Gary Kildall

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Gary Kildall
Nom de naissance Gary Arlen Kildall
Naissance
Seattle, État de Washington
Décès (à 52 ans)
Monterey, Californie
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Profession
Personnalité de l'informatique
Formation
Distinctions
Lifetime Achievement Award 1994 de la Software Publishers Association

Gary Kildall (né le , mort le ) est l'un des grands pionniers de la micro-informatique. Il a créé le système d'exploitation Control Program/Monitor (CP/M) ; paru en 1974 pour les ordinateurs 8 bits, il a plus tard été porté sur des ordinateurs 16 bits (CP/M-86). Plusieurs des autres caractéristiques qui sont parties intégrantes d'un ordinateur personnel aujourd'hui doivent leur origine ou l'une de leurs premières réalisations à Gary Kildall.

Biographie[modifier | modifier le code]

Harold, Joe et moi[modifier | modifier le code]

Harold, le grand-père de Gary Kildall, d'origine norvégienne, est marin sur la ligne de Seattle à Singapour[1]. Son père, Joseph, est capitaine ; un de ses rêves est d'une machine où on entrerait les données de navigation, hop ! un tour de manivelle, et la machine sort la position du navire[2]. Le grand-père, le père et Gary se retrouveront plusieurs fois à travailler ensemble.

Sa mère s'appelle Emma, et sa mère à elle est née en Suède. Venu au monde dans une famille qui exploite l'école de marine fondée par son grand-père, il aura toute sa vie l'amour de la mer et de l'aventure[3].

Développement de CP/M[modifier | modifier le code]

Étudiant plutôt faible, déjà « héritier présomptif[2] » de l'école, Kildall se sent néanmoins la vocation de professeur de mathématiques[3]. Il part étudier à l'université de Washington, y obtient une maîtrise, puis, après un retour aux études, un doctorat en informatique en 1972. Il a ensuite le choix d'aller se battre au Vietnam ou d'enseigner[4] à la Naval Postgraduate School (en) de la marine américaine à Monterey en Californie. Il avait l'enseignement dans le sang et continuera d'y enseigner longtemps après avoir obtenu l'aisance financière.

Kildall est l'un des premiers à voir dans les micro-ordinateurs autre chose que des machines servant à contrôler d'autres machines ; ils sont pour lui des ordinateurs à part entière. En 1974 il sort le système d'exploitation CP/M pour les processeurs Intel 8008 et 8080. CP/M est une révolution : dans le monde naissant des micro-ordinateurs, c'est le tout premier système d'exploitation qui n'est pas destiné à une marque ou un modèle particuliers ; compatible avec des ordinateurs de microprocesseurs différents, il fonctionne sur Intel 80xx, sur Zilog Z80 et sur Motorola (68xx et 69xx)[5]. CP/M se vendra à un quart de million d'exemplaires[6],[7].

En 1976, lui et sa femme Dorothy (es) créent leur propre société, Digital Research Inc. (DRI)[8], première d'un nouveau modèle d'affaires[9].

La diversité des ordinateurs conduit à normalisation ; et Kildall introduit le concept de BIOS.

Échec du « contrat du siècle » avec IBM[modifier | modifier le code]

En 1980, Digital Research rate ce qui est considéré comme le « contrat du siècle » avec IBM. 1980 est en effet la date de sortie de l'IBM PC, un ordinateur personnel. IBM, convaincu que ce type d'ordinateur serait un échec commercial, décide d'acheter un système d'exploitation plutôt que de le développer. CP/M étant le système d'exploitation alors le plus répandu pour les micro-ordinateurs, on approche Digital Research pour rencontrer Gary Kildall.

Les pourparlers entre Kildall et les représentants d'IBM n'aboutiront pas, ce qui offrira à Bill Gates (de Microsoft) l'occasion de remporter ce marché. Kildall, pour sa part, restera stigmatisé comme celui qui a raté le contrat du siècle.

Il circule plusieurs versions de l'histoire.

