Journalisme jaune

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Caricature parue le 21 novembre 1888 dans Puck.
The Yellow Press, caricature par Louis M. Glackens dépeignant William Randolph Hearst comme un bouffon distribuant des histoires sensationnelles (12 octobre 1910).

Le journalisme jaune, ou presse jaune (de l'anglais Yellow journalism), est un terme américain qui définit une sorte de journalisme ou de presse qui présente des nouvelles de faible qualité et qui mise sur des techniques tape-à-l’œil afin, notamment, de mieux vendre[1]. À l'origine, il tire son nom de la couleur du papier utilisé autrefois par les journaux pratiquant ce type de journalisme[2][réf. insuffisante].

Les techniques couramment utilisées consistent à exagérer la nouvelle, faire de la médisance ou axer sur le sensationnalisme[1]. Par extension, journalisme jaune est utilisé de nos jours comme une expression péjorative pour dénoncer tout journalisme qui traite la nouvelle de manière non professionnelle ou non éthique.

Articles détaillés : Sensationnalisme et Presse à scandale.

Définitions[modifier | modifier le code]

Selon W. Joseph Campbell (2001), la une des journaux de presse jaune est abondamment illustrée, parfois en couleurs, et possède plusieurs colonnes présentant divers titres couvrant divers sujets, tels le sport, le scandale, les dénonciations anonymes[3]. Elle fait également de l'autopromotion éhontée[3].

Selon Frank Luther Mott (1941), le journalisme jaune se définit selon cinq caractéristiques[4] :

  1. Faire la manchette avec des faits divers
  2. Utiliser des photos modifiées ou des vues d'artiste
  3. Utiliser de fausses entrevues, des titres trompeurs, de la pseudo-science, et un défilé d'« experts »
  4. Mettre l'accent sur des suppléments du dimanche, avec des cartoons
  5. Dramatisation d'exemples de dysfonctionnements

Les origines : Pulitzer versus Hearst[modifier | modifier le code]

Étymologie et premiers usages[modifier | modifier le code]

Le terme a été inventé au milieu des années 1890 pour caractériser le journalisme sensationnel ayant utilisé de l'encre jaune pour ses tirages, dans la rivalité ayant opposé le New York World de Joseph Pulitzer au New York Journal de William Randolph Hearst. Cette dernière a atteint son apogée dans la seconde moitié des années 1890, et l'usage historique du terme fait souvent explicitement référence à cette période. Malgré une minorité de reportages sérieux, les deux journaux furent l'objet de nombreuses critiques, les accusant de « sensationnaliser » l'actualité afin d'augmenter leur tirage, au détriment d'une réelle mission d'information.

La paternité du terme est à attribuer à Erwin Wardman, rédacteur en chef du New York Press. Il a été le premier à publier le terme, mais des preuves de l'existence d'expressions telles que « journalisme jaune » et « école de journalisme des enfants jaunes » étaient déjà utilisées par les journalistes de l'époque.

Hearst à San Francisco, Pulitzer à New York[modifier | modifier le code]

Joseph Pulitzer a acheté le New York World en 1883 après avoir fait du St. Louis Post-Dispatch le quotidien dominant dans cette ville. Pulitzer s'est efforcé de faire du New York World une lecture divertissante, grâce à une ligne éditoriale insistant sur l'intégration d'images, de jeux et de concours qui attirèrent de nouveaux lecteurs. De plus, Pulitzer ne demandait aux lecteurs que deux cents par numéro, pour huit et parfois douze pages d'information, ce qui représentait un rapport quantité/prix substantiellement plus élevé que pour les autres quotidiens de l'époque.

Malgré le caractère foisonnant des histoires sensationnelles, leur importance au sein du journal est à relativiser. Pulitzer nourrissait d'ailleurs lui même une vision magnifiée des journaux, les considérant comme des institutions publiques investies d'un devoir d'amélioration de la société.

