Critique de Lucas

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La critique de Lucas est une critique épistémologique qui souligne que les agents économiques s'adaptent aux politiques économiques menées par l'État. Dès lors, tout modèle économique statique, qui ne prend pas en compte les réactions des agents, donnerait des résultats erronés.

Concept[modifier | modifier le code]

Les années 1960 et années 1970 voient l'émergence d'écoles de pensées économiques qui se montrent critiques du keynésianisme, à l'époque dominant. Le keynésianisme recommande à la puissance publique de mettre en place des politiques budgétaires dans le cadre de politiques de relance lorsque le système économique entre en crise économique.

Robert Lucas écrit en 1976 un article dans lequel il critique l'orthodoxie keynésienne et ses modèles dominants, en soulignant qu'ils considèrent les agents économiques comme peu réactifs face aux politiques de l’État, voire complètement passifs[1]. Or, l'hypothèse de l'incapacité des agents à s'adapter et anticiper les politiques économiques et leurs conséquences est à la base des méthodes de prévisions économiques et surtout d’études d’impact des réformes économiques[2].

La critique de Lucas recommande donc d'éviter de se baser naïvement sur des statistiques passées pour prédire le comportement futur des agents, mais prendre en compte leur réaction aux changements que les autorités vont décider. En effet, la perspective d'une augmentation ou d'une baisse de telle ou telle variable économique peut conduire les agents économiques à modifier leur comportement réel, en matière de consommation, d'épargne, ou autre[2].

Cet article a apporté un changement important dans la façon dont les modèles économétriques sont construits[3].

Les modèles macroéconométriques, qui sont construits par étalonnage sur valeurs passées, ne permettent que d'établir des prévisions économiques, mais pas de prévoir les effets des changements de politique économique (réformes structurelles,…). Des changements structurels auront des effets sur le comportement des agents économiques.

Lucas suggère alors d’utiliser des modèles structurels, c'est-à-dire des modèles dans lesquels les agents agissent rationnellement et adaptent leur comportement en fonction de leur environnement[4]. Il s'agit de modèles d’équilibre général[5].

Exemple simpliste[modifier | modifier le code]

Par exemple, si Fort Knox n'a jamais connu de vols, cela ne veut pas dire que l'on peut y enlever les gardiens (car alors la tentation d'y commettre un vol sera plus forte).

Sur le plan économique, on peut évoquer la courbe de Phillips. Au départ augmentée des anticipations adaptatives de Friedman (anticipations "naïves"), elle prédisait une efficacité de la politique monétaire à court terme[6]. Avec les anticipations rationnelles de Lucas, la politique monétaire se retrouve inefficace à long terme (droite verticale) mais aussi à court terme, car les agents économiques anticipent parfaitement les politiques économiques et intègrent ces anticipations dans leurs comportements.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tim Harford, L'économie est un jeu d'enfant, Presses Universitaires de France, (ISBN 978-2-13-073570-0, lire en ligne)
  2. a et b Benoît Cœuré, Agnès Bénassy-Quéré, Pierre Jacquet et Jean Pisani-Ferry, Politique économique, Editions De Boeck Supérieur, (ISBN 978-2-8073-3163-1, lire en ligne)
  3. dans Econometric Policy Evaluation: A Critique, Carnegie-Rochester Conference Series on Public Policy 1: p. 19–46.
  4. Michel De Vroey, Pierre Malgrange, « La théorie et la modélisation macroéconomiques, d’hier à aujourd’hui », Document de travail, PSE, 2006
  5. Voir (en) en:Computable general equilibrium et en:Dynamic stochastic general equilibrium
  6. Milton Friedman, "The role of monetary policy" (1968), American Economic Review, vol. 58, p. 1-17