Brigitte Lainé

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Brigitte Lainé, née le à Paris et morte le , est une archiviste et historienne de l'art française.

Elle est également connue pour avoir témoigné lors du procès opposant l'homme politique Maurice Papon à l'historien Jean-Luc Einaudi.

Formation[modifier | modifier le code]

Brigitte Lainé est titulaire du diplôme d'archiviste paléographe, obtenu à l'École nationale des chartes en 1966 avec une thèse portant sur La vie économique et sociale à Collioure de 1360 à 1490[1].

Carrière[modifier | modifier le code]

À sa sortie de l'École des chartes en 1966, elle est nommée directrice des services d'archives de la Vendée[2], puis elle est mutée aux Archives départementales de la Seine-Maritime en 1972 avant d'être nommée conservatrice aux Archives de Paris en 1977[1] où elle fait le reste de sa carrière jusqu'à son départ en retraite en 2008.

En plus de ses articles[3], elle publie en 2006 au nom des Archives de Paris un livre portant sur Le conseil de prud'hommes du département de la Seine, 1844-1940[4]. Brigitte Lainé est aussi co-autrice en 2006 d'un livre portant sur Le Chapitre de la basilique de Saint-Denis 1806-1895. Elle publie également en 2011 un Guide des sources judiciaires. Les juridictions ordinaires et d’exception du département de la Seine puis du département de Paris et des départements du ressort de la cour d’appel de Paris. Fonds 1790-2010, qui sera récompensé du Prix Berger de l’Académie des inscriptions et belles-lettres[3].

Affaire Grand-Lainé[modifier | modifier le code]

Procès en diffamation de Jean-Luc Einaudi[modifier | modifier le code]

En 1999, l'homme politique Maurice Papon poursuit en diffamation l'historien Jean-Luc Einaudi. Celui-ci affirme en effet au sujet des répressions policières du 17 octobre 1961 qu'il s'agit d'«un massacre» perpétré «par des forces de police agissant sur ordre de Maurice Papon»[5]. Pour sa défense, Jean-Luc Einaudi a besoin de prouver sa thèse à l'aide des archives de la ville de Paris dont l'accès à ces archives lui a été refusé. Brigitte Lainé accepte alors d'intervenir en tant que témoin au procès, afin d'appuyer la thèse de Jean-Luc Einaudi par les observations qu'elle a pu faire au sein des archives de Paris. Son collègue Philippe Grand rédige également un écrit destiné au tribunal appuyant la thèse de Jean-Luc Einaudi. Ces deux témoignages permettent à l'historien de gagner son procès[2],[6].

Menaces de sanctions et retrait des attributions[modifier | modifier le code]

En raison de leurs témoignages, Brigitte Lainé et Philippe Grand sont menacés de sanctions, pénales pour violation du secret professionnel et disciplinaires pour manquement au devoir de réserve. Le risque de sanction pénale est rapidement écarté en raison du fait qu'un témoignage devant un magistrat exonère de toute obligation de secret[7]. Suite à un article[8] du journal Libération au sujet de cette affaire, de nombreux chercheurs étrangers ayant travaillé avec Brigitte Lainé signent un appel dans ce même journal pour protester contre les menaces de sanctions qu'elle encourt et pour réclamer que «Brigitte Lainé reçoive des Archives de France non des brimades mais des louanges» pour son témoignage devant le tribunal qui «relève [...] de sa conscience professionnelle»[9].

Une demande de blâme à l'encontre des deux archivistes est cependant transmise au ministère de la Culture[7]. Aucune suite n'est donnée à cette demande, mais le ministère n'intervient pas non plus lorsque le directeur des Archives de Paris, François Gasnault, retire aux archivistes leurs attributions[7].

Réhabilitation[modifier | modifier le code]

Cette situation restera inchangée jusqu'en 2001, date à laquelle elle dépose une requête devant le tribunal administratif de Paris pour contester la décision de sa direction. Dans le même temps, à l'initiative du groupe Les Verts, le conseil de Paris demande que les deux archivistes retrouvent leurs attributions[7]. En 2003, le tribunal administratif de Paris donne raison à Brigitte Lainé, en déclarant que ses attributions lui avaient été retirées «irrégulièrement par le département de Paris»[10] et en qualifiant la décision du directeur des Archives de Paris de «sanction disciplinaire déguisée»[7]. Cependant le jugement administratif n'est pas appliqué et le maire de Paris est condamné le 4 mars 2004 à lui verser une astreinte de 100 euros par jour si le jugement n'est pas exécuté[11]. En septembre 2005, elle retrouve enfin ses attributions, mais sans réhabilitation professionnelle[11].

Mort[modifier | modifier le code]

Lors de sa mort en novembre 2018 des suites d'une longue maladie[12], les Archives de Paris soulignent « Son esprit d’indépendance et de liberté, sa conscience politique, l’amènent parfois à tenir des positions lourdes de conséquences, mais qu’elle assume entièrement. Quoi qu’il en soit, après heurs et malheurs, l’héritage qu’elle laisse aux Archives de Paris est colossal et mérite d’être rappelé et honoré »[3] tandis que l'École des chartes passe sous silence sa fonction de témoin lors du procès qui a opposé Maurice Papon à l'historien Jean-Luc Einaudi[11].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Elle est faite chevalier de la Légion d'honneur le 14 juillet 2015 [13]. Brigitte Lainé a également reçu le Prix Berger de l’Académie des inscriptions et belles-lettres pour son Guide des sources judiciaires du département de la Seine puis du département de Paris[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Décès de Brigitte Lainé (prom. 1966) », École nationale des chartes,‎ (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2018)
  2. a et b Fabrice Riceputi, « Brigitte Lainé ou l’honneur des archivistes français », sur Histoire coloniale et postcoloniale, (consulté le 10 novembre 2018)
  3. a b c et d « Décès de Brigitte Lainé, conservateur en chef honoraire aux Archives de Paris », sur Archives de Paris, (consulté le 10 novembre 2018)
  4. Archives de Paris et Brigitte Lainé, Le conseil de prud'hommes du département de la Seine, 1844-1940 (1762-1971), vol. 1, , 210 p. (ISBN 2-86075-010-X)
  5. Françoise-Marie Santucci, « Une archiviste en disgrâce pour avoir éclairé la vérité. », Libération,‎ (lire en ligne)
  6. Benoît Lagarrigue, « Brigitte Lainé : bannie à cause de Papon », sur Le Journal de Saint-Denis (JSD), (consulté le 10 novembre 2018)
  7. a b c d et e Jean-Pierre Thibaudat, « L'honneur retrouvé des deux archivistes », Libération,‎ (lire en ligne)
  8. liberation.fr
  9. « Appel. Soutenons Brigitte Lainé. », Libération,‎ (lire en ligne)
  10. « Les archivistes qui avaient témoigné contre Papon seront réhabilités », La Croix,‎ (lire en ligne)
  11. a b et c Clémence Jost, « Brigitte Lainé : l'archiviste qui dérangeait Papon dérange-t-elle encore après sa mort ? », Archimag,‎ (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2018)
  12. Françoise Bouleau Koca et Georges Khamis, « Notre amie Brigitte Lainé vient de nous quitter », sur Diocèse de Saint Denis en France, (consulté le 10 novembre 2018)
  13. « Culture : les décoré(e)s de la Légion d’honneur du 14 juillet 2015 », sur Louvre pour tou·te·s, (consulté le 10 novembre 2018)

Liens externes[modifier | modifier le code]