Deux ans seulement après que Pulitzer l'eut repris, le New York World est devenu le journal de New York au tirage le plus élevé, aidé en partie par ses liens étroits avec le Parti démocrate. Des éditeurs plus anciens, jaloux du succès de Pulitzer, ont commencé à critiquer le New York World, en insistant sur ses romans policiers aux scénarios parfois risibles, tout en ignorant ses articles plus sérieux - tendance qui influence alors la perception populaire du journalisme jaune. Charles Dana, rédacteur en chef du New York Sun, a attaqué The World et a déclaré que Pulitzer était « déficient en jugement et en résistance ».

Cependant, l'approche de Pulitzer a pu lui permettre de faire un effet et de susciter des convoitises, comme ce fut le cas pour William Randolph Hearst, impressionné par la réussite et l'approche du journal de Pulitzer qu'il lisait durant ses études. Héritier minier, Hearst acquit ainsi le San Francisco Examiner de son père en 1887 avec l'ambition d'en faire un journal au succès aussi éclatant que le New York World de Hearst.

L'affrontement à New York[modifier | modifier le code]

Avec le succès de l'Examiner établi au début des années 1890, Hearst commença à chercher un journal new-yorkais à acheter, et fit l'acquisition du New York Journal en 1895, un journal à un penny que le frère de Pulitzer, Albert, avait vendu à un éditeur de Cincinnati l'année précédente.

De là naquit une rivalité entre Hearst et Pulitzer dont le premier terrain fut le terrain financier. Hearst, suivant la stratégie Pulitzer, abaissa le prix de son journal à un cent (par rapport au prix de deux cents de The World) tout en fournissant autant d'informations que les journaux concurrents. La stratégie fonctionna, et comme le tirage du journal bondit à 150 000 exemplaires, Pulitzer réduit son prix à un sou, espérant faire tomber son jeune concurrent (alors financé par la fortune familiale) en faillite.

Bien que la concurrence entre les deux journaux ait été féroce, les articles étaient semblables sur le plan tempéramental. Tous deux étaient démocrates, sympathiques aux travailleurs et aux immigrants (un contraste frappant avec des éditeurs comme Whitelaw Reid du New York Tribune, qui attribuait la pauvreté à des défauts moraux), et tous deux investissaient d'énormes ressources dans leurs publications du dimanche, qui fonctionnaient comme des hebdomadaires et débordaient largement les cadres du journalisme quotidien ordinaire.

Caricature de Hearst et Pulitzer déguisés en Yellow Kid sur la guerre hispano-américaine de 1898.

Ces reportages du dimanche comprenaient les premières pages de bandes dessinées en couleur, et un exemple symptomatique de la rivalité structurelle et de la concurrence féroce entre les deux journaux s'est incarnée avec Hogan's Alley, une bande dessinée autour d'un enfant chauve en chemise de nuit jaune (surnommée The Yellow Kid). Cette bande dessinée est devenue exceptionnellement populaire lorsque le caricaturiste Richard F. Outcault a commencé à dessiner dans le New York World à l'aube de l'année 1896. Lorsque Hearst a débauché Outcault à son rival, Pulitzer a demandé à l'artiste George Luks de continuer la bande dessinée avec ses personnages, donnant à la ville deux Yellow Kids, incarnation des similitudes et de la rivalité des deux journaux.

En 1890, Samuel Warren et Louis Brandeis ont publié « The Right to Privacy » [19], considéré comme le plus influent de tous les articles de revue de droit, comme une réponse critique aux formes sensationnelles du journalisme, qu'ils considéraient comme une menace sans précédent à la vie privée individuelle. Cet article est largement considéré comme ayant mené à la reconnaissance de nouveaux droits d'action en matière de protection de la vie privée en common law.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Sensationalism ». (en) TheFreeDictionary. Consulté en juin 2011.
  2. Stéphane Baillargeon, « Médias - La star, le juge et le magnat », Le Devoir, .
  3. a et b (en) W. Joseph Campbell, Yellow Journalism: Puncturing the Myths, Defining the Legacies, Praeger, .
  4. (en) Frank Luther Mott, American Journalism (1941), p. 539.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]