Kamel Mohanna

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Kamel Mohanna
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Dr Kamel Mohanna, intervention publique.
Naissance
Khiam
Nationalité Libanais
Diplôme
Activité principale
fondateur et président de l'association Amel
Autres activités
Coordinateur général du Collectif des ONG arabes

Kamel Mohanna (né en 1943 à Khiam, un village du Sud-Liban) est un auteur et docteur en médecine. Après avoir obtenu son diplôme d’État de médecine à l’université de Tours, il commence sa vie professionnelle comme pédiatre avant de s’engager dans l’humanitaire au début de la guerre civile libanaise, en 1975. C’est en réaction à la seconde invasion israélienne au Sud du Liban en 1978 (Opération Litani) qu’il crée Amel Association, afin de fournir une aide d’urgence aux victimes de la guerre.

Mohanna, Professeur à l’Université libanaise, est aussi Coordinateur Général du Collectif des ONG libanaises et du Collectif des ONG arabes. Par ailleurs, il est expert reconnu, notamment dans le domaine de la santé, auprès d’organisations internationales comme notamment l’Organisation mondiale de la santé. Il est membre de l’un des groupes préparatoires au Sommet Humanitaire Mondial qui se tiendra à Istanbul en 2015 et représente Amel Association International au sein de plusieurs forums : l’Assemblée des citoyens de la Méditerranée, de HAP, de l’ICVA (International Council of Voluntary Agencies, de l’ECOSOCetc. Le Dr Kamel Mohanna a joué un rôle crucial dans la reconstruction du Liban après la guerre civile et, figure de proue de l’humanitaire au Liban, il est un personnage public respecté de tous dans son pays comme à l’étranger.

Il est également l’auteur de plusieurs publications, et sa biographie a été éditée à plusieurs reprises, tant en arabe qu’en français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Kamel Mohanna naît à Khiam (Sud-Liban) en 1943 où il grandit dans une famille de onze enfants. Situé au carrefour des frontières libanaises, syriennes et palestiniennes, ce village le confrontera très tôt à l’occupation et au sort des palestiniens qui viendront se réfugier au Liban à la suite de la création de l’État d'Israël. Le drame que vivent les familles palestiniennes fera naitre son désir de faire des études de médecine, et constituera le terreau de sa révolte contre les injustices[1].

Il quitte ensuite le Liban pour la France afin de suivre des études de médecine à l’Université de Tours. C’est là-bas qu’il connaitra ses premiers engagements politiques en se faisant élire Secrétaire Général de l’Union Générale des Étudiants Libanais (UGELF). Dans ce cadre, il occupera l’Ambassade du Liban à Paris deux fois afin de faire entendre les voix des plus démunis. Dans le contexte tendu de l’époque, son militantisme révolutionnaire au service de la cause palestinienne et sa proximité avec les milieux marxistes et panarabes lui feront rencontrer des difficultés. Il fera ainsi l’objet d’un arrêté d’expulsion de la part de la France[1]. Cependant, ce même dévouement lui apportera la reconnaissance de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) ainsi que de divers partis, missions diplomatiques arabes et intellectuels (dont le philosophe Jean-Paul Sartre) qui signeront une pétition lui permettant de terminer ses études de médecine sans être inquiété. Il obtiendra ainsi son diplôme de docteur d'État en Médecine à l’Université de Tours, avant de poursuivre en spécialisation en pédiatrie à l’Université de Grenoble.

Engagement dans l’humanitaire[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Ses études terminées, Kamel Mohanna se rend au Yémen où il vit sa première expérience de médecin pédiatre en faveur des plus démunis dans la région du Dhofar. Pendant six mois, il est volontaire dans ce pays et participe à la mise en place d’un plan de soins de santé primaire. « Médecins aux pieds nus », il côtoie lors de cette révolution de nombreux militants, engagés pour un monde plus juste, et se sert quant à lui de la médecine afin que tous aient un accès égal, peu importe leur classe sociale, aux services de base. Dès son retour au Liban en 1973, il est engagé par l’hôpital Saint-Georges et par le ministère de la Santé. Parallèlement, il se porte volontaire dans des dispensaires populaires des banlieues de Beyrouth et participe activement à la création de nouveaux dispensaires et centres médicaux.

Éclatement de la guerre civile au Liban[modifier | modifier le code]

Les événements qui frappent le Liban à partir de 1975 confirment son engagement dans l’action humanitaire. Alors qu’il est médecin volontaire dans les régions soumises au blocus de la zone du Metn-Nord, il participera à la création de dispensaires. Également nommé président du comité sanitaire de la région qui couvre Bourj Hammoud, Sin el Fil et Nabaa, il entamera alors pendant 40 jours une étroite collaboration avec Bernard Kouchner, à l’époque engagé au sein de Médecins sans frontières. L’expérience commune marquera le début d’une grande amitié entre les deux hommes[2]. Seul médecin sur place pendant le blocus, il sera blessé lors de la bataille de Tell El Zataar en 1976.

