Hibou grand-duc

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Bubo bubo

Le Hibou grand-duc[a] appelé aussi Grand-duc d'Europe (Bubo bubo) est une espèce de rapaces nocturnes que l'on rencontre notamment en Europe. Il ne doit pas être confondu avec le Grand-duc d'Amérique. On l'appelle Eagle Owl en anglais.

Description[modifier | modifier le code]

Avec ses 75 cm de haut, le Grand-duc est le plus grand des rapaces nocturnes d'Europe : il mesure le double de son congénère le Hibou moyen-duc.

Qualifiée d'« aristocratique », sa silhouette est massive, sa tête, piquée de deux gros yeux rouge-orangé est surmontée d'aigrettes de 8 cm environ (normalement horizontales et un peu repliées vers l'arrière), que l'oiseau dresse verticalement s'il est excité ou dérangé. Rappelons que ces aigrettes ne jouent aucun rôle dans l'audition. Les sexes se distinguent par la taille du mâle (tiercelet) plus petit. Mimétique aux branchages, son plumage est brun-roussâtre dessus, taché et rayé de brun noir. Le dessous est plus clair, fauve avec des stries longitudinales et des zébrures transversales de couleur brun foncé.

Le poids du mâle varie de 2 à 2,5 kg, celui de la femelle de 2,5 à 3,3 kg. Long de 65 à 75 cm, le Hibou grand-duc possède une envergure allant de 160 à 188 cm[4]. Il peut vivre plus de 20 ans.

Le Hibou grand-duc émet un « bouhou » ou un « ouhouhou-ou-ouhouhouhouhou » (d'où son nom latin, Bubo bubo) audible de loin, ainsi que toutes sortes d'autres bruits. Il a un vol agile et silencieux malgré sa grande taille car il est doté comme la plupart des nocturnes d'un plumage duveteux, très flexible, qui lui permet de voler sans bruit. En vol, il est aisément reconnaissable à sa grande envergure, appuyé sur ses grandes ailes longues et larges en détachant bien la tête assez pointue, la queue courte.

Mœurs[modifier | modifier le code]

Deux jeunes hiboux grands-ducs.
Deux autres jeunes.

Alimentation[modifier | modifier le code]

La nourriture du Hibou grand-duc est des plus variées. Il se nourrit de tout ce qui bouge, depuis les scarabées jusqu'aux faons des cervidés. La majeure partie de son régime consiste en mammifères (campagnols, rats, souris, renardeaux , lièvres) également d'oiseaux de toutes sortes. Il peut aussi consommer des serpents, lézards, anoures, poissons et crabes ainsi que rongeurs, lapins, lièvres, hérissons, oiseaux (corbeaux, pigeons, perdrix), oiseaux marins, chauves-sourisetc., et même d'autres rapaces diurnes et nocturnes. Les chats domestiques en ont une peur atavique[réf. nécessaire]. Cet animal n'a pas de prédateur naturel, sauf l'homme.

  • Pelote de réjection : 10 cm de long.

Habitat[modifier | modifier le code]

on rencontre le Hibou grand-duc aussi bien dans les plaines que dans les montagnes. Il aime particulièrement les falaises, près des plans d'eau. Très discret, il s'installe sur des corniches rocheuses, sur les remparts d'un vieux château ou à même le sol ; parfois dans les régions du nord, dans un trou d'arbre mais sans aucun doute, sa préférence va aux grandes falaises proches d'un plan d'eau.

Reproduction[modifier | modifier le code]

fin mars, début avril, le Hibou grand-duc construit un nid simplement garni de restes de poils ou de plumes arrachés à ses proies. La femelle y pond 2 à 4 œufs qu'elle couve seule pendant 32 à 37 jours, tandis que le mâle lui apporte la nourriture. Une fois éclos, les petits sont protégés par la mère des intempéries et du Soleil. Un mois et demi plus tard environ, les petits quittent le nid mais restent à proximité. À trois mois, ils savent parfaitement voler.

  • Œuf : 51 à 73 x 42 à 54 mm.

Répartition[modifier | modifier le code]

Répartition du Hibou grand-duc.

Il est répandu dans une très large bande centrale de l'Eurasie, de l'Espagne à la Chine, mais est toutefois absent des toundras arctiques au nord et des forêts du sud-est asiatique au sud. En France, il vit dans les zones rocheuses de l'est, du centre et du sud. On le rencontre aussi bien dans les plaines que dans les montagnes[5].

Menaces[modifier | modifier le code]

Bubo bubo (Linnaeus, 1758) − Hibou grand-duc − Grand-duc d'Europe.

En Europe, il a longtemps été utilisé afin de limiter certaines population d'oiseaux qualifiés de « nuisibles » (pie, corneille, corbeau, etc.) [6]. Il a aussi été pourchassé comme oiseau de malheur, parce qu'on croyait se protéger en le clouant sur les portes de granges, avant qu'on ne s'aperçoive de sa grande utilité écologique et agronomique et qu'il soit protégé par la loi.

Les causes de sa disparition sont le recul, la dégradation ou la fragmentation écologique de son habitat, les tirs illégaux de braconniers (voir ci-dessous protection), les pesticides agricoles, les poisons utilisés contre les rongeurs (bromadiolone notamment), les accidents dus aux véhicules et la pollution lumineuse, car il est très sensible à l'éblouissement des phares de voitures. On note aussi une mortalité importante due aux collisions contre les câbles électriques aériens et les fils de fer. Les poisons utilisés pour détruire ses proies, les pesticides, s'accumulent dans son organisme et peuvent entraîner sa mort.

Aussi, depuis les années 80, on a vu une chute de la population de hiboux grands-ducs en France à cause de maladies (mycomatose, VHD...) qui touchent leur proie principale : les lapins.[7]

En France, à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, la population augmente mais reste inférieure à ses niveaux historiques[8].

