Laurent Delvaux

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Laurent Delvaux
Samson Delvaux Louvre RF4106.jpg

Samson

Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 82 ans)
NivellesVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Maître
Élève

Laurent Delvaux est un sculpteur et statuaire né à Gand, le et mort à Nivelles le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Apprentissage[modifier | modifier le code]

Delvaux, né dans la citadelle de Gand[1], est le fils de Godefroid Delvaux (ca. 1650-1743[2]), lieutenant-cornette au régiment de Westerloo[3], et de Françoise Chasselat. Il reçoit probablement sa formation initiale, dans sa ville natale, auprès du sculpteur local Jean-Baptiste Van Helderberghe [4].

À l'âge de 18 ans, il apprend la sculpture auprès du sculpteur anversois Pierre-Denis Plumier reçu à Bruxelles en 1713 [5] dans le corps de métier des Quatre-Couronnés [6]. Quand il quitte Bruxelles pour Londres, son art a assimilé l'œuvre des sculpteurs Duquesnoy et de son maître Plumier.

Londres[modifier | modifier le code]

En 1717, muni d'une lettre de recommandation de son maître Plumier, il rejoint à Londres un compatriote anversois, Peter Scheemaeckers le jeune qui y travaille aux monuments funéraires que l'on élève alors, dans l'abbaye de Westminster, aux grands hommes d'Angleterre, dont le mausolée du 1er duc de Buckingham et Normanby et celui du médecin Hughe Chamberlayne [7].

En 1721, ils sont tous deux rejoints par Plumier, qui décède six mois après son arrivée à Londres [8]. Delvaux et Scheemakers sculptent alors avec Francis Bird le monument en marbre de John Holles, 1er duc de Newcastle, dressé aussi dans l'abbaye de Westminster [9]. En 1723, Scheemakers et Delvaux entament alors un partenariat officiel et montent dans le quartier de Millbank, cité de Westminster un atelier-comptoir. De leur atelier sortent beaucoup d'austères monuments classiques et de statues selon la mode antique, destinées aux jardins d'agrément. En 1726, les deux associés vendent leur stock[10],[11].

Rome[modifier | modifier le code]

En 1726, Delvaux quitte Londres pour Rome, où il restera jusqu'en 1732. Il est porteur d'une lettre de recommandation destinée au cardinal Corsini, qui sera élu au pontificat sous le nom de Clément XII en [12]. Il étudie les œuvres de ses compatriotes Giambologna et François Duquesnoy, des sculpteurs italiens contemporains et du XVIIe siècle et s'imprègne e.a. des œuvres du Bernin (David, Biblis et Caunus, Nymphe à la coquille, Vénus anadyomène, Hermaphrodite Borghèse, Flore Farnèse, Apollon, etc) et des sculptures antiques- récemment découvertes - dont il fait de belles copies. John Russell, duc de Belford, lui en commande un grand nombre inspirées de l'exemple antique [9]. Il sculpte aussi le buste des papes Benoit XIII et Clément XII [13]et honore une commande du roi du Portugal [14]. Quand il quitte Rome pour les Pays-Bas, il a en poche un bref apostolique de Clément XII adressé au nonce à Bruxelles et chargeant celui-ci de le présenter à l'archiduchesse Marie-Élisabeth[11].

Jésus et la Samaritaine, Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles, 1772.

Pays-Bas autrichiens[modifier | modifier le code]

Comme d'autres artistes tels qu'Antoine Cardon ou Antoine Brice, il est protégé par la Cour de Bruxelles : le 28 janvier 1733, l'archiduchesse Marie-Élisabeth le nomme sculpteur de la Cour, charge que son successeur Charles de Lorraine reconduira en 1741 et qu'il conservera jusqu'à sa mort. Au printemps 1733, il fait à Londres un voyage d'affaires, y revoit son ami Scheemaeckers, livre des commandes exécutées, en reçoit de nouvelles, notamment du duc de Bedford, et revient à Bruxelles le . Peu de temps après, il s'installe à Nivelles [15], dans la région brabançonne d'origine de ses parents, et se remarie [16]. Son installation à Nivelles dut coïncider avec son remariage, dont l'acte l'indique comme appartenant encore à la paroisse de Sainte-Gudule à Bruxelles : car dès le 5 février suivant, le magistrat de Nivelles accueille la requête de Laurent Delvaux "ayant épousé une fille bourgeoise", cette requête "tendant à fin de bourgeoisie"[11].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Son œuvre est très abondante, car il a maîtrisé son art durant plus de cinquante ans. Son biographe, Georges Willame, le décrit comme suit :« Cet octogénaire n'est pas encore un petit vieux à lunettes regardant de son fauteuil, derrière le rideau, des ombres indistinctes qu'il sait être des passants, mais un de ces vigoureux vieillards,... , dont on apprend la mort avec étonnement, parce qu'on ne les a jamais vus affaissés et qu'ils mettent à vivre et à se mêler a la vie une simplicité, une conscience qui les entretiennent en joie, donc en force ».