En 1976, il fonde avec un groupe d'hommes et femmes libanais l’association humanitaire Najdeh qui a pour vocation l’amélioration des conditions de vie des habitants des camps palestiniens du Liban. À cette époque, il est responsable de la situation médicale de la banlieue-sud de Beyrouth, du Metn-Nord, de Damour et des régions Sud où il installe des dispensaires et des centres médicaux. En 1978, il participe à la création du Comité National pour les habitants de Khiam. Cette initiative répond à l’occupation israélienne qui force les habitants à l’exode. Cette même année, il ouvre un dispensaire à Sfeir (banlieue-sud de Beyrouth) à l’attention des déplacés qui se sont installés dans la région.

Création de l’Association Amel[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre et l’occupation qui mettent le Liban à feu et à sang, 55 habitants de Kham refusent l’exode (majoritairement les personnes âgées) et sont froidement assassinées par les forces d’occupation. C’est à la suite de ce massacre perpétré sur la population civile que Dr Mohanna décide de fonder une association médico-sociale «Amel » en 1979, avec un groupe d’amis composés d’intellectuels et de médecins. Ensemble, ils élaborent un programme d’aide médicale d’urgence. Le Premier Ministre de l’époque, Dr Salim El Hoss les soutient et assure le haut patronage du Comité national de parrainage des projets d’hôpitaux.

L’association Amel s’investit dans une série de projets de dispensaires, de centres médicaux, d’hôpitaux de campagne, de maternités, de centres de protection maternelle et infantile et de centres de réhabilitation pour personnes atteintes de handicap physique dans les régions les plus déshéritées : banlieue-sud de Beyrouth, Bekaa et Sud-Liban. Plus de 24 centres sont ouverts afin de répondre à l’objectif premier de l’association : garantir aux plus démunis l’accès au droit à la santé. Parallèlement aux programmes sanitaires, Amel ouvre des centres de formation professionnelle à Hay el Karameh, Wadi abou j’mil (Beyrouth), Saida et Tyr (Sud) et El ain, Baalbeck et Hermel (Bekaa). En outre, 3 jardins d’enfants Amel sont créés à Chiah (Beyrouth), Baalbeck et Hermel (Bekaa).

Développement de l'engagement humanitaire[modifier | modifier le code]

Les événements du Liban s’aggravent. La situation dramatique provoquée par le conflit dit civil s’accentue lorsque pendant l’été 1982, Beyrouth subit l’invasion israélienne. Un comité de Secours Médical présidé par le Ministre de la santé de l’époque est mis en place avec l’active participation du Dr Mohanna. Durant cette même période, il crée 3 hôpitaux de campagne à Beyrouth : Moussaitbeh, Haret Hreyk et Wadi abou j’mil. Ces derniers ont permis de sauver des milliers d’enfants, des blessés de guerre et des malades. Avec l’étroite collaboration du ministère de la Santé, Kamel Mohanna gère un vaste programme de collaboration médicale avec divers pays (Italie, France, États-Unis et Koweït) permettant à plus de 450 enfants d’accéder à des soins médicaux. Parallèlement, il participe activement à un programme de réhabilitation des handicapés de guerre (prothèses) grâce au soutien des Pays-Bas. Pendant cette période, il participera à différents comités sociaux et médicaux afin de permettre aux citoyens libanais de retrouver leur dignité et de vivre dans la paix et la justice sociale.

Entre 1983 et 1984, pendant les conflits dits « guerre de la montagnee » et de la banlieue-sud, il installe de nouveaux hôpitaux de campagne à Chiah et à Bourj el Barajneh ainsi qu’un centre d'aide d'urgence et de défense civile à Wadi abou j'mil avec le soutien d'associations comme Médecins sans frontières et Médecins du monde. En 1986 et 1987, il supervise la création de nouveaux centres d’aide d’urgence Amel en étroite collaboration avec des comités populaires et le secteur public. En 1989, alors que le Liban vit une période particulièrement dramatique lors des événements dits «guerre de libération », il supervise la création de nouveaux centres d’urgences et de groupes de défense civile. En outre, il préside la commission gouvernementale chargée de l’envoi des blessés de guerre à l’étranger. Entre 1989 et 1991, plus de 550 blessés seront évacués vers la France et le Koweït, en relation, notamment, avec Bernard Kouchner, Secrétaire d'État français à l'action humanitaire et Gilles-Henri-Tardy, Consul à Beyrouth-Ouest lui-même en relation étroite avec la Présidente libanaise Mona Hraoui. Cette collaboration permettra de sauver de nombreux enfants blessés de guerre[3].

Reconstruction du Liban post conflit[modifier | modifier le code]

Entre 1992 et 1993, il participe activement à l’élaboration du Protocole franco-libanais pour la prise en charge de 100 blessés de guerre par l’hôpital Hôtel-Dieu-de-France (Beyrouth) aux frais du gouvernement français. C’est à cette même époque qu’il est élu coordinateur général des ONG arabes. En 1994, il est élu Point Focal Régional et membre observateur du Comité Exécutif du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Par décret présidentiel 6322, il est nommé représentant des ONG au sein du Conseil Supérieur de la Santé. La même année, il est chargé de gérer la question des déchets toxiques au Liban et nommé coordinateur général du comité pour l’assainissement de l’environnement.

