Colmar von der Goltz

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Colmar von der Goltz
Colmar von der Goltz
Photographie du maréchal von der Goltz.

Surnom Dünheim, W. von(pseudonyme)
Naissance
Bielkenfeld en province de Prusse-Orientale
Décès (72 ans)
Bagdad
Origine Drapeau de la Prusse Royaume de Prusse
Allégeance Drapeau de la Prusse Royaume de Prusse
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Arme infanterie
génie
Grade Maréchal
Années de service 1861 – 1916
Conflits Guerre austro-prussienne
Guerre franco-allemande de 1870
Première Guerre mondiale
Autres fonctions historien militaire
conseiller militaire dans l'Empire ottoman

Le baron Colmar von der Goltz, surnommé Goltz Pacha () est un maréchal prussien qui fut au service de l'Empire ottoman et de l'Empire allemand, et également historien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naquit dans la Famille von der Goltz, issue de l'antique aristocratie, mais désargentée, dont le domaine se trouvait en province de Prusse-Orientale. Son père, après dix-neuf ans dans l'armée prussienne n'avait pas réussi à dépasser le grade de lieutenant. Il n'eut pas plus de succès dans l'agriculture. Il finit par mourir du choléra, à Dantzig lorsque Colmar von der Goltz avait six ans.

Goltz intégra l'armée prussienne en 1861. Il entra ensuite à l’Académie militaire de Berlin; il la quitta en 1866 pour participer à la guerre contre l'Autriche, et fut blessé à Trautenau. Il joue aussi un rôle de stratège en matière de communication. Il écrit par exemple en à Bismarck pour se plaindre du fait qu'aucun organe de presse ne soutient la cause prussienne[1]. Il devient ainsi un des idéologues de l'Empire allemand : le baron Colmar von der Goltz[2], estime alors qu'il faut « coûte que coûte donner aux entreprises militaires bonne et belle apparence. Ce n'est pas tout d'être fort, il faut paraître avoir raison[3]. » En 1867, il rejoignit la section topographique de l'état-major.

Lors de la Guerre franco-prussienne de 1870[modifier | modifier le code]

Il appartenait à l'état-major du prince Frédéric-Charles de Prusse, commandant la Deuxième Armée lors de la campagne ; il participa à diverses batailles, dont le siège de Metz, à la bataille de Gravelotte puis à celles de la vallée de la Loire.

Après la guerre, il enseigna à l'École militaire de Potsdam et fut attaché à la section historique de l'état-major pour laquelle il écrivit divers ouvrages sur la guerre de 1870, dont une étude sur les armées levées par Gambetta. Cet ouvrage est considéré comme sa principale contribution à l'histoire militaire et fut traduit en français. Il démontra comment, malgré une défaite rapide, la Troisième république réussit à lever une nouvelle armée et à remporter des victoires, il prévoyait qu'il serait difficile de vaincre un tel pays qui pouvait mobiliser sa population pour en faire une armée, il en tira Une nation en armes écrit en 1883.

Conseiller militaire du sultan[modifier | modifier le code]

Après sa défaite contre la Russie en 1878, le sultan ottoman, Abdülhamid II, fit appel à l'Allemagne pour moderniser son armée à travers une mission militaire ainsi qu'à travers la formation des élites militaires dans les écoles. Après ce demi-échec de restructuration de l'armée ottomane[4], von der Goltz fut envoyé en 1883 comme instructeur, puis chef de la mission militaire allemande dans l'Empire ottoman. En l'espace de douze années, il parvint à assurer à l'industrie allemande le quasi-monopole des fournitures d'armement de l'Empire ottoman par toutes sortes de bakchich. Siégeant aux côtés du Grand-Vizir et du Ministre turc des Finances à la Commission des Investissements Militaires, il sut faire bon usage des quelque 30 000 Reichsmark que ses compatriotes lui avaient confié[5]. Lui-même se gardait bien de détourner de l'argent : au fabricant d'armes Ludwig Loewe (de) qui lui proposait de toucher une sous-commission, il aurait répondu : « C'était une bonne idée, mais un officier prussien ne prend pas les pourboires![6]. »

Il fut également nommé directeur général des écoles militaires ottomanes. Ses théories, notamment celles sur la « nation en arme », eurent un impact sur la pensée jeune-turque. Ses réussites lui valurent les titres de Pacha, en 1895 puis Mushir, l'équivalent de maréchal juste avant son retour. L'un de ses principaux succès fut de convaincre le Sultan d'envoyer les officiers turcs en formation en Prusse : par là, il créa pour longtemps une élite germanophile au sein de l’État-major ottoman qui, bien après la prise de pouvoir des Jeunes-Turcs, conserva une influence, comme l'a montré le marché des chars Leopard 1[6],[7] au début des années 1980.

