La Confiance

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La Confiance
Image illustrative de l'article La Confiance
La Confiance capturant le Kent, par Ambroise Louis Garneray

Autres noms l'Apollon des Océans
Type frégate
Histoire
Commanditaire Jacques Conte
Chantier naval Bordeaux
Commandé Robert Surcouf
Lancement 1799
Mise en service Bordeaux - Port-Louis, le 16 mai 1799
Acquisition Robert Surcouf, à l'Ile Maurice, en mai 1800.
Statut Navire corsaire français (prises notoires : l'Alknomack, le Praise, le Harriet, le Tiger, l'Union, la Charlotte, la Rebecca, le Kent)
Équipage
Commandant Taudin, Robert Surcouf
Équipage 59 hommes à l'origine, 150 sous Surcouf.
Caractéristiques techniques
Longueur 39 m
Déplacement Estimé à 450t
Tonnage 491 tonneaux
Propulsion Voiles (3 mâts)
Caractéristiques militaires
Blindage Aucun (bois)
Armement 18 canons au départ de l'Ile Maurice, 24 après les premières prises
Carrière
Port d'attache Bordeaux, puis Port-Louis.

La Confiance est un petit trois-mâts armé de 18 canons, du style frégate légère, lancé à Bordeaux en 1799, célèbre pour avoir été commandé par le corsaire Robert Surcouf. Celui-ci la mène dans une campagne de plusieurs mois dans l'océan Indien qui lui permettra notamment de capturer le Kent (en), un indiaman de 1 200 tonneaux portant 40 canons, lors d'un combat resté célèbre par sa rapidité [1].

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1799, la France est en guerre depuis 1792 contre une partie de l'Europe coalisée, notamment le Royaume-Uni. La Révolution française a par ailleurs permis de nombreuses conquêtes sur le continent, sous l'égide de généraux tels que Napoléon Bonaparte, qui en 1799 est nommé Premier consul. Depuis le milieu du XVIIIe siècle, France et Royaume-Uni sont par ailleurs en conflit à de nombreuses reprises : guerre de Sept Ans, guerre d'Indépendance américaine, avec notamment la bataille d'Ouessant en 1778 (une parmi d'autres). La politique de guerre de course et de recrutement de corsaires bat son plein depuis le règne de Louis XIV, sur toutes les mers du globe où les marines respectives des deux pays ont des intérêts et des points d'attache. Les mers sont un vecteur de mobilité, mais l'océan Indien est alors principalement sous contrôle britannique, appliquant à la lettre le principe de mare clausum, la mer fermée, contrôlée. Les navires danois bénéficient par exemple d'une autorisation spéciale que n'ont pas les français pour naviguer librement.

Parmi les différents bâtiments qu'on trouve dans la région, il faut distinguer les flottes commerciales des compagnies, armées, les lignes régulières, et les navires qu'on pourrait qualifier de tramping, réalisant du commerce de port en port afin de profiter des écarts de prix d'un point à l'autre. Autres types de navires s'y trouvant : les flottes de guerre composées de navires de ligne, dont le rang, la classe et le tonnage sont assez normés. Au-delà de ces grandes catégories, il faut ainsi souligner l'idée que la majeure partie des navires armés et naviguant dans ces eaux sont des navires produits à l'unité, à l'initiative d'armateurs privés, et destinés à transporter de petits volumes (300 à 800 tonneaux). Les navires corsaires ont généralement pour but de capturer ces petits navires, de revendre leur cargaison à bon prix, et de refourguer les navires entiers à d'autres armateurs, ou aux propriétaires initiaux. Cette activité fructueuse implique cependant de nombreux risques : captivité, peine capitale, etc.

Un voilier de course[modifier | modifier le code]

Le trois-mâts La Confiance a été spécifiquement conçu et construit à Bordeaux pour la guerre de course en 1798-1799. C'est un voilier du genre frégate, aux lignes élancées et de petite taille, destiné à être rapide et manœuvrant.

La Confiance est armée et envoyée à l'Île de France (ancien nom de l'île Maurice) par son propriétaire, l'armateur bordelais Jacques Conte, qui avait créé en avril 1799 une maison de commerce vouée aux expéditions corsaires dans l'océan Indien, en association avec Jacques Tabois et Étienne-Jean Dubois.

