Dictée de Mérimée

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La dictée de Mérimée est une dictée qui a été écrite puis récitée en 1857 par Prosper Mérimée à la demande de l’impératrice Eugénie afin de distraire la cour. Napoléon III aurait fait soixante-quinze fautes, l’impératrice soixante-deux, Alexandre Dumas fils vingt-quatre, Octave Feuillet dix-neuf et Metternich fils, ambassadeur d’Autriche, trois[1].

À l’annonce des résultats, Alexandre Dumas se serait tourné vers Metternich pour lui demander : « Quand allez-vous, prince, vous présenter à l’Académie pour nous apprendre l’orthographe ? »[2].

La dictée[modifier | modifier le code]

Le texte procuré par le ministère de la Culture français sur son site[1] est donné comme « le texte de « la fameuse dictée » publiée par Léo Claretie en 1900 » :

« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.

Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis[3], et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut.

— Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.

À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

— Prosper Mérimée.

Le texte de la dictée a pu faire faire l’objet de mises à jour pour suivre l'évolution de la langue. Le Dictionnaire historique de l’orthographe française de Nina Catach indique l’évolution des graphies selon les éditions successives du dictionnaire de l’Académie française (les formes attendues dans un texte datant du Second Empire sont en gras) :

Variante[modifier | modifier le code]

Cette variante de la dictée dite « de Mérimée » aurait été faite lors d'une réunion au château de Saint-Cloud (1868). Elle comporte quelques phrases supplémentaires dans le deuxième paragraphe.

« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.

Quelles que soient, quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, bien que lui ou elle soit censée les avoir refusées et s’en soit repentie, va-t’en les réclamer pour telle ou telle bru jolie par qui tu les diras redemandées, quoiqu’il ne te siée pas de dire qu’elle se les est laissée arracher par l’adresse des dits fusiliers et qu’on les leur aurait suppléées dans toute autre circonstance ou pour des motifs de toute sorte.

Il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissée entraîner à prendre un râteau et qu’elle s'est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie.

Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara, suivie d’une phtisie et l’imbécillité du malheureux s’accrut.

— Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.

À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

— Prosper Mérimée.

Le texte d’origine de la variante posséderait une faute d’accord, selon les règles de grammaire modernes[réf. souhaitée] : « lui ou elle soit censée (...) et s’en soit repentie ». En effet, le genre du sujet n’étant pas défini (« lui ou elle »), c’est le masculin qui aurait dû l’emporter. Cependant, cette règle n’a pas toujours été aussi stricte[réf. souhaitée]. En fait, la règle qui semble avoir été appliquée ici est que, avec la conjonction de coordination « ou », c’est le composant le plus proche qui l’emporte[réf. souhaitée].

Graphie de 1990[modifier | modifier le code]

Les termes modifiés ou confirmés par la nouvelle orthographe sont en gras :

« Pour parler sans ambigüité, ce diner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuisseaux de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.

Quelles que soient, quelque exigües qu’aient pu paraitre, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguiller, il était infâme d’en vouloir, pour cela, à ces fusiliers jumeaux et malbâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraichissements avec leurs coreligionnaires.

Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entrainer à prendre un râteau et qu’elle s'est crue obligée de frapper l’exigeant marguiller sur son omoplate vieillie.

Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie et l’imbécilité du malheureux s’accrut.

— Par saint Martin, quelle hémorragie ! s’écria ce bélitre.

À cet évènement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

— Prosper Mérimée.

Dictée du bicentenaire[modifier | modifier le code]

Bernard Pivot a composé une nouvelle « dictée de Compiègne », qu'il a lue le 28 septembre 2003 (bicentenaire de la naissance de Prosper Mérimée) dans la salle des gardes du château de Compiègne[4], château supposé être l’endroit où avait été lue la première dictée. C'est Napoléon III qui s'exprime d’outre-tombe, dans la dictée de Pivot[1] :

«  Moi, Napoléon III, empereur des Français, je le déclare solennellement aux ayants droit de ma postérité et aux non-voyants de ma légende : mes soixante-quinze fautes à la dictée de Mérimée, c'est du pipeau ! De la désinformation circonstancielle ! De l'esbroufe républicaine ! Une coquecigrue de hugoliens logorrhéiques !

Quels que soient et quelque bizarroïdes qu'aient pu paraître la dictée, ses tournures ambiguës, Saint-Adresse, la douairière, les arrhes versées et le cuisseau de veau, j'étais maître du sujet comme de mes trente-sept millions d'autres. Pourvus d'antisèches par notre très cher Prosper, Eugénie et moi nous nous sommes plu à glisser çà et là quelques fautes. Trop sans doute. Plus que le cynique prince de Metternich, à qui ce fieffé coquin de Mérimée avait probablement passé copie du manuscrit.

En échange de quoi ?

D'un cuissot de chevreuil du Tyrol ? »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c La dictée de Mérimée, site officiel du Ministère français de la Culture, consulté le 11 novembre 2010.
  2. Les arrhes de la douairière : histoire de la dictée de Mérimée ou l'orthographe au Second Empire, par Yannick Portebois, p. 142.
  3. D’autres sources donnent malbâtis.
  4. Le Monde (support papier) du 30 septembre 2003 : Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Pivot lance le bicentenaire de Mérimée avec une nouvelle « dictée de Compiègne ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Maison, La dictée de Mérimée : La réalité du mythe, Éditions Seguier, 2003, ISBN 978-2-84049-374-7

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]