Flash Crash de 2010

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Le Flash Crash de 2010, parfois nommé tout simplement Flash Crash[1], fait référence au krach boursier arrivé le aux États-Unis.

Le terme « flash crash (en) »[2] ou « krach éclair »[2],[3] fait référence, depuis cet évènement de 2010, à un effondrement boursier qui dure quelques minutes ou quelques secondes[4]. Le Flash Crash de 2010 n'a duré qu'environ 36 minutes[4],[5].

Diagramme montrant la « toxicité » des flux d'ordres lancés la journée du .

Ce jour-là, l'indice Dow Jones Industrial Average a perdu 998,52 points avant de regagner environ 600 points, entre 14 h 42 et 14 h 52 au New York Stock Exchange[6][réf. insuffisante],[7]. Une baisse de 9,2 % en l'espace de 10 minutes était sans précédent dans l'histoire. Cet incident a mis au jour l'implication du high frequency trading qui représente désormais les deux tiers[8][réf. insuffisante] des transactions boursières sur le NYSE.

Le , en début d'après-midi, le Dow Jones a commencé à décliner pendant que la crise de la dette publique grecque s'intensifiait et alors que la plupart des grands indices financiers aussi bien sur le marché des futures[9] que sur les marchés des actions avait déjà subi une baisse d'environ 4 %. À 14 h 27, la baisse s'accentua. À 14 h 45, elle devint vertigineuse avec des ticks (en) à trois chiffres. En trois minutes, le Dow Jones perdit 433 points. Mais à 14 h 57, le Dow Jones avait repris 619,42 points. Les prix de nombreuses actions avaient connu une importante baisse, suivie d'une remontée en quelques minutes. Soudainement, une nouvelle baisse de 5,6 % intervint avant de s'annuler tout aussi rapidement. Environ 8 000 titres de sociétés et ETF échangés alors ont enregistré des mouvements de cours similaires, perdant de 5 % à 15 % avant de les regagner en totalité ou presque. Des actions ont subi des mouvements de prix encore plus sévères. Environ 20 000 échanges boursiers concernant 300 sociétés ont été exécutés à des prix supérieurs ou inférieurs à 60 % de leurs valeurs quelques instants auparavant. À la fin de la journée, la plupart des indices actions avaient perdu 3 % par rapport au cours de clôture de la veille. Le Dow Jones, qui avait ouvert la séance à 10 862,22 points, a atteint un plus bas de 9 787,17 points avant de clôturer à 10 520,32 points.

Contexte boursier[modifier | modifier le code]

La journée du 6 mai avait démarré en baisse compte tenu de l'instabilité politique en Grèce, dans un contexte de nervosité dû aux violentes tensions observées en Europe. Le cours du Credit default swap sur la dette grecque augmentait, les marchés craignant un défaut sur la dette souveraine de la Grèce.

À 13 heures, l'euro commença à décliner face au dollar et au yen. Le marché était baissier et la volatilité s'accentua sur certains titres financiers. Le nombre d'échanges augmenta au-delà de la moyenne. À 14 h 30, l'indice VIX mesurant la volatilité sur l'indice S&P 500 augmenta de 22,5 % par rapport au cours d'ouverture. Le rendement des obligations d'État américaines à 10 ans diminua, reflétant la volonté des investisseurs de se réfugier vers des valeurs sûres. Le Dow Jones était avant le flash crash en baisse de 2,5 %. Sur les marchés électroniques, les ordres d'achats de contrats futures E-Mini S&P 500 (en) ainsi que de l'ETF S&P 500 SPDR (en), les deux dérivés sur indices les plus échangés, sont passés respectivement de 6 milliards à 2,65 milliards de dollars (soit une baisse de 55 %) et de 275 millions à 220 millions de dollars (soit une baisse de 20 %). De nombreux autres titres de sociétés subirent également une baisse de la liquidité.