La Confiance appareille de Bordeaux le 16 mai 1799 à destination de l'île Maurice, sous le commandement du capitaine Taudin, ayant à son bord Tabois et Dubois, avec un chargement de diverses marchandises, dont du vin et de l'eau-de-vie[2]. Le voilier arrive sans encombre à Port-Louis trois mois plus tard, le 18 août. Après une première mission corsaire sous le commandement de Taudin qui rapporte trois navires anglais, Tabois et Dubois sollicitent Robert Surcouf pour lui confier la Confiance. Le brick de Surcouf, la Clarisse, étant en carénage, et le trois-mâts la Confiance étant une unité plus puissante, Robert Surcouf accepte immédiatement la proposition et prend en charge l'armement du navire.

Au même moment cependant, un autre corsaire breton, le capitaine Dutertre, menace les plans de Surcouf pour recruter un équipage complet. Par une habile manœuvre auprès du commissaire, il réussit cependant à débaucher une majorité des marins de son concurrent. Après avoir frôlé un duel à mort, les deux hommes parviennent à s'entendre grâce au gouverneur de l'île, consentant tous trois que la mort d'un parmi deux des plus grands corsaires en activité serait une victoire pour les Anglais. Il se partagent ainsi les 160 matelots disponibles, portant l'équipage de la Confiance à environ 150 personnes. Le bâtiment appareille trois jours plus tard, puis met une semaine à franchir l'équateur.

Le récit de Garneray : une source de première main[modifier | modifier le code]

On connait notamment bien la période pendant laquelle elle fut commandée par Surcouf grâce au récit de voyage d'Ambroise-Louis Garneray, qui fut l'aide de camp du corsaire à son bord, recruté à l'Ile de France[3]. La Confiance fut alors surnommée l'Apollon de l'Océan, et était amarrée à la Pointe-aux-Forges, que l'on rejoignait par barque depuis la ville. Garneray la décrit comme un « navire à coffre », dont il comprend immédiatement les qualités pour la course. C'est Garneray qui mentionne les 18 canons dont elle est alors équipée.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Après une première série de courses à bord du brick la Clarisse, Surcouf était rentré au port de l'Ile-de-France, où ses prises précédentes sont remisées. La classe exacte de la Confiance n'est pas connue : s'agit-il d'un brick (peu probable, car la Confiance est assurément un trois-mâts), ou d'une frégate, ou bien encore d'une corvette dont l'architecture tend à se rapprocher de celle des frégates en cette fin de siècle ? Toujours est-il que les sources mentionnent tantôt une frégate de 24 canons, tantôt un brick[1] (ce qui est faux, au vu de la mâture et de la voilure de la Confiance) que Surcouf arme avec 16, ou 18 canons.

Les courses de la Confiance débutent rapidement, le 10 mai 1800 : après avoir profité de la mousson, Surcouf gagne le golfe du Bengale. Il croise d'abord un navire sans lien avec la Compagnie des Indes anglaise. Il ne lui faut pas plus d’un mois et demi pour faire une première prise : un trois-mâts américain l'Alknomack, jaugeant 350 tonneaux et nanti de 14 canons, d'un gabarit raisonnablement inférieur à la Confiance donc. Il n’y eut pas de bataille. Si les deux coups de semonce du corsaire laissèrent de marbre l'Alknomack, les trois coups de canons à boulet qui suivirent, plus explicites, incitèrent l’équipage à se rendre sans combat. En août, Surcouf croise en mer un capitaine danois chargé de l'espionnage illégal pour lequel avait été soudoyé l'officier à l'île Maurice. Après un long et fructueux entretien, Surcouf décide de réorienter sa course, entre la côte malaise et la côte de Coromandel.

