Dark store

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Un dark store est un type de commerce de détail basé sur la livraison de produits de consommation courante commandés depuis une application en ligne. Il est constitué d’entrepôts fermés au public où s’effectue la préparation des commandes passées par internet. De taille relativement moyenne et situés au plus près du client, ces lieux ont vocation à offrir un service de livraison très rapide (de l’ordre de 15 minutes). Si le concept se développe de façon importante en France en 2021, celui-ci n'est pas récent et date du milieu de la décennie 2010 aux États-Unis.

Concept[modifier | modifier le code]

Il fonctionne comme un entrepôt et reste uniquement destiné, comme « centre de distribution », aux préparations des commandes par internet pour les entreprises de commerce en ligne[1],[2],[3].

La différence des dark stores avec les emplacements de préparation de Drive ou un entrepôt est parfois floue[3],[4],[5]. Une différence est que le Drive garde les produits dans des cartons, là où les produits des dark stores sont sortis et placés dans des rayons, d'une manière similaire à l'agencement d'un commerce de détail classique (classement des produits dans des rayons)[1],[6]. Ces rayons servent également de stockage, ce qui limite le besoin d'une arrière-boutique pour ce stockage.

Implanté la plupart du temps en agglomération, le dark store permet avant tout d'assurer une livraison au client final dans des délais de l'ordre de quelques minutes[3],[4],[5]. Les dark stores proposent un assortiment restreint et s'implantent dans des agglomérations dont la densité permets de compter un nombre de client important dans un périmètre restreint. Le critère de temps préparation et de livraison court est l'un des principaux critères des dark stores[7], ce type de magasins étant classé dans le « Quick commerce »[3],[5].

Le concept date du milieu de la décennie 2010 aux États-Unis[8]et se développe de façon importante en France au début de la décennie 2020[5], avec 80 commerces identifiés en 2022 à Paris et sa proche banlieue[9].

Les dark stores en France[modifier | modifier le code]

La distribution via les dark store est disponible essentiellement dans les centres urbains denses où les entrepôts peuvent toucher une clientèle de proximité plus importante[1]. En France, ces services sont implantés à Paris, Lyon, Lille, Toulouse, Bordeaux. 80 dark stores ont été recensés dans Paris en janvier 2022[9].

De nombreuses start-ups françaises et étrangères se sont positionnées sur le marché de la livraison de produits alimentaires à Paris. Ces entreprises sont récentes et la majorité a été créé après 2019[9].

Nom Date de création Pays
Frichti 2015 France
Kol 2015 France
Cajoo 2021 France
Flink 2020 Allemagne
Getir 2015 Turquie
Gorillas 2020 Allemagne
Glovo 2014 Espagne
GoPuff 2013 USA
Yango Deli 2019 Russie
Zapp 2021 Grande Bretagne
Rohlik 2014 République Tchèque
Bam Courses 2021 France

Modèle économique[modifier | modifier le code]

Ces start-ups sont à l’heure actuelle largement déficitaires et comptent sur la réduction du nombre de concurrents pour pouvoir, à terme, envisager faire du profit[10]. Elles continuent néanmoins de lever des quantités importantes de fonds pour leur développement[11]. En février 2022, 3 entreprises avaient dépassé une valorisation supérieure au milliard d’euro, seuil minimal pour prétendre au statut de “licorne” : 1,05 milliards de $ pour le turc Getir, 1,3 milliard pour l’allemand Gorillas et l'espagnol Glovo. Flink suit de près avec une valorisation à 900 millions de dollars[9].

Beaucoup de ces entreprises ont conclu des partenariats avec des acteurs historiques de la grande distribution[9]. Ces derniers ont fréquemment acquis des parts dans le capital de ces start-ups. Carrefour est au capital de Cajoo et a développé en partenariat “Carrefour Sprint”, un service de livraison en 15 minutes. Casino est au capital de Gorillas, où il lui donne accès à sa centrale d’achat et aux produits de marque Monoprix en échange de la fourniture de 70% du catalogue de l’application. Ils ont également développé ensemble un service de livraison en 10 minutes chez Monoprix et Franprix. A l’étranger, l’allemand Rewe est rentré au capital de Flink[9].

Le modèle économique de ces services repose sur une croissance anticipée du nombre d’utilisateurs grâce à des campagnes publicitaires agressives dans l’espace public. Leur segment de marché est positionné comme complémentaire à celui des grandes surfaces puisqu’ils vont se focaliser sur des courses d’appoint, sur des horaires atypiques[9]. Ils proposent donc des courses avec un choix plus restreint que des supermarchés (entre 1500 et 2000 produits contre environ 20 000) pour permettre une répartition spatiale des entrepôts plus proche du client[10].

