Ikebana

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L’ikebana (生け花?), également connu sous le nom de kadō (華道/花道?), « la voie des fleurs » ou « l'art de faire vivre les fleurs », est un art traditionnel japonais basé sur la composition florale.

Ikebana et représentation[modifier | modifier le code]

Ikebana.
Exposition d'ikebanas dans le métro de Kyoto.

Au contraire de la forme décorative des arrangements floraux dans les pays occidentaux, l’arrangement floral japonais crée une harmonie de construction linéaire, de rythme et de couleurs. Alors que les Occidentaux tentent d'accentuer la quantité et les couleurs des fleurs, portant leur attention essentiellement sur la beauté de la fleur, les Japonais accentuent l'aspect linéaire de l’arrangement. Ils ont développé un art qui valorise aussi bien le vase, les tiges, les feuilles et les branches que la fleur elle-même. La structure complète de l'arrangement floral japonais est axée sur trois points principaux symbolisant le ciel, la terre et l’humanité à travers les trois piliers, asymétrie, espace et profondeur.

Histoire et origines[modifier | modifier le code]

En Occident, des fresques égyptiennes, des vases grecs et des mosaïques sumériennes figurent des arrangements floraux pouvant indiquer que l’histoire de la composition florale remonterait à plus de 3 000 ans. En Asie de l'Est, durant la période des « Six Dynasties » (IIIe – VIe siècle), l’art floral serait apparu en Chine comme un élément de rites religieux. Il s'est ensuite développé sous la Dynastie Tang (618 - 907), atteignant son âge d'or sous la Dynastie Song (960 - 1279)[1]. Il est introduit au Japon au VIIIe siècle, par des moines bouddhistes. Dans les temples bouddhiques, les bonzes élaboraient de « vastes agencements de branches et de fleurs figurant certains paysages[2] », suivant les règles d'un art religieux appelé rikka ou tatebana (立花?)[1],[3]. Le rikka reflète la splendeur de la nature et l’expose. Les branches de pin, par exemple, symbolisent les pierres et les rochers, et le chrysanthème blanc symbolise une rivière ou un petit ruisseau. De nos jours, il est perçu comme une forme antique d’arrangement floral, et est rarement pratiqué.

Le terme « ikebana » est forgé au début du XVIe siècle, lorsqu'il est devenu une pratique artistique codifiée et répandue parmi la noblesse, avec ses spécialistes et ses diverses écoles[3],[4].

Le changement le plus significatif dans l'histoire de l’ikebana advient au XVe siècle, lorsque le shōgun Ashikaga Yoshimasa (14361490) dirigeait le Japon. Yoshimasa fit bâtir de larges constructions et de petites maisons pour exprimer son amour de la simplicité. Celles-ci contenaient un tokonoma (alcôve), où les gens pouvaient placer des objets d’art ou des arrangements floraux. Ce fut à cette période que les règles de l’ikebana furent simplifiées afin que toutes les classes sociales puissent jouir de cet art.

D’autres développements majeurs eurent lieu à la fin du XVIe siècle. Un style plus simple d'arrangement floral appelé nageire (投げ入れ?) vit le jour et fut intégré dans la cérémonie du thé. Dans ce style, les fleurs sont arrangées dans un vase aussi naturellement que possible et quels que soient les matériaux utilisés. Du fait de cette association avec la cérémonie du thé, ce style est aussi appelé cha-bana (茶花?, littéralement « fleurs de thé »).

Dans les années 1890, peu après la Constitution Meiji, qui conduisit à la modernisation et à l’occidentalisation du Japon, fut développé un nouveau style d’ikebana appelé moribana (盛り花?). Ce style apparaît, d'une part, du fait de l’introduction de fleurs occidentales et, d’autre part, du fait de l'occidentalisation du mode de vie japonais.

Le style moribana, qui crée une nouvelle forme de liberté dans l'arrangement floral, est utilisé pour les jardins. C'est un style que l'on peut apprécier quel que soit son emplacement et qui peut être adapté à la fois aux situations officielles (cérémonies) qu’aux situations non formelles.

En France, la pratique et l'enseignement de l'ikebana furent introduits par Kikou Yamata, écrivain franco-japonaise qui en fit les premières démonstrations à Paris en 1930, au Salon d'automne.

Au même titre que la cérémonie du thé et la calligraphie, l’ikebana était un des arts que les femmes étudiaient traditionnellement à l’école en vue de se marier. Aujourd'hui, les arrangements floraux sont considérés comme l'un des trois arts traditionnels japonais (avec le kōdō et la cérémonie du thé). L'ikebana est pratiqué en de nombreuses occasions, comme les fêtes et les cérémonies, et son enseignement n'a cessé de se répandre chez nombre de nos contemporains, intéressés par la tradition, l'art et la culture du Japon.

Citation[modifier | modifier le code]

« Dans l’ikebana la théorie n’est pas tout. L’ikebana c’est surtout savoir observer les plantes et savoir les approcher. À leur contact une conversation intime se noue. L’ikebana enseigne ce langage et permet à chacun de devenir artiste avec une branche. »

— Kizashi, École Shinenshu

[réf. nécessaire]

Styles d'ikebana[modifier | modifier le code]

Chaque école (Sogetsu, Ohara, Senshin Ikenobo…) a ses styles propres et certains styles classiques se retrouvent dans plusieurs écoles, mais avec des noms différents.

Styles traditionnels[modifier | modifier le code]

  • Rikka (立花?) ;
  • Seika ou shōka (活花 / 生花?) ;
  • Nageire (投げ入れ?) ou cha-bana (茶花?).

Styles « récents »[modifier | modifier le code]

  • Moribana (盛り花?) ;
    • Shizenka (自然花?, parfois orthographié chizenka) ;
    • Jiyūka (自由花?, parfois orthographié djyuka) ;
  • Shinseika (新生花?).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Taiwan Info, « Sculpteurs de fleurs », Ministère des Affaires étrangères (Taïwan), (consulté le 7 novembre 2017).
  2. Chantal Deltenre et Maximilien Dauber, Japon : miscellanées, Cork, Primento Digital Publishing, , 3e éd. (1re éd. 2011), 345 p. (ISBN 9782511006887, OCLC 914149685), p. 203.
  3. a et b Roger Bersihand, Histoire du Japon : des origines à nos jours, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique », , 492 p. (OCLC 299835922, notice BnF no FRBNF31805151), p. 158-159.
  4. Akira Tamba (dir.), Tomonobu Imamichi, oshiya Soeda, Hashimoto Noriko et al., L'esthétique contemporaine du Japon : théorie et pratique à partir des années 1930, Paris, CNRS Éditions, , 215 p. (ISBN 9782271054272, OCLC 301566116, notice BnF no FRBNF36165089), p. 201.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Evi Zamperini Pucci, Ikebana. L'art du bouquet japonais, Grange Batelière, Paris, 1973.
  • Evi Zamperini Pucci, Ikebana. L'arrangement des fleurs au Japon, Société Française du livre, Paris, 1964.
  • Sakurazawa Nyoiti, Le Livre des Fleurs, Librairie Plon, 1935, rééd. Vrin, 1972, 1989.
  • Gusty Luise Herrigel, La voie des fleurs: le zen dans l'art japonais des compositions florales, Éditions Dervy, Paris, 2000, rééd. Arléa, Paris, 2016, (ISBN 9782363081117)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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