Isaac l'Aveugle

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Itzhak Saggi Nahor (judéo-araméen: יצחק סגי נהור Isaac Plein de lumière) (1160 - 1235, Posquières) est un kabbaliste juif.

Fils du Ravad III, qui lui aurait enseigné les traditions secrètes héritées depuis Moïse sur le mont Sinaï, il naît aveugle, mais compense son handicap par sa grande maîtrise de la Kabbale, d'où son surnom paradoxal en araméen.

C'est l'un des pères-fondateur de la forme moderne de la Kabbale. Il professe à l'école rabbinique de Posquières (aujourd'hui Vauvert) en Languedoc, à l'époque où commence à se répandre l'étude du Sefer Ha Bahir (le Livre de la Clarté) parmi les lettrés juifs de Rhénanie et de France. Ravab, son père, en a développé l'enseignement en représentant le système des sefirot – issu du Sefer Yetsirah (le Livre de la Création) – sous la forme d'une figure anthropomorphique et bissexuée où toutes les réalités sont référées à deux principes : le Masculin et le Féminin : deux principes différents, mais pas séparés, deux principes imbriqués l’un dans l’autre.

Le commentaire d’Isaac l’Aveugle sur le Sefer Yetsirah est « la première œuvre qui explique la Bible sous l’éclairage d’une théorie systématique des sefirot dans l’esprit de la Kabbale. À la tête des qualités divines, il place la « pensée » (mahashabah) d’où surgissent les paroles divines, les « mots » au moyen desquels le monde fut créé. Au-dessus de la « pensée » se trouve le Dieu caché, qui reçoit pour la première fois le nom de Ein Sof (« l’Infini ») […] Avec la théorie des sefirot, il développe le concept de la mystique du langage. La parole de l’homme est connectée à la parole divine, et tout le langage, céleste ou humain, provient d’une seule source, le Nom divin[1]», Une conception du langage dont la portée sera considérable dans la culture juive moderne et bien au-delà d’elle.

Le principe qui détermine la Kabbale n'est pas le logos (la raison), mais le langage lui-même, pour Isaac l'Aveugle. Un changement de perspective qui requiert une nouvelle méthode de pensée, attentive au langage et à tout ce qui émane du langage : les rêves, les songes éveillés, les extases, des transports mystiques, etc.

Isaac l’Aveugle a été le premier kabbaliste à présenter les sefirot comme les causes mystérieuses et les essences de toute réalité. La Kabbale constitue pleinement son système théosophique et théurgique avec Isaac l'Aveugle. Il inaugure une nouvelle ère dans le judaïsme en le réinterprêtant complètement.

Dieu est influençable ; Dieu fait des choix ; Dieu est perfectible ; Une faille a atteint Dieu tel que le conçoit Isaac l'Aveugle. Les malheurs de l’histoire, les désastres, les catastrophes collectives et individuelles ont pour origine cette sorte de brèche, de pgam (de dommage), à l’intérieur de la divinité, remarque Charles Mopsik dans son étude de l'œuvre d'Isaac l'Aveugle. Il va donc s’agir, pour les kabbalistes, d’influencer Dieu afin de réparer, autant que possible, la faille et le dysfonctionnement qu'elle cause, « comme des ingénieurs manient une machine sophistiquée », selon Mopsik[2].

La présence de motifs issus de la philosophie néo-platonicienne dans l'œuvre Isaac l'Aveugle a été mise en jeu par la plupart des spécialistes modernes de la Kabbale, par Gershom Scholem et par Charles Mopsik en particulier.

Isaac l'Aveugle développe une conception de Dieu très éloignée de la conception aristotélicienne de la divinité à laquelle se réfèrent Maïmonide et son école au XiIe siècle. Le Dieu d'Aristote ne se laisse pas influencer, alors qu'Isaac l'Aveugle conçoit une divinité faillible, influençable et sensible aux hommes ; une divinité proche des conceptions mystiques, oniriques et extatiques, que Platon expose dans quelques-uns de ses dialogues, dans le Phèdre en particulier, des conceptions marginales dans l'œuvre de Platon, mais qui imprègnent celles de l'école de Posquières.

Isaac l'Aveugle a formé de nombreux disciples dont Acher ben David, son neveu qui lui succéda à la tête de l'école de Posquières, et Azriel de Gérone, qui recueille ses interprétations et invente une méthodologie en accord avec les idées de son maître.

Concepts[modifier | modifier le code]

  • les Sephiroth trouvent leur origine à un niveau infiniment profond et caché dans l'Ein Sof (littéralement, l'Infini, mais il y a une connotation d'Être Divin)
  • de l'Ein Sof émane la Ma'hshava (la Pensée divine), qui est la première qualité surnaturelle. Les autres sephiroth en émanent.
  • les individus sont des manifestations matérielles des Sephiroth en ce monde. L'expérience mystique permet la réascenscion dans les degrés d'émanation afin de s'unir à l'être Divin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gershom Scholem, Les Origines de la Kabbale (traduction Jean Lœwenson), Aubier Montaigne, 1966
  2. Charles Mopsik, La Cabale, synopsis pour Isy Morgensztern, Amphi Charles Mopsik en ligne [1]