  • Bill Gates reçoit d'abord les représentants d'IBM. Pour le système d'exploitation, il les aiguille vers Digital Research, la société de Gary Kildall, ne pensant qu'à fournir ce qui est la spécialité de sa compagnie, les langages de programmation et notamment le BASIC[10].
  • Kildall, passionné d'aviation, aurait fait attendre les représentants d'IBM plusieurs heures (il pilotait alors son avion personnel)[11]. Cette version a été démentie en 2007 par le journaliste britannique Andrew Orlowski[12].
  • Ce serait Dorothy, la femme de Kildall, qui aurait reçu les représentants d'IBM. Ceux-ci, avant de commencer la discussion, auraient exigé que DRI signe un accord de non-divulgation interdisant de révéler quoi que ce soit de leur entretien. Dorothy, avocate, aurait refusé de signer le document.
  • Gary Kildall et Tom Rolander (en) ont effectivement pris l'avion privé de Kildall pour livrer de la documentation CP/M à un client du côté de la baie de San Francisco. Ils sont cependant revenus à temps pour participer à la réunion avec IBM. Selon Rolander, la réunion s'engage mal. Tout d'abord, IBM veut faire signer un « accord de non-divulgation » : toute information communiquée par IBM à Digital Research doit être tenue secrète, au point que Digital Research aurait à nier l'existence même de la réunion. Par contre, les informations communiquées par DRI à IBM tombent dans le domaine public. De plus, IBM veut acheter CP/M à Digital Research pour un prix fixe, quel que soit le nombre d'exemplaires vendus, alors que Digital Research préfère de loin toucher des redevances pour chaque exemplaire. Finalement IBM ne veut en aucun cas garder le nom de CP/M pour son système d'exploitation, insistant pour l'appeler PC-DOS (même s'il est entièrement écrit par Digital Research). Tous ces éléments déplaisent fortement à Kildall[13].

Les principales pierres d'achoppement sur lesquelles on s'accorde sont l'accord de confidentialité et la question des redevances.

Constatant le mécontentement des envoyés d'IBM envers Gary Kildall et Digital Research, et voyant l'occasion de pénétrer le marché des systèmes d'exploitation, Bill Gates se ravise et propose à IBM de fournir un système d'exploitation ; il ira pour sa part le chercher (sans raconter toute l'histoire) dans une société qui a adapté CP/M sous le nom de 86-DOS[14],[15],[9],[16].

Après la sortie de l'IBM PC, Kildall examine MS-DOS et considère que c'est un plagiat de CP/M. Il menace IBM d'un procès. IBM (qui avait probablement été dans l'ignorance de toutes ces manœuvres[9]) trouve l'accord suivant : l'acheteur de l'IBM PC pourra choisir d'installer soit MS-DOS (sous le nom de PC-DOS) soit CP/M. Mais PC-DOS est vendu à 40 $ alors que CP/M l'est à 240 $ : le choix de l'utilisateur est vite fait[17].

Ce n'étaient pas les derniers déboires de Kildall dus à une jurisprudence absente ou imprécise. DRI dut volontairement mutiler gravement une de ses créations, Graphical Environment Manager (GEM), parce qu'Apple, qui considérait avoir un copyright sur l'icône de la poubelle par exemple, pouvait intenter des procès sur beaucoup d'autres points.

Un homme défait[modifier | modifier le code]

Kildall aurait préféré jeter l'éponge, et n'avoir d'image que celle d'un développeur, mais il se trouvait sans cesse comparé à Bill Gates, et le souvenir de ses contributions s’effaçait au fil des années. Il était las de devoir démentir la rumeur selon laquelle il aurait manqué le rendez-vous avec IBM pour des raisons de convenance personnelle[10] ; mais l'humiliation suprême fut pour lui une invitation de l'université de Washington, à l'occasion du jubilé de son département d'informatique, d'assister à une conférence de Bill Gates (un étudiant qui avait renoncé à terminer sa licence de mathématiques à Harvard). Pour toute réponse, Kildall entreprit de rédiger ses mémoires, Computer connections[18], dont il remit des exemplaires à quelques proches. Il y déplore le manque de reconnaissance envers les développeurs de logiciel[19], et décrit ainsi Bill Gates : « Il divise ; il est manipulateur, c'est un profiteur. Il a beaucoup emprunté, à l'industrie informatique et à moi-même[20]. » Dans une annexe, il qualifie le système DOS de « vol pur et simple », et indique en forme de démonstration que les 26 appels système accomplissent exactement les mêmes traitements que ceux de CP/M[20],[21]. Il y accuse d’ailleurs IBM d'avoir gonflé le prix de CP/M-86 pour favoriser DOS.

Sir Harold Evans s'est servi de nombreux souvenirs inédits pour le chapitre qu'il consacre à Kildall dans son essai de 2004 They made America, où il estime qu'en effet Microsoft a pillé les inventions de Kildall[10]. Cet exposé a été dénoncé depuis, par d'anciens développeurs d'IBM, comme « partial et de parti-pris[18] ». Par contre, en 2007, un tribunal, considérant que les faits étaient décrits correctement, n'a pas retenu l'accusation de diffamation portée contre Sir Harold[9].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

De 1983 à 1990, Kildall coprésente, avec Stewart Cheifet, l'émission Computer Chronicles ; il cesse d'être un inconnu pour le grand public.

