Corrida de rejón

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Un rejoneador lors d'une corrida de rejón : pose de banderilles courtes

La corrida de rejón est une forme de corrida dans laquelle le taureau est combattu par un cavalier, le rejoneador.

Présentation[modifier | modifier le code]

Elle est pratiquée partout où se pratique la corrida à pied et s'achève également par la mise à mort du taureau. Cette forme de corrida est minoritaire en Espagne, en France et en Amérique latine, en comparaison avec la corrida à pied, bien que comptant un nombre significatif d'amateurs. Elle est cependant prépondérante au Portugal, dans une version légèrement modifiée, où la mise à mort est remplacée par l'intervention des forçados, puis par la sortie du taureau de l'arène. Le déroulement de la version "espagnole" comprend, comme dans la corrida à pied, trois tercios. Le rejoneador utilise deux types de rejón, armes constituées d'une lame et d'un manche détachable. Dans le premier tercio : le rejón de « châtiment » ou javelot de bois de 160 centimètres avec un fer de 15 centimètres fixé à la hampe par une cheville encochée. Au moment de la pose, la cheville se sépare en deux, libérant ainsi un drapeau qui sert de leurre. Dans le troisième tercio : le « rejón de mort » (« rejón de muerte ») muni d'une lame d'épée qui remplace le fer du « rejón de châtiment ». En langue portugaise, le rejón porte le nom de farpa. C'est aussi le nom des banderilles les plus longues[1].

Historiquement, le rejón est le prolongement du javelot utilisé à la chasse par les chevaliers dès le XVIe siècle[2]. C'est l'outil essentiel dans le toreo à cheval. Deux pratiques étaient de mise chez la noblesse au moyen-âge, dans l'affrontement à cheval de taureaux lors d'exercices sportifs faisant simultanément office d'entraînement guerrier : la première consistait à bloquer la charge du taureau avec une lance, ce qui a donné plus tard le tercio de pique dans la corrida à pied, la partie à pied ayant à l'origine vu le jour dans des jeux pratiqués par les employés des abattoirs ; la seconde consistait à esquiver le taureau et à profiter de ce moment pour le tuer en lui transperçant le cervelet. Cette seconde pratique, un temps tombée en désuétude, a par la suite revu le jour sous une forme plus évoluée, donnant naissance à l'actuelle corrida de rejon.

En France, les dispositions concernant la corrida de rejón sont contenues dans l'article 88 du Règlement de l'Union des villes taurines françaises. Le règlement taurin s'avère plus pauvre concernant la corrida de rejon, comparée à la corrida à pied.

Déroulement de la lidia[modifier | modifier le code]

Pendant le premier tercio le rejoneador plante les rejónes de « châtiment » qui sont destinés à remplacer la pique de la corrida à pied. Ils se terminent par une lame d'acier en forme de poirier, cachée dans du papier coloré, qui a toutefois moins d'efficacité que la pique, et ils ne doivent pas être enfoncés à fond pour ne pas blesser gravement l'animal[3]. Leur nombre varie de un à trois, mais la pose de trois rejons est exceptionnelle. Selon le règlement taurin municipal, article 88, alinéa 5[4], les rejoneadors ne peuvent pas poser plus de trois rejónes de « châtiment » à chaque animal.

« Le deuxième tercio correspond à celui de la muleta du torero à pied, même si le rejoneador place des banderilles à son adversaire. C'est la séquence la plus artistique et la plus brillante »[5]. Le rejoneador pose des banderilles analogues ou plus longues que celles utilisées dans la corrida à pied (jusqu'à 80 cm) ou très « courtes », donc plus difficiles à planter, ou encore les banderilles dite « roses », inventées par Antonio Cañero vers 1921[5], constituées d'une hampe de 20 cm de long et d'un harpon de 8 mm. Selon l'article 88 du règlement taurin municipal, le rejoneador ne peut placer plus de trois banderilles longues, trois courtes ou trois roses s'il intervient seul. S'ils interviennent par paire, selon l'article 88 du même règlement, les rejoneadors peuvent placer quatre banderilles longues, quatre courtes et quatre roses[6].

Comme pour la corrida à pied, le rejoneador peut pratiquer la pose de banderilles de diverses façons : « al quiebro », « de Cara » (en face), « a tira » (de biais), « a garupa » (à la croupe), « por dentro » (par l'intérieur), « à l'étrier », « a media vuelta », et planter les banderilles « à l'étrier », « à selle passée », « à la croupe »[7]. Des peones se tiennent toujours prêts dans l'arène avec des capes, de manière à écarter le taureau en cas d'incident ou pour faire exécuter des passes au taureau afin de combler les temps morts (comme lors des changements de monture).

Le rejoneador, qui utilise en général successivement trois chevaux différents pour affronter un taureau, utilise en général un cheval très agile pour la dernière partie du tercio de banderilles (où il plante les banderilles courtes) et pour le tercio de mort. Au troisième tercio, la mise à mort est effectuée à l’aide du rejón de mort avec lequel le rejoneador estoque le taureau. Le rejón de mort est un javelot de la même taille que le rejón de châtiment, mais il comporte une lame d'épée à double fil, enveloppée de papier coloré, fixée à un court manche que le rejoneador casse d'un coup de poignet une fois la lame plantée.

