Fumo Liyongo

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Fumo Liyongo (parfois Fumo Liongo) est un écrivain et un chef guerrier swahili ayant vécu sur la côte nord de l'Afrique de l'Est quelque part entre le IXe siècle et le XIIIe siècle[1], et devenu par la suite le personnage central d'un important ensemble de poèmes, de chansons et de récits transmis par tradition orale puis par écrit. Il est l'une des figures les plus importantes de la culture swahilie[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

L'existence historique de Fumo Liyongo est très mal renseignée et fait encore parfois l'objet de controverses[1]. La période à laquelle il aurait vécu est incertaine : selon les hypothèses, elle oscille entre le IXe siècle et le XIIIe siècle[1] voire jusqu'au XVIIe siècle pour les datations les plus basses[3].

Le cycle de Liyongo[modifier | modifier le code]

Sources écrites et orales[modifier | modifier le code]

Le cycle de Liyongo a été transmis par tradition orale et par des sources écrites. La tradition orale comprend les chansons et les danses données à l'occasion des cérémonies de mariage dans les régions où le héros est connu[3]. La forme musicale traduite par chanson est appelée en swahili utumbouizo[2] tandis que les poèmes sont des utendi. Parmi les danses au cours desquelles est évoqué Fumo Liyogo figure la danse gungu[3].

Les sources écrites comprennent des manuscrits conservés à Mombasa au Kenya ou en Europe (à Londres et Hambourg notamment)[2],[4]. Beaucoup de manuscrits emploient l'alphabet arabe pour noter le dialecte swahili ; quelques-uns sont en alphabet latin[2]. En revanche, Fumo Liyongo n'est pas mentionné dans les chroniques historiques swahilies[5].

Langue et style[modifier | modifier le code]

Le cycle a été transmis dans plusieurs dialectes swahilis, dont le kiamu, parlé au Nord du Kenya[2],[3]. Le style employé est allusif et parfois obscur[3]. Les poèmes emploient plusieurs types de vers. Beaucoup se fondent sur la récurrence d'une rime unique tout au long d'un même poème[3].

Canevas et principaux épisodes[modifier | modifier le code]

Dans son cycle légendaire, Fumo Liyongo est présenté à la fois comme un héros guerrier, plus grand que la moyenne et archer hors pair, et comme un poète auteur de nombreuses œuvres, dont certaines relatant ses propres aventures[3]. Son ennemi principal est son cousin, Fumo Mwingari[3] ou Daudi Mwingari[6]. Daudi Mwingari est le sultan de Pate et le cousin maternel de Liyongo : il considère Liyongo comme un usurpateur potentiel, tandis que Liyongo lui-même se présente comme l'héritier légitime du royaume et conteste la succession[6]. Mwingari tente à plusieurs reprises de se débarrasser de Liyongo, ce qui revient à lui donner l'occasion d'accomplir exploit sur exploit.

Le sultan Mwingari emploie d'abord la ruse en arrangeant un mariage entre Liyongo et une belle femme oromo, ce qui revient à l'éloigner de Pate. Après le mariage, Mwingari met à prix la tête de Liyongo auprès des tribus Sanye (ou Boni) et aux Dahalo, mais Liyongo triomphe des hommes venus pour le tuer[6].

Un épisode connu est la chanson de la geôle, dans laquelle le héros est mis en prison par les hommes de Mwingari, mais parvient à s'évader avec l'aide de sa mère, qui cache une lime dans un pain qu'elle lui fait parvenir[3],[2]. Liyongo peut alors limer ses chaînes et s'évader, à la grande terreur de Mwingari qui ne sait plus que faire[6].

Dans un autre épisode, un roi ennemi tend un piège à Liyongo en organisant un tournoi de tir à l'arc auquel le héros ne peut que vouloir venir participer ; mais Liyongo parvient à la fois à remporter le tournoi et à s'échapper indemne. Cet épisode a été rapproché d'un épisode très similaire des aventures du héros britannique Robin des Bois, ce qui a conduit des savants comme Kenneth Simala à émettre l'hypothèse d'une source plus ancienne commune aux deux épisodes[1].

Dans une autre aventure, Fumo Liyongo est emprisonné à la suite d'un conflit de succession. Il chante des messages codés avec tant de talent que ses geôliers ne peuvent s'empêcher de se mettre à danser, et il profite alors de la confusion pour s'évader[1].

L’utendi wa Mwana Manga est un poème amoureux légèrement érotique en l'honneur d'une noble dame, la Mwana Manga ou dame du Nord venue d'Arabie, poème qui se distingue de la majorité du cycle par le fait qu'il est visiblement influencé par la littérature arabe[3]. Un autre poème d'amour du cycle célèbre la bonté d'une autre dame, Mwana Nazi[2].

La mort de Liyongo survient toujours à cause d'une traîtrise. Mwingari parvient finalement à corrompre le fils de Liyongo et de son épouse oromo, en lui promettant de lui accorder des honneurs royaux et de lui donner sa fille en mariage. Le fils obtient alors par la ruse le secret de l'unique point faible de Liyongo : il ne peut être tué que par une dague en cuivre[6]. Liyongo soupçonne la trahison et maudit son fils, mais cela ne l'arrête pas. Le fils poignarde Liyongo pendant son sommeil. Malgré la blessure, Liyongo parvient à se lever et à prendre ses armes, puis à se lancer à la poursuite de l'assassin, jusqu'à l'un des puits du village. Sentant la mort approcher, Liyongo s'agenouille et se place en position d'embuscade. Il reste ainsi pendant trois jours, au bout desquels sa mère se rend compte qu'il est mort et tout le village prend le deuil[6].