Le 6 août, la Confiance croise la Sibylle, navire anglais d'un rang supérieur, avec notamment un pont couvert bien armé. Surcouf décide de ruser en déguisant son équipage avec des uniformes anglais. De même, il ordonne de marteler les francs-bords du navire et de clouer des planches destinées à donner l'impression de réparations de trous de boulets. La Confiance se met en panne à bâbord de la Sibylle qui arme sa bordée. Surcouf ruse en faisant croire au capitaine anglais qu'il a été promu, afin de le distraire, et parvient à fuir un affrontement qui aurait été assurément fatal à la petite frégate peu armée.

À partir du mois de septembre, l'activité de la Confiance s'intensifie : le 19 septembre, le Praise, un trois-mât de 800 tonneaux, est arraisonné. Le 22 septembre, c'est un brick anglais (tonnage et dénomination : inconnus). Le 24 septembre, l’Harriet ( trois-mâts jaugeant 400 tonneaux) subit le même sort. Le 26 septembre, un petit brick danois croise le chemin de Surcouf et son équipage. Délesté de sa cargaison de riz, le Danois se voit confier les prisonniers anglais qui venaient d’être capturés. Enfin, le 30 septembre, le Tiger et ses 500 tonneaux achève pour ce mois la période de course. Au total, le mois de septembre, grâce aux renseignements danois, permet 6 prises de taille correcte. Durant cette fin d'été, la Confiance fut plusieurs fois prise en chasse par des navires de haut-bord anglais, mais sa supériorité d'allure lui permit de s'échapper à chaque fois.

La prise du Kent[modifier | modifier le code]

La Confiance, à ce stade, se révèle redoutable face à des navires de rang similaire. Mais sa célébrité vient surtout de la prise - improbable - d'un navire d'un rang bien supérieur : le Kent (en).

Le 2 octobre, l’Union et ses 450 tonneaux tombent dans l’escarcelle de Surcouf. Le 4 octobre voit la prise de deux navires : la Charlotte de 400 tonneaux et la Rebecca de 450 tonneaux.

Puis vient le 7 octobre, date à laquelle Surcouf rentre de son vivant dans la légende avec la prise du Kent. Navire anglais de type indiaman, il appartient à la Compagnie anglaise des Indes orientales. Son tonnage est presque le triple de celui de la Confiance, soit 1200 tonneaux. Il aligne 40 canons de calibres divers face aux 18 canons, peut-être renforcés à 24 par les prises précédentes, de la Confiance, la plupart de calibre inférieur à ceux du Kent. Enfin, côté anglais, on compte 400 hommes, ainsi que quelques passagers civils, tandis que les Français n'en ont que 160.

À l'aube du 7 octobre (et non le lendemain de sa rencontre avec la Sibylle le 7 août comme Garneray semble s'être trompé dans son journal), la Confiance cingle vers le Gange. Surcouf semble toujours mécontent d'avoir du fuir la Sibylle quelques semaines plus tôt. Le marin chargé de la vigie interpelle soudain l'officier de quart : un navire est en vue. Le Kent est sous le vent et le soleil, à bâbord de la Confiance. La vigie le décrit alors comme très gros. Surcouf entend la conversation et surgit pour observer à son tour le bâtiment. Surcouf décide de mettre le cap vers le Kent.

Déroulement de la prise du Kent

Le capitaine décida de réveiller tout le monde et de réunir son état-major : la discussion est tumultueuse, les avis fusent de toute part : le Kent est élevé sur l'eau, bien espacé en mâture, c'est manifestement un navire de guerre de bien plus haut bord, rang, armement que la Confiance, identifié rapidement comme appartenant à la Compagnie des Indes, naviguant depuis Londres vers le Bengale. À ce moment-là de la manœuvre, le Kent court bâbord amures et serre le vent pour accoster la Confiance ; Surcouf comprend que si l'engagement se fait, cela se fera à pile ou face : l'apogée de sa carrière et de la course de la Confiance, ou une défaite fracassante. Surcouf décide de risquer le tout pour le tout : la captivité ou l'or.