C'est le président qui décide du moment où le rejoneador peut se servir du rejón de mort. Le matador a alors cinq minutes pour réaliser la mise à mort. Si au bout de ces cinq minutes, le taureau est encore vivant, le cavalier doit descendre en piste et se servir de l'épée comme un matador à pied[8]. Le plus souvent, une fois que le rejoneador a planté avec succès un rejon de mort, il descend tout de suite de son cheval et si le taureau tarde à tomber, il lui donne le coup de grâce avec le descabello, épée spéciale plantée dans le cervelet, également utilisée en cas d'échec de l'estocade dans la corrida à pied. Il tient dans l'autre main une muleta, dont il ne se sert pas afin d'effectuer des passes artistiques, mais uniquement pour esquiver une éventuelle charge du taureau.

La « suerte de matar » (mise à mort du taureau) peut être exécutée de plusieurs manières : « a recibir », « atacando », ou « de poder a poder »[9].

Les chevaux[modifier | modifier le code]

Préparation du paseíllo de rejón

Le cheval lusitanien est le plus utilisé lors de ce spectacle, mais depuis l'après guerre, d’autres races sont apparues : espagnol, arabe, quarter horse, avec des croisements : lusitanien/arabe, anglo-arabe, hispano/arabe hispano/anglo-arabe.

Le rejoneador utilise un cheval par tercio : le cheval du paseíllo, celui du tercio de châtiment, celui du tercio de banderilles, celui du tercio de mort. Et selon l'article 88 du règlement taurin, il est tenu de présenter un cheval de plus qu'il n'y a d'animaux à combattre[6].

La taille moyenne du cheval se situe entre 1,50 et 1,60 m. Les chevaux plus petits ne sont pas assez rapides et les plus grands sont considérés comme maladroits dans de petites arènes. Un bon cheval de rejón doit avoir une arrière main musclée et une bonne bouche, afin de pallier les brusques accélérations et les courts freinages.

Le jeune cheval est débourré[10] vers l'âge de trois ans après une préparation de six mois. Lors de sa première année de dressage, sa bravoure face à un taureau dressé peut être testée. Toutefois, à la fin de certains entraînements, il sera présenté face au caretón (chariot à tête de taureau). Puis les entraînements deviennent du dressage tauromachique, partage entre dressage classique et tauromachie. Enfin il est présenté à des erales, puis des novillos, puis à des taureaux de plus de trois ans, jusqu'au moment où il sort dans une vraie course.

Les taureaux[modifier | modifier le code]

Les castes de taureaux généralement choisies pour la course de rejón, sont celles présentant la capacité à tenir un galop long et soutenu (Ex. : Murube). Les cornes du taureau ne sont pas emboulées, mais le règlement autorise à les épointer pour protéger le cheval[11]. Selon Paul Casanova et Pierre Dupuy, pour diminuer encore le risque couru par le cheval que son long dressage et ses qualités rendent précieux, la plupart des taureaux de rejón ont à peine dépassé le stade de novillos[12].

Actuellement, les cavaliers portugais entraînent d'abord leurs chevaux devant des taureaux châtrés pour leur faire passer leurs frayeurs[13].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Auguste Lafront - Paco Tolosa : « Encyclopédie de la corrida », éditions Prisma, 1950.Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paul Casanova et Pierre Dupuy,« Dictionnaire tauromachique, Jeanne Laffitte, Marseille, 1981, (ISBN 2862760439) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude Popelin, « La Tauromachie», préface de Jean Lacouture et François Zumbiehl, édition augmentée par Yves Harté, Le Seuil, Paris, 1970-1994, (ISBN 2020214334) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, ouvrage collectif sous la direction de Robert Bérard, Bouquins Laffont, Paris, 2003, (ISBN 2221092465) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Delorme, « Initiation à la corrida à cheval », préface de Michel Zuccarelli, Cairn, 2004, (ISBN 2912233569)
  • François Zumbiehl, « Le discours de la corrida », Éditions Verdier, 2008, (ISBN 2864325292)
  • Robert Bérard (dir.), Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, Paris, Bouquins Laffont, (ISBN 2221092465)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bérard 2003, p. 475
  2. Paul Casanova et Pierre Dupuy, « Dictionnaire tauromachique, Jeanne Laffitte, 1981, p. 33 (ISBN 2862760439)
  3. Claude Popelin : « La Tauromachie », Préface de Jean Lacouture et François Zumbiehl, 1e édition 1970. Refondue et augmentée par Yves Harté en 1994, Éditions du Seuil, p.  246 (ISBN 2020214334)
  4. cité par Robert Bérard, Laffont, 2003, p. 989
  5. a et b Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, ouvrage collectif sous la direction de Robert Bérard, Bouquins Laffont, Paris, 2003, p. 237 (ISBN 2221092465).
  6. a et b Cité par Robert Bérard, Laffont 2003, p. 989
  7. Auguste Lafront - Paco Tolosa : « Encyclopédie de la corrida », éditions Prisma, 1950, p. 261
  8. Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, ouvrage collectif sous la direction de Robert Bérard, Bouquins Laffont, Paris, 2003, p. 795
  9. Auguste Lafront - Paco Tolosa : « Encyclopédie de la corrida », éditions Prisma, 1950, p. 262
  10. définition de débourrer
  11. Claude Popelin : « La Tauromachie », Préface de Jean Lacouture et François Zumbiehl, 1re édition 1970. Refondue et augmentée par Yves Harté en 1994, Éditions du Seuil, p.  247 (ISBN 2020214334)
  12. Dictionnaire tauromachique, Jeanne Laffitte, 1981, p. 30
  13. Claude Popelin p. 245

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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