« Pleinement ancrée dans l'évolution de son temps, son œuvre illustre les profondes mutations du siècle qui voit l'Église perdre peu à peu son monopole d'inspiratrice des arts et, parallèlement, le pouvoir civil tenter d'instaurer son image et les mythes qui le fondent : l'histoire prend le pas sur la révélation. L'éclectisme dont il a fait preuve tout au long de sa carrière témoigne de son désir d'adaptation au goût du temps et à ses clients successifs, tant civils que religieux. Vu la vogue de l'anticomanie qui règne durant tout le siècle, Delvaux a très vite assimilé et intégré la plastique antique au sein de son œuvre profane. Dans le courant de plus en plus international de l'art au XVIIIe siècle, dont les centres de références sont Rome et puis Paris, le rationalisme impose peu à peu ses vues contre les désordres de l'imagination [17]. Cette formule lapidaire, qui stigmatise l'esthétique baroque, s'applique fort bien à l'évolution de l'art de Delvaux [18]. »

Il a travaillé pour la cour de Bruxelles (résidences de Charles de Lorraine à Bruxelles, Tervuren et Mariemont) et des cours européennes comme celle du Portugal, pour les abbayes (d'Affligem, Floreffe et Villers-la-Ville), des églises (Nivelles, Gand, Namur, Bruxelles, etc), des couvents, des particuliers [19],[11].

Le portrait tient une place restreinte dans sa production, pourtant il le réussit avec sincérité et esprit : médaillons de sa seconde femme, de Charles de Lorraine, du maréchal Maurice de Saxe, de François Ier d'Autriche, de Louis XV...

Élèves[modifier | modifier le code]

Son atelier groupe des élèves qui seront parmi les représentants les plus marquants du mouvement néo-classique et ont aussi de l'originalité et du talent, entre autres :

  • Adrien-Joseph Anrion (1730-1773), de Nivelles qui a sculpté e.a. La Religion, terre cuite, 1765, musées royaux des beaux-arts de Belgique
  • Pierre-François Le Roy (1739-1812), de Namur
  • Gilles-Lambert Godecharle (1750-1835), de Bruxelles. Il a sculpté dans le marbre le buste de son maître Laurent Delvaux, conservé aux musées royaux des beaux-arts de Belgique [20],[18]

Descendance[modifier | modifier le code]

Marie-Agnès Colas et Laurent Delvaux ont eu trois enfants dont un premier fils qui meurt en bas âge, un fils prénommé Jean-Godefroid (1737) et une fille prénommée Anne-Françoise (1740) [11].

Son petit-fils Ferdinand-Marie Delvaux fut peintre, tout comme son arrière-petit-fils Édouard Delvaux (1806-1862), neveu du précédent, qui fut un peintre de paysage talentueux, élève du paysagiste Henri Van Assche (1774-1841).

Collections publiques[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Le musée communal de Nivelles abrite une collection remarquable de sculptures, ébauches et projets en terre cuite dus à Laurent Delvaux.
Autres lieux :

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

  • "Pallas", statue de marbre, partie sauvée du cénotaphe de la famille van der Noot placé en 1746-1747 à l'église des Carmes de Bruxelles, Rijksmuseum, Amsterdam

France[modifier | modifier le code]

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Portugal[modifier | modifier le code]