Postérité et évocations dans les arts[modifier | modifier le code]

Fumo Liyongo est évoqué dans la littérature africaine contemporaine. En 1913, Muhammad Kijumwa écrit en swahili Utenzi wa Fumo Liyongo (L'épopée de Fumo Liyongo)[7]. L'auteur kényan Abdilatif Abdalla a par la suite réédité ce livre en 1973 (Institute of Kiswahili Research, University of Dar es Salaam)[8],[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e « More than the stuff of legend », article d'actualité sur le site de l'Université de Cambridge le 30 mars 2011. Page consultée le 30 mars 2013.
  2. a b c d e f et g Compte rendu de l'édition du cycle de Liyongo faite par Gudrun Miehe et Hilke Meyer-Bahlburg en 2004, article d'Uschi Drolc sur Afrikanistik Online en 2006. Page consultée le 30 mars 2013.
  3. a b c d e f g h i et j Nathalie Carré, « Le cycle swahili de Fumo Liyongo : le guerrier poète », L'Âme de l'Afrique. Le Point références, n°42, novembre-décembre 2012, p. 38.
  4. Page « Africa: Manuscripts and archives » sur le site de la British Library de Londres. Page consultée le 30 mars 2013.
  5. Harries (1962), p. 49, cité par King'ei (2001), p. 81.
  6. a b c d e et f King'ei (2001), p. 79.
  7. Article African literature (section Literatures in African languages > Swahili) par Elizabeth Ann Wynne Gunner sur l’Encyclopaedia Britannica's Guide to Black History. Page consultée le 30 mars 2013. L'article semble faire de cet écrivain l'inventeur de l'épopée sur Fumo Liyongo, à tort, à en croire l'ensemble des autres sources.
  8. [http://www.uni-leipzig.de/~afrika/index.php?option=com_content&task=view&id=55&Itemid=99 Fiche d'Abdilatif Abdalla sur le site de l'Université de Leipzig. Page consultée le 30 mars 2013.
  9. Abdilatif Abdalla: 'My poems gave me company', interview par Kimani wa Wanjiru dans Pambazuka News n°500, 14 octobre 2010. Page consultée le 30 mars 2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions du cycle de Liyongo[modifier | modifier le code]

  • (en) Gudrun Miehe et Hilke Meyer-Bahlburg, Liyongo Songs. Poems attributed to Fumo Liyongo, rassemblés et édités par le Liyongo Working Group, Cologne, Rüdiger Köppe Verlag, Archiv afrikanistischer Manuskripte Band VII, 2004. Également publié en swahili par l'Institute of Kiswahili Research, Dar es Salaam, 2006.

Études savantes et articles[modifier | modifier le code]

  • Nathalie Carré, « Le cycle swahili de Fumo Liyongo : le guerrier poète », L'Âme de l'Afrique. Le Point références, n°42, novembre-décembre 2012, p. 38-39 (article de vulgarisation et brefs extraits du cycle).
  • Bassirou Dieng et Lilyan Kesteloot, Les épopées d'Afrique noire, Paris, Karthala—Unesco, 1997 (rééd. 2009), 626 p.
  • Candace R. Gregory, Carey Roberts, H. Micheal Tarver (éd.), Sources in Patterns of World History. Volume 1: To 1600, New York—Oxford, Oxford University Press, 2012, « 14.2 The Swahili Saga of Liyongo Fumo », p. 207-208.
  • (en) Lydon Harries, Swahili Poetry, Londres, Oxford University Press, 1962.
  • (en) Kitula King'ei, « Historical and Folkloric Elements in Fumo Liyongo's Epic », dans la revue en ligne Folklore (revue publiée par le département Folklore de l'Institut de la langue estonienne), n°16, 2001, p. 78-86. [lire en ligne]
  • (en) J. L. Mbele, « The Liongo Fumo Epic and the Scholars », dans la revue Kiswahili, n°53 (1-2), 1986, p. 128–145.
  • (en) J. L. Mbele, « The Identity of the Hero in the Liongo Epic », Research in African Literatures, n°17, 1986, p. 464–473.
  • (en) J. L. Mbele, « The Liongo Epic and Swahili Culture », Weekend Magazine, 17 janvier 1989, p. 23.
  • Kithaka wa Mberia, « Fumo Liyongo », dans Mulika: Jarida la Taasisi ya Uchunguzi wa Kiswahili, Chuo Kikuu cha Dar-es-Salaam (Journal of the Institute for Kiswahili Research, University of Dar-es-Salaam), n°21, 1989, p. 25-43.
  • (en) Kyallo Wadi Wamitila, Archetypal criticism of Kiswahili poetry: with special reference to Fumo Liyongo, Bayreuth, E. Breitinger, Bayreuth African studies series, cop. 2001.
  • (en) Alice Werner, The Swahili Saga of Liyongo Fumo, dans le Bulletin of the School of Oriental and African Studies (SOAS), vol. 4 n°28, 1926, p. 247-55.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]