Entre 1994 et 1997, il représente officiellement le Liban et participe :

  • Au Sommet Mondial pour le Développement Social à Copenhague.
  • À la réunion de l’Assemblée Générale des Nations Unies, tenue à New York en mars 1995 ;
  • À la commission de suivi de la conférence des ONG arabes au Caire (El Shabaka qui regroupe plus de 500 ONG arabes), au sein de laquelle il sera élu représentant du Liban.

La période d’après guerre consacre le Dr Mohanna comme acteur majeur pour la reconstruction du Liban. Amel se lance alors dans des programmes de développement, tout en poursuivant de l’action d’urgence dans le sud et la Bekaa ouest. En 1996, il contribue activement à la coordination de l’action des Ministères de la Santé, des Affaires Sociales et celle des ONG afin de faire face aux conséquences de l’agression israélienne. Durant cette période d’après-guerre, le Dr Mohanna se présentera deux fois comme candidat aux élections législatives.

Développement et expansion d’Amel[modifier | modifier le code]

En 1999, Amel supervise l’exécution d’un programme de gestion et de prévention des catastrophes au Liban, soutenu par la Commission européenne. Le Dr Mohanna veille particulièrement à développer au sein de Amel des programmes de développement sanitaire et de prévention des maladies transmissibles. Il s’engage également auprès des jeunes en inaugurant un centre de formation professionnelle dans la banlieue-sud, mais aussi à travers le lancement de divers programmes d’éducation et de formation aux droits humains, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Sud Liban et dans la Bekaa. Ces programmes sont soutenus par des bailleurs internationaux, reconnaissant l’importance d’une association ancrée sur le terrain, Amel, et de son Président, le Dr Kamel Mohanna.

Le conflit syrien qui éclate en 2011 marque pour Amel et le Docteur Mohanna un nouveau tournant. En effet, dès le mois d’avril 2012, le Dr Kamel Mohanna lance un appel aux partenaires et bailleurs afin qu’ils soutiennent l’action des ONG, tout particulièrement les organisations locales, venant en aide aux populations affectées par la crise syrienne. Maitre d’œuvre de la « Réponse d’urgence à la crise syrienne » lancée par Amel, le Dr Kamel Mohanna est nommé représentant des ONG locales au sein du « Humanitarian Country Team » réunissant tous les représentants des agences des Nations Unies. Il participe aussi à de nombreuses conférences internationales, répétant inlassablement qu’il faut « aider le Liban qui aide la Syrie ». Il s’attache aussi à développer l’action d’Amel sur le plan international, insistant sur l’importance que les ONG du Sud apportent leur contribution aux actions de solidarité mises en œuvre au centre. C’est dans ce cadre qu’il est l’instigateur de la création de Amel Association International, dont le siège se situe à Genève et qu’il travaille activement à l’ouverture de centres d’Amel dans les pays du Nord incluant notamment la France, les États-Unis, la Belgique et les Pays-Bas.

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Dr Kamel Mohanna, Un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples : les choix difficiles, éd. L’Harmattan, 2013
  • Dr Kamel Mohanna, La société civile et le volontariat, l’exemple de l’association Amel, éd. El Farabi, 2013 [4]

Articles parus[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Prix et décorations[modifier | modifier le code]

Son action et son engagement lui valent les reconnaissances et décorations suivantes :

  • Symbole de l’Amour et du Don, Commission Nationale de la Journée de l’Enfant, Liban, 1974
  • Ordre de Mérite pour sa contribution à l’amélioration de la condition humaine, Comité Libanais pour la Paix, Liban
  • Ordre de Mérite du Comité Libanais pour la Paix, Liban, 1995
  • Chevalier de la Légion d’Honneur, Président Jacques Chirac, France, 1997
  • Prix Laure et Joseph Moghaizel pour les Droits de l’Homme et la Paix Civile, décerné à l’association Amel qu’il a fondée et qu’il préside, Liban, 1998
  • Chevalier de l’Ordre National du Cèdre, Liban, Président Elias el Hraoui, 1998[5]
  • Homme de l’année et vétéran de la culture, Mouvement Culturel d’Antélias, Liban, mars 2000.
  • Distinction attribuée par l’Ordre des Médecins Libanais, Beyrouth, juin 2000
  • 2006 : Dr Kamel Mohanna reçoit une distinction du Sénat français ainsi que le Prix du Forum arabe.
  • 2007 : Participation à la Conférence pour le dialogue inter libanais à la Celle Saint Cloud
  • 2009 : Officier de la Légion d’Honneur, Président Nicolas Sarkozy, France

Membre actif[modifier | modifier le code]

Le Docteur Kamel Mohanna est membre actif :

  • du Cercle des Études pour le Développement
  • du Club Culturel Arabe
  • de l’Association Libanaise pour les Droits de l’Homme
  • du Centre de Protection Permanente "Chronic Care Centre” dirigé par Madame Mona el Hraoui, ex-Première Dame du Liban
  • du Cercle de l’Action Nationale
  • de l’Association des citoyens de la Méditerranée

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]