Grosse Bertha

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Modèle réduit de Grosse Bertha.
Obusier de 420 mm type M « Grosse Bertha » en batterie.
Obusier de 420 mm type Gamma en batterie.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bertha (homonymie).

La Grosse Bertha (en allemand : Dicke Bertha) est une très grosse pièce d'artillerie de siège utilisée par l'armée allemande lors de la Première Guerre mondiale.

En France, on a souvent désigné sous ce nom le mystérieux canon utilisé pour le bombardement de Paris en 1918 (Pariser Kanonen), mais il s'agit en fait d'un modèle bien différent (Ferngeschütz ou Kaiser-Wilhelm-Geschütz).

Historique[modifier | modifier le code]

En 1908, l'état-major allemand chargea l'usine d'armements de Gustav Krupp von Bohlen und Halbach, située à Essen, d'élaborer une pièce d'artillerie capable de percer trois mètres de béton armé et de briser les tourelles en acier au nickel des fortifications françaises.

On confia la conception de l'arme au professeur Rausenberger et les calculs au capitaine Becker. Après avoir testé une grande variété d'obus, le meilleur compromis entre les performances balistiques et les capacités de pénétration fut obtenu avec un obus de 1 150 kg chargé de 144 kg d'explosifs. Toutefois, le canon correspondant — appelé Gamma-Gerät (appareil Gamma) — ne pouvait être transporté que par voie ferrée, ce qui limitait son champ de manœuvre.

À partir du Gamma-Gerät, très coûteux (1 million de marks de l'époque, et 3 000 marks par coup tiré), fut donc développé un obusier plus léger (de 42 tonnes) et plus mobile, le type M. Conformément à la tradition des usines Krupp, qui voulait que les machines fussent baptisées du nom d'un membre de la famille, le M 42 fut renommé Dicke Bertha (Grosse Bertha), en l'honneur de Bertha Krupp, la fille unique et héritière de Friedrich Krupp. Les artilleurs surnommèrent ce mortier Fleissige Bertha (Bertha l'assidue).

En août 1914, une seule batterie de deux pièces « M » était prête (batterie no 3 Erdmann), mais dix autres mortiers ont été fabriqués par la suite.

Utilisation[modifier | modifier le code]

La Grosse Bertha (type M, soit la version légère) entra en service le face au fort de Pontisse, lors du siège de Liège. Le 15 août, le fort de Loncin fut bombardé par les Grosses Bertha qui provoquèrent l'explosion de la poudrière du fort (où il restait encore 12 tonnes de poudre). Le 16 août, les douze forts ceinturant la ville s'étaient rendus (seuls trois forts, Pontisse, Fléron et Loncin, sur les douze furent bombardés par les Grosses Bertha). Les « Bertha » (type M et gamma) dévastèrent les forteresses de Namur, Maubeuge et Anvers, ainsi que les défenses russes du Danube. Cependant, devant Verdun, notamment face au fort de Moulainville, les Bertha montrèrent leurs limites. Les forts de Verdun, modernisés peu avant la guerre, résistèrent aux Grosses Bertha non pas parce qu'ils étaient plus solides que les forts belges, mais par le fait que les défenseurs y creusèrent un réseau de galeries profondes et s'y installèrent avec courant électriques, réseau téléphoniques, casernes, PC, infirmerie, etc. De ce réseau remontent plusieurs galeries donnant ainsi accès aux postes de combat (tourelles, casemates, coffres, caponnières, etc.). 30 ans plus tard, ce système sera optimisé en créant la ligne Maginot.

Si les dégâts causés aux forts impressionnèrent les alliés, la célébrité de la Grosse Bertha est venue de la confusion avec les canons longs qui bombardèrent Paris en 1918 et que les Allemands appelaient Ferngeschütz ou Pariser Kanonen : Rausenberger avait adapté des tubes de gros calibre destinés au croiseur Ersatz Freya, dont la construction avait été suspendue.

À la fin de la guerre, les Grosses Bertha furent détruites pour ne pas tomber entre les mains ennemies. Seul le canon affecté au champ de tir de Meppen fut conservé. Rebaptisé Große Gilda (Grande Gilda), il reprit du service lors de la Seconde Guerre mondiale. Il fut utilisé en mai 1940 contre certains forts belges et contre l'ouvrage de Schœnenbourg (sur la ligne Maginot en France), sans grands résultats car les ouvrages de la ligne Maginot étaient conçus pour y résister. Il fut de nouveau utilisé en 1942, lors du siège de Sébastopol et, deux ans plus tard, lors de l'insurrection de Varsovie. Cependant à cette époque, l'Allemagne avait développé d'autres canons encore plus puissants, les Karl et Gustav.

Caractéristiques du mortier de 420 mm type M[modifier | modifier le code]

  • Nom officiel : Kurze-Marine-Kanone 14
  • Surnoms : Dicke Bertha (Grosse Bertha), Fleissige Bertha (Bertha l'assidue)
  • Type : mortier lourd
  • Calibre : 420 mm
  • Longueur du tube : 5 mètres
  • Portée de tir : 9 300 mètres
  • Poids d'un mortier mis en batterie : 42,6 tonnes (dont 13,4 pour le tube)
  • Poids d'un mortier en transport (5 chariots tractés par locomotives à vapeur) : 89 tonnes
  • Poids de l'obus : 800 kg (dont 100 à 140 kg de charges explosives)
  • Vitesse initiale du projectile : 333 m/s
  • Cadence maximale de tir : 10 coups par heure
  • Nombre d'exemplaires produits : 12

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]