Protection[modifier | modifier le code]

Historique de la protection[modifier | modifier le code]

En France, alors que tous les rapaces nocturnes ont été protégés dès 1902 en tant qu'oiseaux utiles à l'agriculture, seul le Hibou grand-duc était exclu de cette protection. Il est vrai que le fait que les chats domestiques pouvaient être au nombre de ses proies n'a pas joué en sa faveur.

Il a bénéficié d'une prohibition de la chasse grâce à l'arrêté ministériel du relatif aux espèces dont la chasse est prohibée confirmé par l'arrêté ministériel du .

Statut de protection actuelle[modifier | modifier le code]

Hibou grand-duc sur la main gantée d'un fauconnier.

Le Hibou grand-duc bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis l'arrêté ministériel du relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. Il est inscrit à l'annexe I de la directive Oiseaux de l'Union européenne[9]. Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, et de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter. Toutefois depuis 2006 et surtout depuis l'arrêté d'octobre 2009, ces restrictions relatives à la cession, le transport,.. ne s'appliquent plus qu'aux oiseaux sauvages vivant dans le milieu naturel. Les hiboux grands-ducs nés et élevés en captivité peuvent être cédés à condition d'être identifiés & accompagnés d'un CIC (certificat intracommunautaire pour l'application de la CITES dans l'Union Européenne).

Pour éviter la disparition de l'espèce, il existe désormais des élevages spécialisés dans la reproduction du Grand-duc en captivité. L'élevage en captivité est devenu très courant et la reproduction de cette espèce est très facile. Souvent la réussite comme d'ailleurs pour la plupart des rapaces nocturnes, dépasse toutes les espérances. Il est même parfois nécessaire de limiter la reproduction. Pour un l'élevage il faut en plus des documents d'origine (CIC, attestation de provenance) en règle avoir un certificat de capacité et une autorisation pour l'élevage. La réglementation prévoit le dépôt d'un dossier de demande à la DDPP (direction départementale de la protection des populations − ex DSV) pour évaluation des capacités du candidat.

Les détenteurs des spécimens ainsi obtenus, apprivoisés, doivent avoir obtenu un diplôme adéquat. Ils reçoivent une formation et un traitement de l'administration pour entretenir leur grand-duc, le nourrir, le soigner et l'entraîner à la chasse au vol. L'autorisation de détention pour la chasse au vol est de nature différente et peut s'obtenir plus facilement auprès de la DDTM (ex DDA).

Utilisation de « grands-ducs artificiels »[modifier | modifier le code]

De faux grands-ducs sont parfois utilisés pour faire fuir des oiseaux (pour éviter leurs fientes). Certains sont au contraire utilisés pour attirer certains animaux qui sont attirés par ces effigies (ces dernières inquiètent certains animaux, qui s'en approchent avec des comportements d'intimidation ; elles sont donc utilisées pour la chasse et la destruction de certains animaux dits nuisibles (autorisé en France depuis peu à la demande de représentants des chasseurs[10]).

Reproduction[modifier | modifier le code]

Il niche en mars-avril, dans des nids abandonnés de Corvidés, à même le sol ou dans des cavités rocheuses naturelles, dans les falaises escarpées. La femelle pond de 2 à 4 œufs dont l'incubation dure 31-37 jours. Les petits quittent le nid au bout de 6 semaines et volent un peu plus tard. On compte une seule ponte par an.

La femelle n'hésite pas à s'en prendre avec le bec et les serres à tout intrus susceptible de menacer ses jeunes, aidée par le mâle.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

L'œil du Grand-duc, lui permet de voir dans le noir, mais comme celui des chouettes et d'autres animaux nocturnes, il est très sensible à l'éblouissement par les phares de voitures ou l'éclairage nocturne, exposant l'animal à des collisions avec des véhicules (phénomène de « Roadkill »).

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette appellation est normalisée dans plusieurs langues dont le français par le Comité ornithologique international[1]. Cette orthographe diffère de celle des dictionnaires français Robert, Larousse[2] et Académie française[3] qui écrivent « grand duc », « moyen duc », « petit duc » sans trait d’union.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Listes multilingues des noms d’oiseaux, selon plusieurs formats », sur worldbirdnames.org, Comité ornithologique international (consulté le 18 septembre 2018) dont cette version Excel 8.2.
  2. « Larousse en ligne : entrée « duc » », sur larousse.fr (consulté le 19 septembre 2018).
  3. « Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition : entrée « Duc », sens II », sur academie.atilf.fr (consulté le 19 septembre 2018).
  4. Grand-duc d'Europe
  5. Oiseaux.net, consulté en février 2011 et janvier 2013
  6. Passerat (1921) La Chasse aux grands-ducs
  7. (en) Marcos Moleón, José Antonio Sánchez-Zapata, Joan Real et José Antonio García-Charton, « Large-scale spatio-temporal shifts in the diet of a predator mediated by an emerging infectious disease of its main prey », Journal of Biogeography, vol. 36, no 8,‎ , p. 1502–1515 (ISSN 0305-0270 et 1365-2699, DOI 10.1111/j.1365-2699.2009.02078.x, lire en ligne)
  8. « Grand-duc d'Europe », sur Ligue pour la Protection des Oiseaux (consulté le 20 mars 2018)
  9. Le statut juridique des oiseaux sauvages en France, Ligue pour la protection des oiseaux
  10. Art. L. 427-8-1 Créé par la loi n ° 2012-325 du (JORF du 8 mars 2012). « L'utilisation du grand-duc artificiel est autorisée pour la chasse des animaux nuisibles et pour leur destruction»