Origine de l'incident[modifier | modifier le code]

À 14 h 32, dans un contexte de grande volatilité, fut envoyé sur le marché un ordre de vente de 75 000 E-Mini (en) à échéance juin 2010 d'une valeur approximative de 4,1 milliards de dollars pour couvrir une position longue équivalente. Cet ordre fut adressé automatiquement via un programme de trading algorithmique. Cet ordre avait été configuré afin d'obtenir un taux d'exécution de 9 % du volume d'échange calculé par rapport à la dernière minute, sans apporter d'attention au prix ou à l'heure d'exécution. Cet ordre de vente automatisé créa la plus forte baisse du cours du contrat E-Mini depuis le début de l'année 2010. Seuls deux échanges d'une telle taille avaient été exécutés sur les 12 derniers mois et par la même société de trading. La dernière vente de cette taille avait été opérée via une combinaison d'ordres manuels et de plusieurs ordres automatisés prenant en compte le prix, l'heure et le volume ; l'exécution de cet ordre avait pris plus de cinq heures. Le , dans un marché nerveux, le choix de vendre 75 000 contrats en ne prenant en compte que le volume (sans tenir compte du prix et de l'heure) devait occuper seulement 20 minutes.

Selon la SEC, les « traders haute fréquence » et les intermédiaires furent acheteurs des premiers lots de contrats E-mini vendus par le programme, ce qui les rendait temporairement détenteurs de ces contrats. Les traders haute fréquence accumulèrent une position longue de 3 300 contrats. Entre 14 h 41 et 14 h 44, les traders haute fréquence vendirent de façon agressive 2 000 contrats E-Mini afin de réduire leurs positions longues. Dans le même temps, d'autres traders haute fréquence se mirent à échanger 140 000 contrats E-Mini représentant 33 % du volume total d'échange sur la journée. Cette chronologie était en adéquation avec les principes du trading à haute fréquence qui consiste à échanger de grandes quantités de titres sans jamais accumuler de positions shorts ou longues supérieures à 3 000 ou 4 000 contrats. Le programme de trading basé sur les volumes d'échanges réagit à l'augmentation du volume d'échanges en augmentant la vitesse à laquelle il alimentait le carnet d'ordres, bien que la plupart des ordres déjà envoyés au marché ne fussent pas encore traités et absorbés.

Premières réactions le 6 mai 2010[modifier | modifier le code]

Le crash éclair du 6 mai 2010 a d'abord été expliqué comme une réaction à la crise de la dette souveraine grecque[10] avant d'être rapidement imputé à une erreur de saisie de la part d'un opérateur de marché (une erreur communément appelée dans le jargon financier « fat finger » (gros doigt en français), correspondant à la saisie erronée d'une quantité largement supérieure au montant voulu). La CNBC ainsi que d'autres sources journalistiques ont déclaré qu'un trader avait saisi un ordre de vente de titres Procter & Gamble avec un « B » pour billions (milliards en français) au lieu de « M » pour millions. Cette information a été jugée crédible, le titre Procter & Gamble entrant dans la composition de l'indice Dow Jones ayant vu son cours chuter de plus de 37 %. La banque américaine Citigroup fut désignée comme responsable de cette erreur de saisie.

Citigroup, comme la plupart des acteurs du marché ce 6 mai 2010, a procédé à des analyses afin de déterminer la cause de cette soudaine volatilité des marchés sans réalité économique. Elle a dénoncé toute présomption prématurée d'une implication d'un de ses traders dans cet incident.

L'attention s'est ensuite portée sur la vente de contrats futures sur l'indice Standard & Poor's 500 de type futures E-mini S&P 500 et sur un moment précis de deux minutes où un paquet de ces contrats portant sur une valeur de 16 milliards de dollars avaient été vendus. La vente totale de futures E-mini S&P 500 sur la journée du s'élevait à 9 milliards pour la banque Citigroup, suggérant que l'origine de cet incident n'impliquait pas cette banque ; le « Chicago Mercantile Exchange » qui gère la cotation des contrats futures E-mini S&P 500 ne trouva aucune faille dans ses systèmes.

Le Nasdaq et le New York Stock Exchange ont pris la décision exceptionnelle d'annuler certains échanges de titres ayant eu lieu entre 14 h 40 et 15 heures. D'autres sources ont indiqué que cet incident avait pu être causé par la vente de l'ETF Ishares Russell 1000 Value Index Fund géré par BlackRock. Mais un dirigeant de BlackRock a réfuté cette assertion, affirmant qu'aucune trace d'une erreur de trading n'avait été trouvée dans son établissement. La société Procter & Gamble, la plus impactée par cet incident, décida de mener une enquête afin de déceler une possible erreur de trading. Bien que les titres P&G soient côtés sur le NYSE, des baisses massives ont également été enregistrées sur d'autres plates-formes d'échange mettant les titres de cette société au cœur du problème.

