Jean Philippe (commissaire)

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Jean Marius Philippe, né le 14 novembre 1905 à Lyon et fusillé par les Allemands le 1er avril 1944 à Karlsruhe, est un commissaire de police, membre de la Résistance.

Commissaire de police dans la Résistance[modifier | modifier le code]

Né le 14 novembre 1905 à Lyon de Jean et Louise Cornut, Jean Phllippe devient commissaire de police en 1937. En 1940 il est en poste à Lourdes, puis est nommé commissaire du 7e arrondissement de Toulouse. Il est marié et a adopté une petite fille. En janvier 1943 il demeure au 22 rue Leyde à Toulouse (devenue la rue du Commissaire Philippe en 1947).

Dès 1940, Philippe adhère à la Résistance, intégrant notamment le réseau belge Sabot. En 1941, il s'engage sous l'alias de "Basset" dans Alliance et en devient en 1942 le dirigeant pour les sept départements du Sud-Ouest, participant notamment au sauvetage de plusieurs juifs. En janvier 1943, après l'occupation par les allemands de la zone libre, il est sollicité par les autorités de Vichy afin d'établir la liste des juifs de l'arrondissement dont il a la charge: ne voulant pas obéir à un tel ordre, il démissionne de son poste et rentre dans la clandestinité.

Témoignage de Marie-Madeleine Fourcade[modifier | modifier le code]

Philippe informe de sa décision son chef de réseau, Marie-Madeleine Fourcade, alias Hérisson, qui en fera le récit suivant:

Je travaillais à un plan de recherche résultant des derniers questionnaires anglais, lorsque Pie, qui tambourinait à la fenêtre, me sortit brutalement de mes cogitations.

-Regardez ce qui arrive, dit-il.

Je regardai et frissonnai de terreur. Une voiture de police se rangeait le long du perron. En descendait un commissaire en grande tenue encadré de deux solides gaillards. Alors que je croyais déjà entendre "Au nom de la loi...", le commissaire cria:

-Ouvrez! Ici Basset.

C'est un piège, pensions-nous devant l'incongruité de la visite.

-Je le reconnais, dit Pie. Et il courut ouvrir.

-Pardonnez-moi de vous importuner, madame, dit le commissaire Philippe, s'apercevant à ma pâleur que j'avais failli tourner de l'œil. Je voulais que ma dernière mission, dans l'uniforme de mes fonctions, soit pour vous présenter mes hommages.

Recouvrant péniblement mon sang-froid, je le fis asseoir au coin du fourneau, l'endroit le plus confortable de la maison, pendant que ses gardes du corps bavardaient avec Pie.

-Vous allez tous finir par me coller l'infarctus, dis-je encore sous le choc.

-Encore pardon, madame, mais c'est à vous que j'ai pensé tout de suite.

-Que vous est-il arrivé, Basset ?

-A moi rien, mais ce matin est arrivée une circulaire qui nous ordonne de traquer les Juifs et de les livrer à l'ennemi. Jusqu'à présent, j'avais considéré que mes fonctions de commissaire de police étaient compatibles avec mon activité clandestine; non seulement compatibles, mais utiles. J'avais réalisé le tour de force de n'arrêter aucun compatriote depuis 1940. Maintenant je vais être soumis à une contrainte de tous les minutes. Je viens donc vous demander la permission et l'honneur d'entrer dans la clandestinité. J'estime trop mon uniforme pour la souiller.[1]

Philippe a l'intention de poursuivre son action dans la Résistance en continuant à animer ses agents dans la clandestinité.

Lettre de démission[modifier | modifier le code]

Philippe explique sa grave décision dans un courrier qu'il adresse le 15 janvier 1943 à son supérieur hiérarchique, le commissaire central de Toulouse. Cette lettre, courageuse et lucide, peut être considérée comme un des grands textes de la Résistance. Elle est conservée aux Archives Départementales de la Haute-Garonne.