La bataille s'engage alors : Surcouf monte sur la barre et ordonne le branle-bas. L'équipage est enthousiaste. Il donne l'ordre de se servir des hamacs, sacs, et de tout ce qui pourrait amortir la mitraille adverse. Les coffres d'armes sont ouverts, et les non-combattants (médecins, commissaires aux vivres, domestiques) se préparent à approvisionner les canons en poudre. Le chirurgien se prépare à opérer les blessés. Les boutefeux sont allumés. Une fois les préparatifs faits, Surcouf ordonne le déjeuner, et accord même des rafraîchissements supplémentaires, afin de motiver l'enthousiasme. L'objectif de Surcouf est simple : aborder le Kent par sa hanche tribord (la hanche désignant la partie entre la poupe et le mat d'artimon)

Pendant ce temps-là, le Kent approche : sa carène est maintenant visible depuis le bord. À 10 heures du matin, les batteries du Kent sont parfaitement visibles : deux ceintures de fer, parallèles, de 38 canons : 26 en batterie couverte, et 12 sur le pont. Les deux navires sont alors à une demi-lieue (environ 2,7 km, une lieue nautique valant 5,56 km) de distance l'un de l'autre. Surcouf motive ses troupes : attaquer le Kent, c'est prendre une revanche sur leur fuite forcée face à la Sibylle. Surcouf cherche à savoir si son ennemi a de vrais canons, ou s'il tente une ruse. Il réduit la voilure, et manœuvre pour que ses canons de 18 livres soient à portée de tir. Le navire anglais comprend immédiatement et tire un premier boulet d'avertissement, qui signale effectivement ses intentions et ses moyens. Cette semonce agace Surcouf, qui maugrée seul. Dans la foulée, le Kent tire alors une bordée complète vers la Confiance. Le capitaine se ressaisit et fait sonner les trois coups de sifflet réglementaires pour donner l'ordre de combat.

Certain de sa supériorité, le capitaine anglais convie alors ses passagers au « spectacle », sur le pont : des jeunes femmes notamment, sont aperçues par Garneray depuis son poste de combat. Surcouf de son côté, donne l'ordre de répondre à la semonce par un coup de canon, et fait lever son pavillon français. La bataille est inévitable.

Le corsaire motive une ultime fois son équipage. La perspective de gains substantiels est motivante... Il explique aussi la tactique qu'il envisage : ne pas chercher le feu et la canonnade - suicidaire - contre le massif adversaire, mais remonter le bord par-dessous les canons du Kent, et l'aborder. Le plan est simple : la Confiance doit faire semblant de vouloir canonner la hanche du Kent, pour l'aborder par la poupe, et sous le vent. Si cette manœuvre réussit, la Confiance sera plus basse que les plus bas canons du Kent, et donc invulnérable aux bordées. Surcouf offre la « part du diable » (c'est-à-dire le pillage) à son équipage pendant les deux premières heures pour tout ce qui n'est pas de la cargaison.

L'équipage de la Confiance se disperse alors, chacun prend ses armes : haches, grenades, espingoles, pistolets, poignards, lances de quinze pieds. Surcouf place les non-combattants sur le pont et leur ordonne de bloquer avec leur lance toute intrusion sur la Confiance, soit qu'elle vienne d'un Anglais, soit qu'elle vienne d'un Français battant en retraite. À l'ordre, tout le monde se couche à plat ventre pour éviter les tirs adverses. Le Kent et la Confiance viennent en effet d'effectuer simultanément un virage de bord, et se croisent donc une nouvelle fois. Le navire anglais en profite pour envoyer une nouvelle bordée, qui manque totalement sa cible. Un nouveau virage anglais pousse la Confiance à faire de même. Le Kent semble ne craindre à ce moment ni l'abordage, ni la canonnade, du fait de sa supériorité, et commet une erreur : il cargue sa grand-voile, afin de ralentir et de manœuvrer plus facilement. Surcouf n'attendant que cela : il se place sous le vent, pour gagner la hanche tribord adverse. Cette manœuvre implique un risque : une troisième bordée part du Kent, faisant cette fois-ci mouche, brisant le mât de perroquet de la Confiance. Le moment de l'abordage se rapproche.