Waddell & Reed[modifier | modifier le code]

Dans un rapport publié le , la SEC indiqua, sans la nommer, qu'une firme était à l'origine d'un ordre de vente, via un système de trading haute fréquence, de 75 000 contrats futures E-Mini S&P 500, déclencheur du Flash Crash. Seul le hedge fund Waddell & Reed correspondait à la description faite dans le rapport. La firme Waddell & Reed reconnaissait être impliquée dans cet incident, comme 250 autres sociétés. Quelques jours après le crash, les rumeurs désignaient déjà Waddell & Reed ; il s'agit d'une société d'asset management ayant ses locaux à Overland Park dans le Kansas.

Enquête de la SEC et de la CFTC[modifier | modifier le code]

Après presque cinq mois d'enquête, la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) déposent un rapport conjoint le intitulé Findings Regarding the Market Events of May 6, 2010, retraçant la séquence des événements ayant menés au flash Crash[11].

Le rapport présente le « portrait d'un marché si fragmenté et fragile qu'une seule grande transaction pouvait faire partir les actions en spirale »[trad 1],[12]. Il explique en détail comment une grande firme de fonds mutuel, vendant une quantité inhabituellement importante de contrats E-Mini (en) S&P 500, a dans un premier temps épuisé les acheteurs disponibles, et comment ensuite les machines à algorithmes effectuant les transactions à haute fréquence (HFT) ont commencé à vendre de manière agressive, accélérant l'effet de vente du fonds mutuel et contribuant à la forte baisse de la valeur[12],[13].

Critiques du rapport[modifier | modifier le code]

Le rapport de 100 pages de la SEC a été très critiqué par de nombreux spécialistes des marchés financiers. Bien que décrivant le trade de 75 000 contrats futures E-Mini, il ne nomme pas la société Wadell & Reed. Bien qu'analysant précisément la chronologie et l'origine du crash, il ne porte pas de critique concernant le high frequency trading ni même aucune attention à des pratiques de quotes stuffing qui ont eu une influence, révélée par la société Nanex.

Le rôle de Navinder Singh Sarao[modifier | modifier le code]

En mai 2010, Navinder Singh Sarao était un day trader sur futures d'actions qui opérait à partir du pavillon de ses parents à Hounslow, dans la banlieue de Londres, pour le compte de sa société, la Nav Sarao Futures Limited, enregistrée au domicile familial. Le , le Département de la Justice des États-Unis émettait à son encontre 22 chefs d’inculpation, incluant fraude électronique, manipulation des marchés boursiers et spoofing. De 2009 à avril 2014, ces opérations auraient engendré 40 millions de dollars de profits illégaux. La pénalité maximale pour chaque inculpation étant de dix à vingt-cinq ans de prison, Sarao risquait un total de 350 années derrière les barreaux[14]. Les inculpations faisaient suite à un plainte de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) des États-Unis.

Le , il aurait initialement proposé à la vente des contrats à terme E-mini S&P (en) sur le Chicago Mercantile Exchange pour une valeur d’environ 200 millions de dollars. En quelques minutes, il aurait modifié ou remplacé ses ordres 19 000 fois avant de les annuler[15]. Entre temps, il aurait placé à lui seul 62 000 de ces contrats, soit 3,5 milliards de dollars[16]. Pour la CFTC, Sarao était « au moins responsable de façon significative du déséquilibre des offres » à l’origine du Flash Crash.

Les médias ont noté que, par ses accusations, la CFTC contredisait le rapport qu’elle avait elle-même rédigé avec la SEC. On pouvait également douter des opérations frauduleuses portant sur quelques dixièmes de milliards de dollars ait pu provoquer une chute boursière de près d’un millier de milliards de dollars[15]. Une autre source notait que les autorités de régulation « utilisaient encore des bicyclettes pour poursuivre des Ferrari »[17].

