Baiyue
Les noms Yue ou Baiyue désignent un peuple de l'antiquité mentionné au Sud-Est de l'actuelle Chine et au Nord de l'actuel Viêt Nam, présent sur deux millénaires (entre -1000 à +1000).
Nom
[modifier | modifier le code]En chinois : 越 ; pinyin : et en vietnamien : Baiyue (chinois : 百越 ; pinyin : ; litt. « cent Yue ») peut signifier « 100 Yue » mais aussi faire référence à des cultivateurs de tubercules plutôt qu'au nombre 100[1]. Il en est de même en vietnamien : Bách Việt et chinois archaïque : p.rak wat [1]. Le terme Baiyue est composé de deux caractères (百, ), qui fait référence aujourd'hui à « 100 », mais qui pourrait être un phonogramme faisant référence au taro ou plus généralement des tubercules, que ces peuples cultivaient[1].
Le terme de yue (越, ) fait référence à une hache de bronze pédiforme que ceux-ci étaient connus pour utiliser, via la présence du caractère notamment en raison de la clé 戉, , mais il s'agit également probablement d'une transcription phonétique du terme, prononcé en chinois médiéval, hjwot et en chinois archaïque *wjat [*wat], qui est à chercher dans leur langue. Il pourrait s'agir d'une notion de territoire, d'encerclement, que l'on retrouve dans le proto-khmer *wat. Il est possible que ce terme soit entré dans la langue khmère depuis le chinois, au plus tard au VIe siècle[1].
Histoire
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Ils ont subi une défaite lors de la campagne de la dynastie Qin contre les tribus Yue en -214 avant notre ère, sous le règne de Qin Shi Huang, mettant fin à l'État de Yue (越国 / 越國, XIe siècle av. J.-C. – -223), situé sur les actuelles provinces du Jiangsu, Zhejiang et municipalité de Shanghai.
Le Minyue (闽越 / 閩越, -334 – -111) situé sur l'actuelle province du Fujian Le royaume de Nanyue (南越, -206 — -111) fondé par le général chinois Zhao Tuo, après la chute de l'Empereur Qin Shi Huang.
Langue
[modifier | modifier le code]La langue autrefois parlée par les peuples yue est appelée le yue ancien. Il s'agit d'une langue non classifiée décrite depuis la dynastie des Zhou de l'Est, parlée au sud du Yangtsé et sur la côte. Seuls quelques éléments de cette langue sont parvenus à la postérité tels que des emprunts dans les langues chinoises du sud (cantonais, min) et la retranscription en sinogrammes d'une chanson appelée La chanson du canotier yue datée de -528.
Plusieurs théories concernant la classification du yue ancien ont été élaborées, classant cette langue parmi les langues taï-kadaï, austroasiatiques ou hmong-mien.
La chanson du canotier yue
[modifier | modifier le code]La chanson du canotier yue est le seul texte partiellement conservé en langue yue ancienne. Il s'agit d'une chanson qui apparaît dans le Shànshuō (善說) du Jardin des Contes. Il s'agirait d'une chanson qu'un ministre de l'État de Chu a chanté à son amant, après l'avoir apprise du prince de E. Ce dernier en barque dans les territoires yue a attendu son canotier chantonner cette chanson et lui a demandé de traduire[2],[3].
| Retranscription originale en yue | Translittération latine du vieux chinois (Zhengzhang) | Traduction en chinois | Pinyin | Traduction en français |
|---|---|---|---|---|
| 濫兮抃草
濫予昌枑 澤予昌州 州𩜱州焉乎秦胥胥 縵予乎昭澶秦踰 滲惿隨河湖 |
*ɡ·raːms ɦee brons *sʰuːʔ *ɡ·raːms,
*laʔ *tʰjaŋ *ɡaːs *rlaːɡ *laʔ *tʰjaŋ *tju, *tju khaamʔ *tju jen *ɢaː *zin *sŋa *sŋa, moons la *ɢaː *tjew daans *zin *lo, *srums *djeʔ sɦloi *ɡaːl gaa |
|
Jīn wǎn rúhé, zhǐ zài hézhōng mànyóu.