Le général[modifier | modifier le code]

En Allemagne, il reçut le commandement de la 5e division puis en 1898 celui du corps du génie et inspecteur des fortifications. Il fut ensuite commandant du 1er corps d'armée et en 1907 celui de la 6e armée de Berlin. Puis, pendant les manœuvres, il fut promu maréchal, grade qu'il obtint au moment où il prit sa retraite en 1911.

Goltz faillit devenir chancelier impérial : le 7 juillet 1909, l'empereur Guillaume II eut à ce sujet un entretien avec le Chef de Cabinet Rudolf von Valentini (de), mais les deux hommes estimèrent que la mission du général en Turquie, commencée en mai[6] était trop importante pour les intérêts allemands, de sorte que le choix se porta finalement sur Bethmann-Hollweg.

En 1911, von der Goltz fonda le Jungdeutschland-Bund (de), fédération des mouvements de la jeune droite. Son objectif, préparer par le sport et les exercices de plein-air la jeunesse allemande à une possible guerre, trouva un écho considérable dans les sociétés sportives et de gymnastique. Le général von der Goltz et son réseau exhortaient les villes à ouvrir de nouveaux gymnases : l'éducation physique cessait désormais de se cantonner à la gymnastique artistique[8] . La même année, von der Goltz fut décoré de la médaille Pour le Mérite.

Il a laissé d'ailleurs son nom au „parcours v. d. Goltz“ du haras royal prussien de Trakehnen, à l'époque l'un des plus difficiles au monde.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Il fut incorporé à nouveau lors de la Première Guerre mondiale et fut nommé gouverneur militaire de Belgique. On lui attribue la politique très violente de répression de la résistance belge : des otages furent pris dans les villages qui longeaient les voies ferrées et les lignes télégraphiques, une proclamation fut lue prévenant que tout sabotage entrainerait en représailles que des personnes fussent fusillées. Ces actions lui valurent l'admiration d'Adolf Hitler[9].

Commandement dans l'armée ottomane[modifier | modifier le code]

Funérailles du maréchal von der Goltz à Constantinople (1916).

En 1915, par suite d'un désaccord profond avec l'OHL sur la politique d'occupation en Belgique, il prit à nouveau sa retraite et se rendit dans l'Empire ottoman comme conseiller militaire. Là, aux côtés de Sylvester Boettrich (de) et d'autres officiers allemands, il organisa la déportation des populations arméniennes[10],[11]. D'ailleurs, dès 1900, il avait officiellement proposé la déportation d'un demi-million d'Arméniens depuis les confins turco-russes jusqu'en Mésopotamie, et lorsqu'en mars 1915 Enver Pacha lui présenta le décret de déportation, il l'approuva bruyamment, estimant qu'il tenait les Arméniens pour « des trafiquants » (gerissene Händler[12]).

Alors que commençait la campagne de Mésopotamie il fut envoyé pour réorganiser la 5e armée, bloqua l'avance de l'armée commandée par Charles Townshend vers Bagdad et l'encercla lors du siège devant Kut-el-Amara ; puisant dans sa connaissance historique, il organisa le siège comme l'avait fait Jules César à Alésia c'est-à-dire une défense contre les sorties des assiégés et une contre les armées de secours. Il décéda du typhus à Bagdad le 19 avril 1916, quelques jours avant la capitulation de la garnison britannique le , et fut enterré dans les jardins de l'ambassade d'Allemagne à Constantinople (aujourd'hui consulat général à Istanbul).

Écrivain[modifier | modifier le code]

En 1870 et 1914, en tant que référence comme stratège et dans la communauté anglophone il était plus lu que Clausewitz; voici une liste non exhaustive de ses écrits.