En janvier 2016, une analyse détaillée de l’ensemble des données du Flash Crash, milliseconde par milliseconde, concluait qu’il « est très peu probable que les opérations de spoofing de Sarao ait pu provoquer le Flash Crash, ou même que le Flash Crash ait été une conséquence prévisible de ses activités de spoofing ». Il se peut que Sarao n’ait fait que profiter d’un phénomène dont il n’était pas responsable[18]. Ce qui ne modifierait pas son statut juridique : responsable ou non, il restait accusé de procédés illégaux[14],[19].

En août 2015, Sarao bénéficiait d’une mise en liberté sous une caution d’un montant de 50 000 livres. En mars 2016, la justice britannique autorisait son extradition vers les États-Unis[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) « portrayed a market so fragmented and fragile that a single large trade could send stocks into a sudden spiral »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Matt Phillips. [http://blogs.wsj.com/marketbeat/2010/05/11/nasdaq-heres-our-timeline-of-the-flash-crash/ Nasdaq: Here’s Our Timeline of the Flash Crash, wsj.com, mis en ligne le 11 mai 2010.
  2. a et b « Finance folle » : les robots traders attaquent sur France 2 - Rue89 (consulté le 24 mai 2015).
  3. « Comment un algorithme a provoqué un « krach éclair » », sur Le Figaro (consulté le 24 mai 2015).
  4. a et b « Cash investigation » , diffusée le vendredi 8 juin 2012 sur France 2. Titre : Finance Folle : l'attaque des robots traders.
  5. (en) Andrei Kirilenko, Albert S. Kyle, Mehrdad Samadi et Tuzun Tugkan, « The Flash Crash: The Impact of High Frequency Trading on an Electronic Market » [PDF], sur Commodity Futures Trading Commission,‎ .
  6. http://www.cnbc.com/id/37001170/Dow_s_998_Point_Plunge_Watch_How_It_Happened.
  7. (en) (en) Tom Lauricella, « Market Plunge Baffles Wall Street --- Trading Glitch Suspected in 'Mayhem' as Dow Falls Nearly 1,000, Then Bounces », The Wall Street Journal,‎ , p. 1.
  8. http://www.nytimes.com/2009/07/24/business/24trading.html?_r=1.
  9. http://www.fimarkets.com/pages/future_contrat_a_terme.php
  10. (en)[http://www.cnbc.com/id/36999483/Stock_Selloff_May_Have_Been_Triggered_by_a_Trader_Error Stock Selloff May Have Been Triggered by a Trader Error, cnbc.com.
  11. (en) Securities and Exchange Commission et Commodity Futures Trading Commission, « Findings Regarding the Market Events of May 6, 2010 » [PDF],‎ .
  12. a et b (en) Tom Lauricella, « How a Trading Algorithm Went Awry », The Wall Street Journal,‎ .
  13. (en) Nina Mehta, « Automatic Futures Trade Drove May Stock Crash, Report Says », Bloomberg,‎ .
  14. a et b Flash crash : Londres autorise l’extradition de Sarao aux États-Unis. L’Orient Le jour, 24 mars 2016.
  15. a et b (en)Brush, Silla ; Schoenberg, Tom et Ring, Suzi How a Mystery Trader with an Algorithm May Have Caused the Flash Crash. Bloomberg News, 22 avril 2015.
  16. Goetz, Étienne (03-2016). « Flash crash » : le trader Navinder Sarao sur le point d’être extradé vers les États-Unis. Les Échos, 23 mars 2016.
  17. (en)Bates, John Post Flash Crash, Regulators Still Use Bicycles To Catch Ferraris: Blaming the Flash Crash on a UK man who lives with his parents is like blaming lightening for starting a fire, Traders Magazine Online News, 24 avril 2015.
  18. (en)Aldrich, Eric M. ; Grundfest, Joseph et Laughlin, Gregory The Flash Crash: A New Deconstruction. 24, janvier 2016, 43 p..
  19. (en)Goldstein, Steve Navinder Sarao didn’t cause the flash crash, study finds. MarketWatch, 27 janvier 2016.
  20. La justice britannique autorise l’extradition vers les États-Unis du responsable du « flash crash » de 2010. Le Monde, 23 mars 2016.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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