Jīn wǎn rúhé, néng yǔ wángzǐ tóngzhōu. Chéngméng hòu'ài, wèicéng xián wǒ cūbǐ. Xīnxù fēnluàn, yǒuxìng jiéshì wángzǐ. Shānshàng shùmù zhīyā zhǎng, xīn'ài wángzǐ què bùzhī |
Quelle belle nuit que celle de ce soir,
Nous ramons sur la rivière, Je partage un bateau avec mon beau prince, Dont la gentillesse me rend timide, Je ne crains pas les médisances, Je ne pense qu'à mon prince, Il y a des arbres sur la montagne qui ont des branches, J'aime mon prince qui ne le sait pas. |
Tentatives de classification
[modifier | modifier le code]Le vocabulaire du yue ancien est mal connu car il apparaît dans des sources secondaires, modifié par la prononciation des sinogrammes et ayant évolué phonologiquement en tant qu'emprunt dans les langues chinoises méridionales. Les reconstructions du proto-taï-kadaï proviennent des travaux de Pittayaporn (2009).
| Sinogramme | Prononciation en chinois ancien
(Baxter-Sagart) |
Prononciation en chinois ancien
(Zhengzhang) |
Signification en yue ancien | Potentiel cognat |
|---|---|---|---|---|
| 濫 | *ɡ·raːms | Soir | *ɣamᴮ en proto-taï-kadaï (soir) | |
| 予 | *laʔ | *laʔ | Je | *rawᴬ en proto-taï-kadaï (je, nous) |
| 草 | *[tsʰ]ˤuʔ | *sʰuːʔ | Rencontrer | เจอ (jəə) en thaï (rencontrer) |
| 州 | *tu | *tju | Ramer | *tʃ-r-ɛːw en proto-viet (ramer) |
| 𩜱 | khaamʔ | Croiser | *χaːmꟲ en proto-taï-kadaï (croiser) | |
| 乎 | *ɢˤa | *ɢaː | Déposer | *ʰwaːkᴰ en proto-taï-kadaï (mettre) |
| 昭 | *taw | *tjew | Prince | *ɕɤwꟲ en proto-taï-kadaï (chef, maître) lui-même dérivé du chinois moyen 主 tsyuX |
| 踰 | *lo | *lo | Savoir | *rɯːwꟲ en proto-taï-kadaï (savoir) |
| 河 | *[C.ɡ]ˤaj | *ɡaːl | Chercher | *kraᴬ en proto-taï-kadaï (chercher) |
| 滲 | *srums | Cacher | ซ่อน (sɔ̂ɔn) en thaï, ຊ່ອນ (sǭn) en lao (cacher) | |
| 惿 | *[d]eʔ | *djeʔ | Coeur | *cɤɰᴬ en proto-taï-kadaï (coeur) |
| 餘 | *la | *la | Champ | *naːᴬ en proto-taï-kadaï (champ) |
| 句 | *[k](r)o-s | *kos | Être humain | *ɢwɯnᴬ en proto-taï-kadaï (personne, être humain) |
| 訬 | *sm̥ʰreːw, *mewʔ | Léger | ||
| 芈 | *meʔ | Ours (nom dynastique de l'État de Chu) | *ʰmwɯjᴬ en proto-taï-kadaï (ours) | |
| 䵣 | /*tˤan-s/ | *taːns | Noir (nom du Roi Xiong Dan) | *C̥.damᴬ en proto-taï-kadaï (noir) |
Voir également
[modifier | modifier le code]- Âu Lạc
- Minyue
- Nanyue
- Shanyue
- Campagne de la dynastie Qin contre les tribus Yue
- Expansion vers le sud de la dynastie Han
Annexes
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- Ferlus 2011.
- ↑ (en) David Hawkes, Classical, Modern, and Humane: Essays in Chinese Literature, Chinese University Press, (ISBN 978-962-201-354-4, lire en ligne)
- ↑ (en) Mark Stevenson et Cuncun Wu, Homoeroticism in Imperial China: A Sourcebook, Routledge, (ISBN 978-0-415-55144-1, lire en ligne)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Michel Ferlus, Les Bǎiyuè 百越, ou les “pays des (horticulteurs/mangeurs de) tubercules”, Paris, (lire en ligne) 24e Journées de Linguistique de l’Asie Orientale - CRLAO - Centre de Recherches Linguistiques sur l'Asie Orientale