Critiques[modifier | modifier le code]

L’opacité du mode de fonctionnement des dark stores est pointée du doigt : les acteurs ne communiquent ni sur leur chiffre d'affaires, ni sur les caractéristiques de leurs entrepôts, allant jusqu'à refuser que des photos en soient prises[1].

La critique porte également sur les nuisances causées par ces activités. Nuisances sonores liées à l’amplitude horaire de l’activité (de 7h à minuit, parfois 2h le WE), à l’occupation de l’espace public par les livreurs en attente de livraison sur les trottoirs et places de parking, et aux invendus jetés dans les bennes à ordures communes[12] .

Enfin, ces dark stores posent des problèmes de vitalité de l’espace public[13]. Ceux-ci ne sont pas accessibles au public, opaques, et incitent à des modes de consommation à distance très sédentaires. Ils vont à l’encontre des politiques de dynamisation du centre ville qui s'appuient sur des commerces locaux fréquentés et ouverts sur l’espace public[14].

Réglementation[modifier | modifier le code]

A Paris, ces dark stores doivent être considérés comme des entrepôts et non comme des locaux commerciaux. Le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de 2006 prescrit que pour être rattachés à un commerce, les locaux d’entreposage ne doivent pas représenter plus de 1/3 de la surface de plancher totale du local en question. Dans le cas où cette surface serait supérieure, la destination du local serait alors considérée comme un entrepôt[9] .

De nombreux dark stores sont issus de la conversion d’anciens commerces, bureaux ou cabinets médicaux en entrepôts, et beaucoup n’ont pas effectué une demande de changement de destination du local auprès de la mairie[10],[15].

De plus, l’article UG.2.2.2 du PLU dispose que « la fonction d’entrepôt n’est admise que sur des terrains ne comportant pas d’habitation » et que « La transformation en entrepôt de locaux existants en rez-de-chaussée sur rue est interdite. »[16] En mars 2022, la mairie de Paris a ordonné la fermeture de 45 entrepôts et a proposé le transfert de ces activités dans d’anciens parkings[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Cécile Prudhomme, « Les « dark stores », ces supermarchés sans clients et entièrement conçus pour la vente en ligne », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne Accès limité).
  2. « Les dark stores vont transformer la relation client … et les villes » Accès payant, sur lsa-conso.fr,
  3. a b c et d B. Bathelot, « Dark store », sur definitions-marketing.com, (consulté le )
  4. a et b « Supermarchés : les "dark stores" ont le vent en poupe »,
  5. a b c et d Basile Dekonink, « Livraison de courses : le phénomène des « dark stores » gagne la France », sur business.lesechos.fr, (consulté le )
  6. Vincent Vila, « Dark Stores, le must-have du retail omnicanal », sur journaldunet.com, (consulté le )
  7. « Dark store : qu'est-ce que ce supermarché de l'ombre ? », sur cuisine.journaldesfemmes.fr, (consulté le )
  8. Jean-Laurent Cassely, « E-commerce: les «dark stores» envahissent les territoires », sur slate.fr, (consulté le )
  9. a b c d e f g et h Apur, « Drive piétons, dark kitchens, dark storesLes nouvelles formes de la distribution alimentaire à Paris », sur Apur, (consulté le )
  10. a b et c « Quels sont les commerces qui ont été remplacés par les dark kitchens et dark stores à Paris », sur actu.fr (consulté le )
  11. « Cajoo, Dija, Gorillas, Kol... Le quick commerce explose », sur Challenges, (consulté le )
  12. Agnès Soubiran, « Pourquoi la multiplication des "dark stores" au cœur des grandes villes inquiète les municipalités », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  13. « Les dark stores, symbole d’une ville à distance ? - Demain la ville », sur Demain La Ville - Bouygues Immobilier, (consulté le )
  14. « Paris veut moins d'entrepôts «dark stores» dans les rues », sur LEFIGARO, (consulté le )
  15. Aurore Gayte, « Des nuisances et pas d’autorisation : des dark stores seraient installés illégalement à Paris », sur numerama.com, (consulté le )
  16. « Faire la lumière sur… les dark stores - », (consulté le )
  17. « Paris: la mairie demande la fermeture de 45 "dark stores" ouverts "illégalement" », sur BFMTV (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]