Le Kent manœuvre alors pour tenter une quatrième bordée, de bâbord cette fois, offrant tout son bordé à Surcouf. La petite frégate, bien plus rapide, gagne l'ombre des voiles de l'indiaman, et se place contre sa muraille de tribord. Les crampons sont lancés : l'abordage est réussi. Un instant de flottement se fait sentir sur le navire anglais, qui croit alors que la Confiance est hors de combat et cherche secours en s'arrimant à lui. L'équipage afflue sur le pont supérieur du Kent, pour contempler la supposée défaite française. Surcouf hurle alors l'ordre d'aborder. Une quatrième bordée part du Kent, bien trop haute pour toucher la coque de la Confiance. Une partie de l'équipage est cependant sonnée et effrayée par les explosions, et charge le Kent avec d'autant plus d'ardeur qu'ils pensent la Confiance perdue.

La bataille fait vite rage : les officiers anglais sont ciblés les premiers. Le premier français à bord est un matelot africain, noir, Bambou, qui avait parié ses prises avec certains camarades. Armé d'une hache et d'un pistolet, il se fraye un passage sanglant dans les rangs anglais. Il est suivi par l'escouade du second de Surcouf, Drieux. Le gaillard avant du Kent tombe le premier. Le capitaine du Kent, Rivington, se met alors à la tête de ses troupes. Surcouf lui aussi, mène maintenant l'assaut, et est arrivé sur le pont ennemi. Combattant et criant ses ordres simultanément, il cause personnellement la mort de plusieurs soldats. Il semble commencer à s'inquiéter : si l'assaut dure, la Confiance est perdue. C'est bien l'effet de surprise qu'il faut alors exploiter. Surcouf ordonne à ses marins d'armer deux canons du gaillard avant du Kent avec de la mitraille, et de les retourner contre l'équipage de Rivington. La manœuvre n'est pas repérée par les Anglais, et permet de causer de fortes pertes dans les rangs.

À ce stade de l'abordage, Garneray semble inquiet : chaque homme de Surcouf a au moins tué un Anglais, mais leurs rangs se reforment et se comblent à chaque fois. L'effectif de Rivington est en effet près de trois fois plus nombreux que celui de la Confiance. Une volée de grenade, lancée par le matelot Avriot depuis les hunes de la Confiance, abat cependant d'un coup une vingtaine d'Anglais. Un éclat touche le capitaine anglais, qui meurt quelques secondes plus tard, dans les bras de ses officiers. Surcouf le voit, et exhorte une nouvelle fois ses troupes, se lançant le premier dans la bataille. Pendant ce temps-là, des hommes jetés à l'eau par le roulis sont écrasés entre les deux coques des navires, d'autres se battent et se poignardent dans l'eau. Cet épisode semble avoir durement marqué Garneray qui jette un voile pudique sur ces détails dans ses mémoires.

Progressivement, les Anglais refluent vers les écoutilles (que Surcouf fait refermer pour les bloquer) et les ponts inférieurs. Le second du Kent apprend à ce moment la mort de Rivington, et prend le commandement, souhaitant lancer un nouvel assaut. Il donne l'ordre de faire tirer les batteries couvertes pour ensevelir les marins de la Confiance sous les décombres de son gréement. Surcouf comprend la manœuvre et fonce avec ses meilleurs hommes pour l'en empêcher.

Surcouf est alors maître du navire, et déclare « plus de morts, plus de sang, mes amis ! Le Kent est à nous ! Vive la France ! Vive la nation ! ».

En dix minutes - les Anglais affirmeront vingt, et l'historien de la marine James affirme deux heures – après un combat acharné, l’affaire est donc réglée. Il en résulte pour les Anglais, bien que trois fois supérieurs en nombre, des pertes humaines considérables.

Le combat achevé, Surcouf fit immédiatement arrêter le début de pillage de ses hommes et veilla à ce que les passagères ne subissent aucun outrage. Il se présente comme le marquis d'Ancien Régime qu'il est malgré tout, s'excuse de sa tenue et de la violence infligée à la vue des passagères. De cette prévenance naquit une véritable amitié entre Surcouf et l'époux de l'une d'elle - une princesse d'origine allemande mariée au général Frederick St John (en).