« J'ai le regret de vous rendre compte de ce que la politique actuellement suivie par notre gouvernement n'étant pas conforme à mon idéal, je ne saurais désormais servir avec fidélité. Je refuse - et sous mon entière responsabilité - de persécuter des israélites qui, à mon avis, ont droit au bonheur et à la vie, aussi bien que M. Laval lui-même. Je refuse d'arracher, par la force, des ouvriers français à leur famille : j'estime qu'il ne nous appartient pas de déporter nos compatriotes et que tout Français qui se rend complice de cette infamie, se nommerait-il Philippe Pétain, agit en traître. Je connais l'exacte signification des mots que j'emploie. En conséquence, Monsieur le Commissaire Central, j'ai l'honneur de vous informer de ce que, par le même courrier, ma démission est transmise à Monsieur l'Intendant Régional de Police. Permettez-moi de vous exprimer ma gratitude pour l'extrême bienveillance dont vous fîtes toujours preuve à mon égard et veuillez agréer l'expression de mon respectueux dévouement. Signé : Phillipe, ex-commissaire du 7e arrondissement »[2].

Arrestation et mort[modifier | modifier le code]

Dès le 15 janvier 1943, l'Intendant de Police Danglade fait diffuser un avis de recherche prescrivant l'arrestation de Philippe, mais c'est la Gestapo qui, le 29 janvier 1943, à la suite de l'imprudence d'un agent de liaison, procède à sa capture à Beaumont-de-Lomagne. Philippe est conduit à Paris et torturé, puis transféré à Compiègne et à Fribourg où un tribunal militaire allemand le condamne à mort. Il est fusillé le 1er avril 1944 à Karlsruhe, avec quatorze autres membres du réseau Alliance. Il s'est dirigé vers le peloton d'exécution arborant sur sa veste un tissu rouge à l'emplacement du cœur et en chantant la Marseillaise[3].

Sa femme, qui l'assiste dans ses activités de résistant, est également arrêtée. Elle est déportée en Allemagne mais a survécu.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le compte-rendu de l'affaire, rédigé par le Préfet de Toulouse Cheneaux de Leyritz, confirme l'engagement de Philippe dans un réseau de la Résistance impliquant également d'autres policiers.

À titre posthume, le commissaire Philippe est promu capitaine, décoré de la Légion d’honneur et de la Médaille de la Résistance. En 1981, on lui décerne le titre de "Juste". La 9e promotion de commissaires de police (1957/1958) porte son nom, ainsi qu'une rue à Toulouse.

Protagonistes : hommes et réseaux[modifier | modifier le code]

Le Préfet régional de Toulouse Léopold Cheneaux de Leyritz (1896-1973), issu du Conseil d'État, quitte son poste le 17 janvier 1944. À la Libération, il est révoqué sans pension du Conseil d'État, puis révoqué avec pension de ses fonctions de Préfet. Par la suite, il devient maire de Bellengreville dans le Calvados.

L'Intendant de Police Henri Danglade (1888-1968), ancien colonel de cavalerie, cesse ses fonctions en avril 1944. Le 1er décembre 1944, il obtient un certificat d'appartenance aux Forces françaises de l'intérieur (FFI).

Le réseau français Alliance, un des plus actifs de la Résistance, compte jusqu'à 3 000 membres. Il ne dépend pas de la France libre, mais de l'Intelligence Service britannique, et a été fondé par un militaire de carrière, le commandant Georges Loustaunau-Lacau, à la sensibilité nationaliste et anti-communiste, puis dirigé par Marie-Madeleine Fourcade. Une grande partie de ses membres appartient à la fonction publique et ils prennent souvent comme alias des noms d'animaux, c'est pourquoi la Gestapo attribue au réseau l'appellation d'"Arche de Noé". Au total, environ 1 000 de ses membres ont été arrêtés, dont 438 exécutés.

Le réseau belge Sabot (de "sabotage") est animé par un officier de réserve, le commandant de l'armée belge Pierre Bouriez. Il agit essentiellement dans la France non-occupée, et est spécialisé dans les évasions et le renseignement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fourcade 1971, p. 30-31.
  2. [PDF] Documents sur les résistants des archives départementales du conseil général de la Haute-Garonne
  3. [PDF]présentation de résistants dont Jean Philippe sur le site de l'École nationale supérieure de la police

Sources[modifier | modifier le code]

  • Archives Départementales de la Haute-Garonne.
  • Limore Yagil, Chrétiens et juifs sous Vichy 1940/1944 : sauvetage et désobéissance civile, Paris, éd. Cerf, coll. « Histoire », .
  • Marie-Madeleine Fourcade, L'Arche de Noé, t. 2, Paris, éditions Fayard, coll. « Le Livre de poche » (no 3140), (réimpr. 1998) (1re éd. 1968), 446 p..