Détroit de Tatarie

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Détroit de Tatarie
Carte physique de Sakhaline.
Carte physique de Sakhaline.
Géographie humaine
Pays côtiers Drapeau de la Russie Russie
Géographie physique
Type Détroit
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 52° 51′ Nord, 141° 32′ Est
Longueur 900 km
Largeur
· Minimale 7,3 km

Géolocalisation sur la carte : Russie

(Voir situation sur carte : Russie)
Détroit de Tatarie

Géolocalisation sur la carte : Oblast de Sakhaline

(Voir situation sur carte : Oblast de Sakhaline)
Détroit de Tatarie

Le détroit de Tatarie[1] ou de Tartarie (en russe : Татарский пролив, Tatarski proliv) ou Manche de Tatarie, est un détroit dans l'océan Pacifique qui sépare l'île russe de Sakhaline du reste du continent asiatique (au sud-est de la Russie).

Il relie la mer d'Okhotsk au nord, au niveau du golfe de Sakhaline, avec la mer du Japon au sud. Il fait 900 km de long, de 4 à 20 m de profondeur[réf. nécessaire] et 7,3 km de large dans sa partie la plus étroite appelée détroit de Nevelskoï.

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Le détroit est long de 633 km. Sa largeur maximale est de 324 km dans sa partie Sud, et de 40 km dans sa partie Nord ; à l'endroit le plus resserré (qui correspond au détroit de Nevelskoï), le détroit est large de 7,3 km. La profondeur minimale est de 8 m.

Le détroit de Tatarie est la partie la plus froide de la mer du Japon. C'est là que se forment 90 % de toutes les glaces observée en mer de Japon en période hivernale. La partie Sud du détroit est couverte de glaces de 40 à 80 jours par an, pour 140 à 170 jours par an dans la partie Nord. L'épaisseur de glace peut atteindre 1,5 m.

La zone est sujette à de fréquents tremblements de terre[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Côtes du détroit de Tartarie, cartographiées par La Pérouse en 1787.
Habitants et intérieurs de maisons de la baie de Castrie, sur la côte de Tartarie, en 1787. Les autochtones pourraient être des Nivkhes[3].

Le nom Tatars ou Tartares a été longtemps utilisé par les Européens pour désigner les peuples d'Asie centrale et d'Asie du Nord. Lorsque les Mandchous ont établi leur domination sur la Chine en terrassant la dynastie Ming en 1644, le nom Tartares leur fut également appliqué[Note 1], et la Mandchourie, ainsi que la Mongolie, devint connue des Européens sous le nom de « Chine tartare »[Note 2]. Ainsi, quand les équipages de La Pérouse de l'Astrolabe et de la Boussole cartographièrent le détroit entre l'île de Sakhaline et la « Chine tartare » en 1787, ils lui donnèrent le nom de détroit de Tatarie. Le détroit est nommé en japonais d'après Mamiya Rinzō, qui l'explora en 1809[4].

Le détroit de Tatarie est longtemps resté mystérieux pour les explorateurs européens : en approchant depuis le Sud, les côtes semblent se rapprocher et devenir très étroites, donnant l'impression qu'il s'agit en fait d'une baie. En 1787, La Pérouse décida de ne pas s'y risquer, et fit demi-tour, même si les indigènes lui avaient dit que Sakhaline était une île[5]. De même, en 1797, William Robert Broughton décida que c'était une baie et fit demi-tour. En 1805, Johann Adam von Krusenstern échoua à passer le détroit depuis le Nord. L'expédition de 1808 de Mamiya Rinzō restait peu connue des Européens. Les Russes gardèrent cette information secrète, et s'en servirent pour échapper à la flotte britannique pendant la guerre de Crimée.

Sur les cartes russes, la partie la plus étroite du détroit est nommée détroit de Nevelskoï, en hommage à l'amiral Guennadi Nevelskoï, qui explora cette zone en 1848[6]. Les eaux située au Nord de ce détroit sont appelées liman de l'Amour, puisque ce fleuve s'y jette, et le nom de « détroit de Tatarie » est réservé à la partie au sud du détroit de Nevelskoï.

Le croiseur de 2e classe le Laclocheterie, commandé par Henri Rieunier, est le premier bâtiment de la marine française à pénétrer dans le détroit de Tatarie après La Pérouse en 1876. Au point le plus éloigné de sa mission, en août 1876, le capitaine de vaisseau Henri Rieunier, commandant du Laclocheterie jeta l'ancre en Russie, à Vladivostok, dans la baie d'Olga, dans la baie de Castries, dans le détroit de Tartarie, en Sibérie orientale au port d'Aleksandrovsk (oblast de Sakhaline). Une série de relevés des côtes de la baie Jonquières et de la baie de Castries datée du 5 août 1876 a été conservée, ainsi qu'une série unique de photos, rapports de mer et documents inédits de l'expédition de 1876 à 1878, au Japon.