Surcouf fait ordonner de soigner les blessés, et convoque le second du Kent, qui explique que son navire, ainsi que le The Queen, étaient censés escorter en plus de leur 1500 tonneaux de chargement, des officiers et passagers à Calcutta. Un incendie avait cependant ravagé le The Queen, contraignant son équipage à embarquer sur le Kent, d'où la présence de 437 combattants à bord de ce dernier. Surcouf débarque une partie des prisonniers sur un trois-mâts voisin qui a assisté au combat, et fait promettre qu'ils seront libérés en échange de Français détenus à Madras et Calcutta.

Puis la Confiance et le Kent, dont le commandement fut confié à son second, le capitaine Drieux, firent route vers l'île de France, amarrés l'un à l'autre, où ils arrivent le 16 novembre 1800. La vente du navire ainsi que sa cargaison sera estimée à 100 000 piastres, soit 100 millions de livres. À la suite de quoi la Confiance sera désarmée puis chargée de marchandises, prenant la direction de la France et atteignant La Rochelle le 13 avril 1801.

Épisode glorieux pour les uns, honteux pour les autres, la prise du Kent fait l'objet de plusieurs débats concernant l'équipement, les victimes, la durée du combat. L'historien anglais James soutient que le combat a duré deux heures, et que le capitaine Rivington fut tué par un tir et non par un éclat de grenade (comme le dit Garneray). L'armement du Kent, selon lui, était de 12 canons de 12 livres, 6 canons de 6 livres sur ses gaillards ; selon James toujours, la Confiance était armée de 20 ou 22 longs canons de 8 livres. James spécule ainsi : si le Kent avait porté des caronades de 18 ou 24 livres à la place de ses canons de 6 livres, il aurait été capable d'utiliser de la mitraille pour repousser les grappins et l'abordage. James tente par ailleurs d'atténuer le brio de l'attaque de Surcouf : le Kent n'aurait eu à déplorer qu'une quinzaine de morts, dont 6 passagers désarmés ; par ailleurs, il explique la défaite des soldats anglais par une pénurie de sabres, de piques, et de pistolets[4]. Selon Laughton[5], le Kent n'aurait jamais porté 437 personnes, mais seulement 200, et l'attaque n'aurait fait que 11 morts et 44 blessés côté anglais, et 16 blessés côté français (dont 3 morts a posteriori).

Résultats et postérité[modifier | modifier le code]

Les prises de la Confiance sont évaluées à 200 millions de livres (dont 100 millions rien que pour le Kent), en quelques mois à peine (mai - novembre). Surcouf peut se flatter d’avoir amassé, grâce à ses premières courses à bord de la Clarisse et celles de la Confiance, près de 500 millions de livres. Il est possible que la prise du Kent ait inspiré la chanson de marin « Le Trente et un du mois d'août », laquelle modifie toutefois la date du combat, ainsi que la mention du roi de France alors qu'à la date de la bataille il n'y a plus de roi en France.

Quant à gêner l'ennemi, premier but de la course, le résultat sera dans ce domaine tout aussi positif : prime au montant record pour qui capturerait Surcouf, hausse des tarifs d'assurance, et installation de filets anti-abordage sur les navires anglais. Consécration suprême : le nom de Surcouf aurait été utilisé comme équivalent du croquemitaine par les mères pour calmer les petits Anglais trop turbulents.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Van Tenac 1853, p. 53
  2. Saugera, Éric, Bordeaux port négrier : Chronologie, économie, idéologie (XVIIe-XIXe siècles), Paris, Karthala, , 384 p. (ISBN 2865375846).
  3. Garneray, Louis (1783-1857), Voyages de Louis Garneray : Aventures et combats illustrés par l'auteur, Paris, G. Barba, coll. « Le Panthéon populaire illustré », , 116 p. (lire en ligne)
  4. James (1837), Vol. 3, p. 31.
  5. Laughton (1887), p. 438-442.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Van Tenac, Histoire Générale de la Marine, vol. 4, Paris, E. et V. Penaud, (lire en ligne), p. 100-104
  • William James, The Naval History of Great Britain, from the Declaration of War by France in 1793, to the Accession of George IV. R. Bentley, 1837
  • John Knox Laughton, Studies in Naval History: Biographies, Longmans, Green, and Company, 1887