Bête immonde

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Destroy this mad brute: Enlist — Affiche de recrutement américaine (Harry R. Hopps, 1917)
Affiche de recrutement éditée en 1917 par Harry Ryle Hopps représentant l'Allemagne en tant que gorille envahissant les États-Unis après avoir conquis l'Europe.

La locution « bête immonde » est une métaphore souvent utilisée pour désigner le nazisme, le fascisme, le racisme, l'antisémitisme ou d'autres idéologies associées à l'extrême droite[1],[2],[3].

Source de l'expression[modifier | modifier le code]

On attribue souvent l'origine de l'expression « bête immonde » à une réplique de l'épilogue de la pièce La Résistible Ascension d'Arturo Ui (satire de l'ascension d'Adolf Hitler) écrite par Bertolt Brecht en 1941 :

« Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde. »

Mais le texte original de Brecht (en allemand : « Der Schoß ist fruchtbar noch, aus dem das kroch » ; littéralement : « L'utérus est encore fertile d'où ça a rampé ») n'utilise pas cette métaphore (le nazisme, en l'espèce, est seulement désigné par le pronom neutre allemand « das », signifiant « ça, cela »). Celle-ci fut introduite par le traducteur américain Hoffman Reynold Hays dans la traduction de la pièce qu'il effectua en huit jours en 1941, alors que Brecht, immigré aux États-Unis, tentait sans succès, de faire monter sa pièce à New York[4]. La formule de Hays : « The womb is still fertile hence arose the foul beast » a été calquée à l'identique dans la traduction française d'Armand Jacob en 1961 [Note 1].

Jean Ruffet traduit par « bête immonde » le terme allemand de « Bestie » dans la Lettre du Harz de Joseph Roth, chronique publiée le 14 décembre 1930 dans le Frankfurter Zeitung :

« De la face énergique du dictateur welche au regard noblement tourné vers le nord et au menton qui fait songer à un casque d'acier renversé, à la figure d'un Adolf Hitler dont les grimaces ont devancé celle de ses électeurs et où chaque partisan peut constater, comme dans un miroir, que tout est déjà là : les Dinter et les Lauff [Note 2], la bête immonde et son âme, le doré sur tranche et le filet de sang[5]. »

Influence culturelle[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le verbe allemand « kriechen » (ramper, se traîner) de Brecht est devenu l'anglais spring (sauter, naître, surgir) puis le français « surgir ».
  2. Artur Dinter et Joseph von Lauff (de) étaient deux écrivains antisémites de l'époque ; le premier fut député du NSDAP en 1934.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « À rebrousse poil », Audrey Pulvar, France Inter, 13 septembre 2010.
  2. « Chronique d’un orphéon médiatique », Edgar Roskis, Le Monde diplomatique, juin 2002.
  3. Revue de presse internationale, Cécile de Kervasdoué, France Culture, 19 mai 2006.
  4. (en) John Willett et Ralph Manheim, Introduction to Brecht, pp. 7–20, 1981.
  5. Joseph Roth (trad. Jean Ruffet), Croquis de voyage, Éditions du Seuil, (ISBN 978-2-02-033030-5), p. 54-55.
  6. Aline Joubert, « Du groupuscule au grand parti politique : analyse des premières percées électorales du Front national, des élections municipales à Dreux en 1983 aux élections européennes en 1984 » [PDF], SciencePo Rennes, 2013-2014 (consulté le 21 mars 2018), p. 52.
  7. [1] Dominique Vidal, Libertalia (éditions), 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]