Histoire récente[modifier | modifier le code]

Le sous-marin soviétique S-117 de classe Schuba (en) a été perdu le 15 décembre 1952 dans le détroit de Tatarie en mer du Japon, la cause restant inconnue. Il pourrait avoir heurté un vaisseau de surface ou une mine. Les quarante-sept hommes de l'équipage sont morts dans l'accident.

La partie Sud-Est du détroit de Tatarie a été le théâtre d'un des évènements les plus tendus de la Guerre froide : le 1er septembre 1983, le Vol 007 Korean Air Lines, qui transportait 269 personnes, dont le député américain Larry McDonald, a pénétré dans l'espace aérien soviétique et a été attaqué par un intercepteur Soukhoï Su-15 à l'Ouest de l'île Sakhaline. L'avion s'est perdu en mer un peu au large de l'unique récif notable du détroit, l'île Moneron. Des recherches navales intensives, menées par les États-Unis avec l'assistance de vaisseaux japonais et coréens a été menée sur une zone de 580 km².

Proposition de chaussée de 1956[modifier | modifier le code]

En 1956, les Soviétiques proposèrent au Japon de bâtir une chaussée dans le détroit afin de bloquer les eaux froides allant en Mer du Japon, ce qui aurait augmenté la température de cette dernière. Les Russes soutenaient que le projet augmenterait la température de la mer de 35°C en moyenne[7].

Transports[modifier | modifier le code]

Vanino, un port important du détroit de Tartarie.

Depuis 1973, un train ferry (en) sillonne le détroit, reliant le port de Vanino sur le continent à celui de Kholmsk sur l'île Sakhaline[8].

La carte donne l'impression que le détroit de Tartarie serait un lieu de passage privilégié pour les bateaux voguant de la mer du Japon à la mer d'Okhotsk, par exemple de Vanino à Magadan. Cependant, selon la SASCO, Compagnie Maritime de Sakhaline (en), qui exploite cette ligne, les bateaux naviguent rarement à travers le détroit. Le trajet habituel de Vanino à Magadan en hiver passe par le détroit de Tsugaru en contournant Hokkaidō ; en été, le trajet passe par le détroit de La Pérouse en contournant l'île de Sakhaline. C'est seulement au retour de Magadan vers Vanino avec une faible cargaison et par beau temps que les bateaux voyagent par le chemin le plus court, c'est-à-dire par le liman de l'Amour, le détroit de Nevelskoï, et le détroit de Tartarie (que la SASCO appelle plutôt « détroit de Sakhaline » - en russe : Сахалинский пролив[9].)

Un tunnel sous le détroit, qui devait relier Sakhaline au continent par chemin de fer ou par route a été commencé sur ordre de Joseph Staline, mais fut abandonné inachevé après sa mort[10]. Le projet de tunnel a été évoqué à nouveau par les politiciens de nos jours[11].

Ports du détroit de Tartarie[modifier | modifier le code]

Sur Sakhaline[modifier | modifier le code]

Sur le continent[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Conseil National de l'Information Géographique 136bis, rue de Grenelle 75700 PARIS Site Internet: http://cnig.gouv.fr/wp-content/uploads/2015/03/espaces-maritimes.pdf:
  2. Tremblements de terre en détroit de Tartarie, sur earthquakes24.com.
  3. Chemin ghiliak de la connaissance, Études mongoles et sibériennes, cahier 13, 1982, p .117, Marie-Lise BEFFA.
  4. Carte du monde révisée sur la Bibliothèque numérique mondiale.
  5. Le voyage de Lapérouse dans la mer du Japon, Lise Andries, sur cairn.info.
  6. Carte du pays de l’Amour avec des indications des levés, des itinéraires et des dates, produits de 1850 à 1860, sur la Bibliothèque numérique mondiale.
  7. (en)Popular Mechanics, juin 1956, p. 135.
  8. (en)Vanino Commercial Sea Port
  9. (ru)Site de la SASCO
  10. (ru)Projet de construction N°506, archives de l'oblast de Sakhaline.
  11. Le Japon prêt à contribuer à la construction d'un tunnel entre le continent, Sakhaline et Hokkaido, sur sputniknews, 27 avril 2005.