Kabar (fête)

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Le kabar, ou kabaré, ou servis malgas ou servis kabaré, est un type de fête célébrée à La Réunion (également attesté à l'île Maurice par la tradition orale, et dans l'archipel des Comores). Il inclut de la musique, de la danse, du chant et parfois du moringue. Il est généralement fréquenté par une population principalement créole, sauf dans le cas des kabars touristiques.

La musique qui s'y joue dépend beaucoup des percussions, et est surtout composée de maloya, bien que d'autres genres musicaux (notamment le séga) puissent y être représentés.

Le 20 décembre de chaque année (célébration de l'abolition de l'esclavage en 1848 à La Réunion), les Réunionnais fêtent l'abolition de l'esclavage autour d'un grand feu : la « fête kaf ». Ceci est une occasion pour les chanteurs traditionnels de faire une représentation dans toute l'île.

Origine[modifier | modifier le code]

Les Réunionnais ont adopté les pratiques liées au culte des ancêtres, originellement attesté chez les groupes bantous et malgaches, qui constituent près de la moitié de la population. En effet, le servis kabaré trouve ses origines dans des cérémonies malgaches que les premiers esclaves de Madagascar ont emmenées avec eux à La Réunion. Cependant, comme l'indique le sociologue Yu-Sion Live[1], cette cérémonie a perdu son enracinement malgache et a aujourd'hui une originalité réunionnaise du fait du côtoiement des cultures malbare, comorienne, européenne, chinoise... Aussi, le kabar réunionnais a-t-il été influencé par le samblani hindou (cérémonie en l'honneur des ancêtres, ou sambirani ou sambrany), le boukan comorien et la religion catholique. Un cumul des religions s’est effectué parallèlement à la fusion des cultures autochtones aux valeurs diverses, et même si des tensions mutuelles persistent aujourd’hui, on observe un univers symbolique propre à l'île de la Réunion[2].

Originellement, il s'agissait d'une cérémonie animiste dédiée aux esprits (zam) au cours de laquelle les vivants pouvaient converser avec leurs ancêtres. Selon Sudel Fuma[3], maître de conférence en histoire contemporaine à l'Université de La Réunion, « dans le contexte colonial, le kabaré assur[ait] la cohésion sociale, comme le faisait les assemblées d'anciens à Madagascar ».

Il semblerait que le servis kabar durait moins longtemps que les 24h du service moderne. Aussi loin que la tradition orale permet de remonter, la célébration se faisait le samedi. « Aujourd’hui, il faut l’autorisation du commissariat de police, car les soirées rassemblent jusqu’à un demi millier de personnes[1]. »

Le servis kabaré est une coutume toujours vivace, exécutée dans les familles réunionnaises d'origine malgache et africaines à l'occasion du décès du patriarche.

Le culte de possession[modifier | modifier le code]

À la Réunion la possession est considérée comme une maladie surnaturelle. On distingue deux sources de la maladie selon qu'elle intervienne par cause naturelle ("maladie bon dieu"), ou par cause spirituelle pour la "maladie malice" ou "'z'ancêtre"[4]. En vue d'y remédier on se réfère soit à la médecine occidentale, sinon à des devins-guérisseurs, bien que selon les cas individuels on puisse passer de l'une à l'autre pour guérir. Dans le deuxième cas, la maladie vise à être ritualisée lors de la cérémonie du servis kabaré.

Il s'agit d'un rite de remerciement procédant traditionnellement par un kabary (discours de remerciement), dont la fonction est substituée aujourd'hui par sa forme chantée, le maloya. À cette occasion, la musique et le rituel s'influencent mutuellement en vue de contrôler la transe, et par extension la danse des esprits (voir la page danse associée au maloya). On distingue la possession élective, quand l'esprit s'apparente à un ancêtre familial dont l'influence est héritée par le sang, de la possession maléfique, quand des actes de sorcellerie autour d'une malmort sont à l'œuvre et nécessitent un exorcisme[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Des rituels après tout réunionnais - Culture et identité <Témoignages.RE> Nout Zournal OnZeWéb Journal quotidien et actualité de l'ile de La Réunion - Océan Indien - Sociologue de l’interculturalité
  2. Corinne Forest, « Dumas-Champion, Françoise. — Le mariage des cultures à l’île de la Réunion », Cahiers d’études africaines, 204,‎ , p. 1005-1007 (ISSN 0008-0055, lire en ligne)
  3. Sudel Fuma, « Aux origines ethno-historiques du maloya reunionnais traditionnel, ou le maloya réunionnais, expression d'une interculturalité indiaocéanique » lire en ligne.
  4. a et b Françoise Dumas-Champion, Le mariage des cultures à l'île de la Réunion, Paris, France, Éditions Karthala, DL, , 307; 8 p. (ISBN 978-2-8111-0002-5)