  • Feldzug 1870-71. Die Operationen der II. Armee. Berlin, 1873.
  • Angeline. Stuttgart, 1877.
  • Gambetta et ses armées, Paris, Sandoz et Fischbaker, 1877.
    • Leon Gambetta und seine Armee. Berlin, 1877.
  • Napoléon 1 (empereur des Français ; 1769-1821), Bois major à l'état-major général trad. **Militärische Schriften von Napoleon I, Berlin, F. Schneider, 1881.
  • Rosbach et Iéna, recherches sur l'état physique et intellectuel de l'armée prussienne pendant l'époque de transition du XVIIIe au XIXe siècle, Commandant Pierre-Eugène Chabert trad. , Paris, W. Hinrichsen, 1890.
    • Rossbach und Jena. Studien über die Zustände und das geistige Leben der preußischen Armee während der Uebergangszeit von XVIII. zum XIX. Jahrhundert. Berlin, 1883.
  • La Nation armée, capitaine Henri Monet trad, Paris, 1891.
    • Das Volk in Waffen, ein Buch über Heerwesen und Kriegführung unserer Zeit. Berlin, 1883.
  • Ein Ausflug nach Macedonien. Berlin, 1894.
  • De la Conduite de la guerre, exposé succinct de ses principes et moyens d'exécution., Paris, L. Westhausser, 1896. Aussi chez Hachette 1978.
    • Kriegführung. Kurze Lehre ihrer wichtigsten Grundsätze und Formen. Berlin, 1895.
  • Anatolische Ausflüge, Reisebilder von Colmar Freiherr v. d. Goltz; mit 37 Bildern und 18 Karten. Berlin, 1896.
  • Krieg- und Heerführung. Berlin, 1901.
  • Von Rossbach bis Jena und Auerstedt; ein Beitrag zur Geschichte des preussischen Heeres. Berlin, 1906.
  • Von Jena bis Pr Eylau, des alten preussischen Heeres Schmach und Ehrenrettung; eine kriegsgeschichtliche Studie von Colmar Frhr. v. d. Goltz. Berlin, 1907.
  • Jung-Deutschland; ein Beitrag zur Frage der Jugendpflege. Berlin, 1911.
  • La Défaite de la Jeune Turquie et la possibilité de son relèvement. Gaston Thierry trad. , Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1913.
  • Kriegsgeschichte Deutschlands im neunzehnten Jahrhundert. Berlin, 1910-1912.
  • 1813; Blücher und Bonaparte, von Feldmarschall Frhn. v. d. Goltz.. Stuttgart and Berlin, 1913.

Postérité[modifier | modifier le code]

Son village natal fut renommé Goltzhausen, il s'agit actuellement d'Ivanovka près de Polessk situé aujourd'hui dans l'enclave de Kaliningrad.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Liens[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Le compromis austro-hongrois et l'opinion publique française en 1867", par André Lorant, page 16 [1]
  2. Lefébure 1992, p. 143
  3. La Paix armée par Colmar von der Goltz (1869), cité par Lefébure 1992, p. 143
  4. Cf. l'autobiographie du général autrichien Joseph Pomiankovski, Der Zusammenbruch des Ottomanischen Reiches : Erinnerungen an die Türkei aus der Zeit des Weltkrieges, Vienne, Amalthea, , p. 32.
  5. Alan Palmer, The Decline and Fall of the Ottoman Empire, Londres, Faber and Faber, , 332 p. (ISBN 0571278132), p. 319.
  6. a b et c Nikolaus Brauns, Die deutsch-türkischen Beziehungen vor dem Ersten Weltkrieg 1914, Institut für Neuere Geschichte de l'Université de Münich, hiver 1996-97, Mémoire de maîtrise, « 5.3.2 ».
  7. Otto Liman von Sanders, Fünf Jahre Türkei, Berlin, Scherl, , p. 247.
  8. Arnd Krüger, R. Dithmar et J. Willer, Schule zwischen Kaiserreich und Faschismus, Darmstadt, Wiss. Buchgesellschaft, (ISBN 3-534-08537-X), « Gesinnungsbildung durch Turnunterricht oder "Pro patria est dum ludere videmur », p. 102–122.
  9. Hugh Trevor-Roper, Hitler's Secret Conversations : His Private Thoughts and Plans in his Own Words, 1941–1944, New York, Farrar, Straus et Young,, (OCLC 8000364), p. 26
  10. Rolf Hosfeld: Die Türkei, Deutschland und der Völkermord an den Armeniern. Qantara.de. 6. Oktober 2005. Abgerufen am 23. September 2013.
  11. Julius H. Schoeps, « Männer, Frauen, Kinder – „Der Armenier ist wie der Jude“: Erinnerung an den Völkermord von 1915 », Die Welt,‎ (lire en ligne).
  12. Jürgen Gottschlich, Beihilfe zum Völkermord. Deutschlands Rolle bei der Vernichtung der Armenier., Berlin, Links, (ISBN 978-3-86153-817-2), p. 136.