Charles Toutain (poète)

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Charles Toustain
Biographie
Naissance
Activité

Charles Toutain, sieur de La Mazurie (ou de La Mazière) ou Charles Toustain, est un poète français de la Renaissance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les dates de naissance et de mort de Charles Toutain ne sont pas connues avec précision. Les dates proposées sont 1536 et 1590[1]. Il est né à Falaise[2]. Il a étudié le droit à Poitiers[3]. Il devient lieutenant général de la vicomté de Falaise[1].

Poète normand, Charles Toutain est l'élève de Marc-Antoine Muret. Il était lié au groupe de Poitiers (Jean Vauquelin de La Fresnaye[note 1] et Jean-Antoine de Baïf[note 2])[6].

En 1562, lors du sac de l'église Saint-Étienne de Caen et du tombeau de Guillaume le Conquérant par les protestants, Charles Toutain aurait sauvé de la destruction un fémur de Guillaume[7],[8],[9].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Tragédie d'Agamemnon, avec deux livres de chants de philosophie et d'amour, Paris, Martin le Jeune, 1557 (adaptation en cinq actes et en vers de l'Agamemnon de Sénèque) [lire en ligne]
  • Le Mortgage de Normandie soubs le déguisement des ventes, 1577 lire en ligne sur Gallica
  • Les Martiales du Roy au chasteau d'Alaiz, Martin le Jeune, 1581 lire en ligne sur Gallica
  • Lunae luces et labores a Sapientia Deo coevacoeva antequam mundus crearetur, 1584[note 3]

Œuvre perdue[modifier | modifier le code]

  • Guillaume le Conquérant, 1556[11]

Éditions modernes[modifier | modifier le code]

  • La Tragédie d'Agamemnon, éd. critique par Trevor Peach, Exeter, University of Exeter, coll. « Textes littéraires », 1988
  • La tragédie à l'époque d'Henri II et de Charles IX, vol. I (1550-1561) : Charles Toutain, Agamennon, édité et présenté par Michel Dassonville, Casa Editrice Leo S. Olschki s.r.l., 1986, p. 175-236

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Secret, « De quelques courants prophétiques et religieux sous le règne de Henri III », in Revue de l'histoire des religions, 1967, vol. 172, no  172-1, p. 1-32
  • Louise Frappier, « Traduire, imiter et réécrire Agamemnon à la Renaissance : Les tragédies de Charles Toutain (1556), Roland Brisset (1589) et Pierre Matthieu (1589) », Renaissance et Réforme, vol. 40, no 3,‎ , p. 265-282

Citation[modifier | modifier le code]

Tout à coup Phoebus fait silence.
Dessus sa face une pâleur,
Sur son corps une peur s’élance
Qui lui ternit toute couleur.
Son crin et molle chevelure
Horriblement se dresse en haut.
Son coeur d’un enfermé murmure
Tout battu de sanglots tressaut.
Or ses yeux inconstants tournoient,
Tantôt sont tournés à l’envers
Qui, cruels, derechef flamboient,
Tantôt aux cieux les tient ouverts,
Haussant sa tête outre-coutume
Démarche largement ses pas,
Tantôt son ire qui s’allume
Dedans ses flancs veut mettre bas,
Tantôt cette folle naïade
Veut ses paroles retenir,
Qu’elle, par sa fureur malade,
Ne peut malgré soi contenir.[12]

Cité par[modifier | modifier le code]

Jean Vauquelin de La Fresnaye, « Épitaphe de Ch. Toutain » (Les diverses poésies de Jean Vauquelin, sieur de La Fresnaie, t. 2, publiées et annotées par Julien Travers, impr. de F. Le Blanc-Hardel (Caen), 1869-1870, p. 668) :

Par ses beaux vers Toûtain fçauant
Plaisoit aux Mufes en viuant :
Par ses bons mots qu'il fçauoit dire,
Ceux de Falaife il faisoit rire:
Pour ses beaux vers le saint troupeau
Donne des fleurs à fon tombeau.
Mais ceux de Falaise marris,
Pour ses bons mots & ioyeux ris
Luy donnent des larmes cuisantes,
Et s'elles ne font suffisantes,
Ils requerent Ante & Creffi[note 4]
De luy donner les leurs aussi.

Gustave Le Vavasseur, Poésies fugitives :

De vieux amis d’ailleurs il n’a point pénurie :
Le fidèle Toutain, sieur de la Mazurie,
Gentilhomme de nom, poète de renom,
Redit les vers géants de son Agamemnon ;
À la rime française il tâche de soumettre
Tantôt le vers phaleuce et tantôt l’hexamètre ;
Puis ils s’en vont tous deux, Toutain et Vauquelin,
Près de l’Orne, évoquant le souvenir du Clain,
Donner, houlette en main, à toute la contrée,
Au bois de Philérème, un avant-goût d’Astrée.
Anne de Bourgueville, en femme qu’elle était,
Grondait, baissait parfois les yeux, mais écoutait.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Toutain a publié un poème de Vauquelin à la fin de sa Tragédie d'Agamemnon[4]
  2. Toutain a dédié à Baïf un poème, le Chant VI, de ses Chants d'amour qui ont été publiés avec sa Tragédie d'Agamemnon[5]
  3. signé Hortus coeli sanat, que l'on suppose être l'anagramme de Charles Toutain[10]
  4. Il s'agite de Martigny-sur-l'Ante et de Cressy

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Gillian Jondorf, French Renaissance Tragedy: The Dramatic Word, Cambridge University Press, 2006, p. 160
  2. Olivier de Lagarde, Les noms de famille en Normandie, Archives & Culture, 1998, p. 197
  3. Jérôme baron Pichon, Notices biographiques et littéraires sur la vie et les ouvrages de Jean Vauquelin de la Fresnaye et Nicolas Vauquelin des Yveteaux, gentilshommes et poètes normands, 1536-1649, Techener, 1846, p. 1
  4. lire
  5. lire
  6. Frappier.
  7. Paul German, Histoire de Falaise, C. Corlet, 1993, p. 182
  8. Statistique de l'arrondissement de Falaise, t. 1, Falaise, Brée aîné, 1826-1829, p. 114 lire en ligne sur Gallica
  9. Jean Dastugue, « Le fémur de Guillaume le Conquérant. Étude anthropologique », Annales de Normandie, vol.37, n°1, 1987, p. 5-10
  10. François Secret, « De quelques courants prophétiques et religieux sous le règne de Henri III », Revue de l'histoire des religions, vol. 172, n° 1, 1967), p. 14
  11. Trevor Peach, « Une tragédie perdue: Guillaume le Conquérant (?) de Charles Toutain (1556?) », Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, t. 52, n° 1, 1990, p. 105-107
  12. cité in Samuel Junod, « La théâtralisation du prophète dans les tragédies françaises de
    la Renaissance », La littérature tragique du XVIe siècle en France, vol. 44, n° 2, 2008, p. 58

Liens internes[modifier | modifier le code]