Constante macabre

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André Antibi considère que ce qu'il appelle constante macabre est à l'origine de nombreux échecs scolaires.

La constante macabre est un phénomène qui serait observé lors de la notation d'examens, par lequel la proportion de mauvaises notes serait similaire quel que soit le sujet de l'examen et quel que soit le correcteur, indépendamment de la qualité véritable des réponses données par ceux qui passent l’examen. Le terme a été créé en 1988 par André Antibi[1], chercheur en didactique, qui a publié en 2003 un livre sur le sujet[2] : « Par « Constante macabre », j'entends qu'inconsciemment les enseignants s'arrangent toujours, sous la pression de la société, pour mettre un certain pourcentage de mauvaises notes. Ce pourcentage est la constante macabre[3]. »

Ce phénomène de « sociologie dans l'évaluation » a depuis fait l'objet de plusieurs études, notamment dans le cadre de la sociologie de l'éducation[4],[5].

Cette théorie met l'accent sur le poids excessif qu'aurait la note et surtout la systématisation des mauvaises notes qui pousserait à la sélection par l'échec avec comme conséquence le découragement et l'exclusion de nombreux élèves. Ce phénomène serait potentiellement présent dans le système éducatif français, belge, africain francophone, espagnol et dans celui de l'Amérique latine[6].

Définition[modifier | modifier le code]

La notion de la constante macabre désigne le fait qu'il existerait de manière répandue dans le système éducatif un pourcentage constant de mauvaises notes, quel que soit le niveau véritable des étudiants par rapport aux connaissances réellement requises.

Autrement dit, les notes se répartiraient à peu près en courbe de Gauss[7]: beaucoup de notes moyennes, pas trop mauvaises ou bonnes sans plus, et aux extrémités, quelques très bonnes ou très mauvaises notes. La répartition en courbe de Gauss peut être naturelle, mais le problème ne réside pas dans la variance mais la moyenne, qui sera fréquemment réajustée à une valeur égale ou inférieure à la moitié de la note maximale, sans forcément de corrélation avec le niveau de compétence des étudiants par rapport aux objectifs de connaissance : la moyenne ne serait donc pas fixée de façon absolue par rapport à l'ensemble minimal de connaissances à acquérir sur le sujet mais de façon relative au niveau des autres élèves. Cette standardisation artificielle des notes après l'évaluation de l'ensemble des étudiants, plutôt qu'au cas par cas par rapport à un seuil d'éléments de connaissance à acquérir, se retrouve également dans le concept de test en référence à la norme (en) et de la gradation en curve (en).

Ce concept ne s'adresse pas qu'aux filières élitistes, mais également aux filières généralistes et à tous les niveaux de l'éducation. Cela créerait une sélection relative socialement par rapport aux autres étudiants d'une classe, au lieu d'une sélection absolue, objective par rapport au niveau de connaissances requis.

La constante macabre pourrait être causée par l'environnement sociologique et éducatif (et non pas par la malveillance intrinsèque des enseignants) :

  • La tendance à la sanction dans l'examen plutôt que l'émulation des connaissances. Cela pousserait les examinateurs à créer des tests basés non pas sur les connaissances et compétences acquises mais sur des questions pièges voire des connaissances méta-scolaires (ex. : disponible dans le livre mais non étudié dans le programme ou en cours).
  • La crédibilité de l'examen, de l'enseignant ou de l'établissement vis-à-vis de ses pairs et de la société lorsque le taux de réussite ou les notes sont trop hautes, créant une pression qui pousserait à établir un taux constant d'échec dans le but d'augmenter artificiellement la valeur qualitative perçue des enseignements.

La constante macabre mettrait donc « en échec des élèves de façon artificielle »[8], et aurait potentiellement pour résultat un désengagement scolaire des élèves en situation d'échec[9] par un mécanisme proche de l'impuissance apprise.

Enquêtes et débats[modifier | modifier le code]

En 2006, André Antibi mena une enquête auprès de 1 900 professeurs dans une vingtaine de régions en France, ayant pour résultat que « 95 % des enseignants répondent que « la constante macabre existe », ce qui signifie qu'ils reconnaissent ce pourcentage systématique de mauvaises notes »[10].

En 2009, une autre enquête auprès de 3 020 professeurs montra que 99 % des sondés reconnaissaient l'existence de la constante macabre[11].

En octobre 2011, un débat organisé par la SGEN-CFDT a réuni environ 150 enseignants-chercheurs autour de André Antibi afin de discuter du phénomène de la constante macabre[12],[13].

En automne 2011, un intérêt public commença à émerger à propos de ce phénomène[14],[15],[16].

Le 11 décembre 2014, André Antibi a été invité à présenter ses travaux sur la constante macabre et les différentes expérimentations d'autres systèmes d'évaluation dans le cadre de la Conférence nationale sur l'évaluation[17].

Le Système d'évaluation par contrat de confiance (EPCC)[modifier | modifier le code]

André Antibi a décrit les principaux pièges menant à la constante macabre et proposa un système alternatif d'évaluation évitant la constante macabre et la sanction violente des élèves, intitulé Système d'évaluation par contrat de confiance (EPCC)[18],[19].

Ce système d'évaluation repose sur un principe de coordination entre l'enseignant et ses étudiants, le but étant de construire un climat de confiance afin de rétablir une confiance dans les capacités de réussite de l'élève : « une semaine avant un contrôle, l'enseignant donne le programme de l'examen à l'élève en choisissant une liste d'exercices déjà corrigés en classe. L'élève n'a plus qu'à refaire les exercices le jour du contrôle et il obtient une très bonne note, en ayant "bien appris". »

L'EPCC repose donc fondamentalement sur une nette différenciation de la « phase d'apprentissage », durant laquelle les élèves sont mis face à de nouveaux problèmes les incitant à réfléchir, et la « phase d'évaluation », où ceux-ci doivent seulement restituer les connaissances apprises en un temps limité mais possible et non pas réfléchir à des problèmes nouveaux ou des variations[19].