De plus, la vente de Digital Research à Novell fait de Kildall un homme riche : il déménage dans la banlieue de West Lake Hills à Austin. Sa maison, avec un garage pour ses voitures de course et un studio vidéo au rez-de-chaussée, donne sur le lac. Il a un jet privé, et un yacht pour naviguer sur le lac. Philanthrope, il s'engage dans l'aide aux enfants atteints du sida. Il possède en outre, non loin du siège social de Digital Research, un manoir à Pebble Beach en Californie avec vue panoramique sur l’océan.

Gary Kildall meurt le des suites d'un incident non élucidé survenu trois jours auparavant dans un bar de motards de Monterey en Californie.

Ses enfants, Scott (en) et Kristen, écriront, en publiant sur le Web la première partie de ses mémoires : « Notre père incarnait une définition du succès qui peut être une leçon pour nous tous : elle met les inventions, les idées et l'amour de la vie comme but ultime, avant les profits[22],[23]. »

Contributions[modifier | modifier le code]

  • Kildall[24] a conçu et débogué le code grâce auquel l'industrie des micro-ordinateurs s'est déployée. Plein d'entregent, sûr que les ordinateurs devaient être accessibles à tous, il partageait largement son expérience et son enthousiasme.
  • Il a fondé, en 1976, Digital Research Inc., qui :
  • Il a défini le premier langage et écrit le premier compilateur pour microprocesseurs (PL/M).
  • Il a écrit le premier système d'exploitation pour microprocesseur (CP/M).
  • Il a développé un des premiers jeux d'arcade et la première interface informatique pour disques optiques, qui allait rendre possible le multimédia. Il a pavé la voie à la première encyclopédie à usage général sur cédérom grâce à son développement d'un système de fichiers et celui de structures de données.
  • La première architecture à système ouvert lui est due. En isolant les appels au matériel grâce au concept de BIOS, il a rendu possibles les applications indépendantes du matériel, et par conséquent l'industrie des applications tierces.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres données ici ne comprennent pas les créations informatiques.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. K1994, p. 9.
  2. a et b K1994, p. 11.
  3. a et b Cruz 2017, p. 147.
  4. Daintith.
  5. CP/M a aussi tourné sur Apple II grâce à la Z-80 SoftCard de Microsoft.
  6. Lifetime Achievement.
  7. Daintith dit environ 200 000.
  8. D'abord appelé Intergalactic Digital Research. Rien ne résistait aux pionniers qui voyaient alors Star Trek (il faut dire que le nom Digital Research était alors pris). Aussi : K1994, p. 71.
  9. a, b, c et d Orlowski 2012.
  10. a, b et c D’après Harold Evans, Gail Buckland et David Lefer, They made America : From the steam engine to the search engine : Two centuries of innovators, Little, Brown and Co., (ISBN 0-316-27766-5).
  11. Cette version est assez répandue, et c'est également celle rapportée par Bill Gates.
  12. Orlowski 2007.
  13. Rapporté par Tom Rolander, qui a assisté à l'entretien entre IBM et Digital Research.
  14. Cruz 2017, p. 148.
  15. 86-DOS était appelé, durant sa phase de développement, QDOS (Quick and Dirty DOS).
  16. De nombreux clones de CP/M existaient alors. La loi était encore imprécise à cet égard.
  17. Retranscrit dans l'article « IBM PC : The complete history, part 2 », sur Ars Technica UK (consulté le 31 juillet 2017).
  18. a et b D’après Steve Hamm et Jay Greene, « The man who could have been Bill Gates », BusinessWeek, no du 25 octobre,‎ .
  19. D’après Tom Rolander, « Eulogy », sur Tom Rolander's website and album, (consulté le 17 janvier 2015).
  20. a et b Andrews 1994.
  21. Tim Paterson, l'auteur de QDOS, « admet sans ambages qu'il a ouvert son manuel de référence de CP/M et a repris chacun des appels au système ». On n'est pas aujourd'hui accusé de plagiat pour cela. Ironie du sort, quelques-unes des ressemblances qu'il a introduites entre CP/M et MS-DOS l'étaient à la demande même d'IBM. Voir : Jimmy Maher, « The complete history of the IBM PC, part two: The DOS empire strikes », site arstechnica, , consulté le . Autre ironie : c'est le principe même des degrés d'architecture, dont Kildall était partisan, qui a rendu son malheur possible.
  22. Tekla S. Perry, « CP/M creator Gary Kildall’s memoirs released as free download », 2016. Ses enfants ajoutent que la seconde partie des mémoires de leur père ne sera pas publiée, car elle reflète surtout sa lutte contre l'alcoolisme. C'est dans cette partie qu'on trouverait sa version des événements principaux de sa carrière.
  23. Plus crument, ceux qui n'ont pas d'attaches familiales avec Gary Kildall disent que Gates était un homme d'affaires et Kildall un créateur.
  24. D'après Lifetime Achievement.
  25. Extrait dans Google Livres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]