  • statues de Saint-Raphaël et de l'ange tutélaire du royaume de Portugal, marbre, Basilique de Mafra, chapelle de Saint-Pierre d'Alcantara [25]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de la famille Delvaux, Asse, Laurent Delvaux, Lettre Patente, n° DEL 5178-5179 (cité dans : Raymond Delvaux et alii, Asse. Het Kasteel van Walfergem, Asse, 2007, p. 429, note 248).
  2. Décédé à Nivelles et enterré dans l'église Notre-Dame (Raymond Delvaux, op. cit., p. 429).
  3. Raymond Delvaux et alii, Asse. Het Kasteel van Walfergem, Asse, 2007, p. 429.
  4. Jean-Baptiste Van Helderberghe, né à Anvers en 1651, mort à Gand en 1734.
  5. Laurent Delvaux sur le site du Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie
  6. Messager des sciences historiques, des arts et de la bibliographie de Belgique, Gand, année 1854 : "Archives des Arts, des Sciences et des lettres, sculpteurs et sculptures, Noms des sculpteurs qui ont fait partie du métier des Quatre-Couronnés à Bruxelles, depuis 1621 à 1716, pages 36 à 40.
  7. Devigne 1928, p. 8
  8. Marie-Thérèse Pauwels, veuve de Plumier, retourne à Anvers où Laurent Delvaux l'épousera en l'église Saint-Jacques le , soit cinq ans plus tard. Mais elle décédera peu après, laissant de son premier mariage deux enfants, dont il s'occupera toujours (Réf.Willame|1914).
  9. a et b subscriber/article/grove/art/T022073 Helena Bussers. "Delvaux, Laurent." Grove Art Online. Oxford Art Online. Oxford University Press. Web. 29 Apr. 2014
  10. [http:// www.oxfordartonline.com/subscriber/article/grove/art/ T076438pg2 Helena Bussers and Ingrid Roscoe. "Scheemakers."] Grove Art Online. Oxford Art Online. Oxford University Press. Web. 27 mars 2014
  11. a, b, c, d, e et f Willame 1914
  12. http://www.nivellescapital.com/Laurent-Delvaux-Un-Sculpteur-de-genie_a146.html consulté le 20 septembre 2015
  13. On ignore où sont conservées ces œuvres.
  14. Un père Récollet chargea Delvaux d'exécuter pour le roi deux statues qui valurent à l'artiste une gratification supplémentaire de deux cents écus et une médaille en or.
  15. Il semble que l’artiste ait eu deux ateliers à Nivelles. Un qu’il louait à la rue Marlet ; le second, installé plus tard, aurait fait partie d’une maison qu’il avait fait construire à la rue de Mons en vue de la mettre en location. Une clause peu commune fut ajoutée au contrat de location : la mise à disposition d’un local servant d’atelier à son propriétaire.
  16. Le , il épouse Marie-Agnès Colas, une fille de la bourgeoisie nivelloise. Elle décédera le à l'âge de 66 ans.
  17. Formule de Falconnet, auteur d'un article sur la sculpture dans la Grande Encyclopédie.
  18. a et b Étienne Duyckaerts 1987, p. 4
  19. Devigne 1928, p. 8-11
  20. Devigne 1928, p. 14
  21. Sculptée pour le couvent des Carmes, où on entrait dans la chaire par le fond, sans escalier apparent. Transférée ultérieurement dans la collégiale.
  22. Duyckaerts et Cheron 1984, p. 13-16
  23. Devigne 1928, p. 11/14
  24. Jacobs, Coekelberghs et Loze 1999
  25. a et b Jacobs, Coekelberghs et Loze 1999

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Laurent Delvaux » (voir la liste des auteurs).
  • Alain Jacobs, Denis Coekelberghs et Pierre Loze, Laurent Delvaux : Gand 1696-Nivelles 1778, Paris, Arthena,‎ (ISBN 978-2-903239-24-4)
  • Étienne Duyckaerts, Le sculpteur Laurent Delvaux (1696-1778), Liège-Bruxelles, Pierre Mardaga,‎ , 16 p. (ISBN 2-8021-0078-5)
  • Marguerite Devigne, Laurent Delvaux et ses élèves : de la parenté d'inspiration des artistes flamands du XVIIe et du XVIIIe siècle, Bruxelles § Paris, G.Van Oest,‎ , 122 p.
  • Georges Willame, Laurent Delvaux 1696-1778, Bruxelles, G.Van Oest,‎ , 97 p.
  • Étienne Duyckaerts et Marcel Cheron, Le mobilier de la Collégiale Sainte Gertrude à Nivelles, Nivelles, Maison du tourisme roman païs,‎ , 19 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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