Les études et expérimentations in situ de la méthode ont prouvé que les élèves bénéficiant de cette méthode avaient le même niveau de réussite aux évaluations nationales[18].

On peut d'ailleurs rapprocher cette méthode d'évaluation avec la méthode de Spaced Learning, méthode se basant sur de récentes découvertes en neurosciences et proposant d'améliorer les capacités d'apprentissage des élèves en déroulant plus rapidement le cours, mais en rajoutant avec un espacement d'une dizaine de minutes deux étapes d'évaluations (une avec des cours à trous, l'autre totalement libre) sans notation[20].

Mouvement Contre La Constante Macabre[modifier | modifier le code]

La MCLCM est une association à but non lucratif initiée par André Antibi avec pour but de lutter contre la pratique de la constante macabre en sensibilisant l'opinion publique.

En mars 2009, le ministère de l'Éducation Nationale a octroyé une subvention à l'association pour lui permettre de poursuivre ses actions.

À la rentrée 2011, le Ministère de l'Éducation Nationale a émis une circulaire initiant un premier pas vers un contrat de confiance dans la notation des élèves en requérant des enseignants qu'ils « veill[ent] particulièrement à ce que les "contrôles" soient annoncés aux élèves et que les points sur lesquels ils porteront aient été travaillés préalablement et soient clairement répertoriés. Ils pourr[ont] également préciser aux élèves quels items de quelle(s) compétence(s) sont visés par chaque évaluation[21]. »

Critiques de la notion[modifier | modifier le code]

En France, de nombreuses critiques ont été formulées à l'encontre de la notion de constante macabre et des solutions qui lui sont proposées.

D'une part, certains estiment que l'EPCC n'apporte rien de nouveau aux pratiques déjà ancrées dans le système éducatif français[22].

D'autre part, la définition de la constante macabre comme étant la répartition en courbe de Gauss des notes est contestée par certains, qui arguent que cette répartition est naturelle puisqu'on peut considérer chaque élève comme une variable iid[23], tandis que d'autres réfutent cette hypothèse, arguant que cette répartition, bien que normale dans la phase d'apprentissage, est nécessairement artificielle dans la phase d'évaluation[19].

Enfin, l'existence en pratique de cette constante est remise en cause puisque, à part les études d'André Antibi, très peu d'autres études indépendantes (voire aucune) n'ont démontré ni infirmé l'existence de cette constante. Il y a donc besoin de davantage de travaux scientifiques et d'études statistiques, notamment, d'une part, pour déterminer quantitativement à quel point la constante macabre est répandue, et, d'autre part, si les prémisses théoriques sont valides et non pas dues à des facteurs extérieurs.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Étude sur l'enseignement de méthodes de démonstration. Enseignement de la notion de limite : réflexions, propositions, André Antibi, 1988, Thèse sous la direction de Pierre Ettinger
  2. La constante macabre, André Antibi, 2003, édition Math'Adore, (ISBN 2-09-899604-7)
  3. constante macabre
  4. Merle P., L'évaluation des élèves : enquête sur le jugement professoral, 1996
  5. Philippe Perrenoud, « La place d'une sociologie de l'évaluation dans l'explication de l'échec scolaire et des inégalités devant l'école », Revue européenne des sciences sociales, t. 23, no 70, Les politiques scolaires des Cantons Romands et du Tessin (1985), p. 177-198
  6. « André Antibi (chercheur en didactique) «Evaluation des élèves : la constante macabre, ça suffit !» », sur LEtudiant.fr,‎ (consulté le 20 janvier 2015)
  7. La « constante macabre », revue Éducation et Devenir, 1989
  8. Interview d'André Antibi par Educpros
  9. Delphine Martinot, « Connaissance de soi et estime de soi : ingrédients pour la réussite scolaire », Revue des sciences de l'éducation, vol. 27, no 3,‎ , p. 483-502 (lire en ligne [PDF])
  10. Depêche AFP
  11. Editorial de Printemps 2009
  12. DNA journal issue of 2011-10-26 (fr)
  13. L'Alsace journal issue of 2011-10-15 (fr)
  14. EducPros journal article of 2011-10-18 (fr)
  15. L'Étudiant journal article about educational assessment biases on 2011-10-18 (fr)
  16. "L’obsession évaluative, une maladie française ?", LeMonde article on 2011-10-20 (fr)
  17. « Éditiorial de André Antibi », sur Mouvement Contre La Constante Macabre,‎ (consulté le 20 janvier 2015)
  18. a et b La lettre d'information de la Conférence des Grandes Écoles (CGE) no 28, avril 2012
  19. a, b et c De la constante macabre à l'évaluation par contrat de confiance, Conférence d’André ANTIBI le mercredi 28 novembre 2012 : notice
  20. Monkseaton High School official guide to Spaced Learning
  21. Circulaire n° 2011-071 du 2-5-2011 (NOR : MENE1111098C, DGESCO A3-1)
  22. Pascale Pombourcq, présidente de l'Association des professeurs de mathématiques, interview "Non à la notion de constante macabre", 29/06/2006
  23. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Neoprofs1.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Antibi, La constante macabre ou comment a-t-on découragé des générations d'élèves, Math'Adore, , 160 p. (ISBN 978-2098996045)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]