des tendances urbanistiques actuelles à New York et dans d’autres grandes villes d’Occident, a noté ses réflexions à ce sujet dans un important essai intitulé My lost city, repris dans le recueil d’articles Kill All Your Darlings. Prenant comme cas d’étude le quartier du Bowery à Manhattan, il analyse le phénomène de la gentrification, c'est-à-dire les grands projets de rénovation des centres-villes, et en dénonce les effets pervers : perte de mixité sociale, urbanisme sans caractère qui en résulte souvent, effacement de la mémoire des lieux suite aux démolitions ou réhabilitations d’immeubles. La gentrification induit l’amnésie et aussi une certaine uniformisation. Parallèlement aux transformations urbanistiques, New York tend aussi, affirme Sante, à perdre cette mentalité propre et singulière qui jusque-là la distinguait du reste des États-Unis, et à s’aligner sur les autres villes américaines.

Liens externes[modifier | modifier le code]