Arpent

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L'arpent (prononcé en français : [aʁpɑ̃]) est une ancienne unité de mesure de longueur et de surface agraire. Variant selon le pays et l'époque, elle est restée en usage au Québec et dans certains états américains, qui jadis appartenaient à la Louisiane française ou à l'empire espagnol.

Notons que, dans l'usage contemporain, c'est seulement par adjonction du mot « carré », que l'arpent peut avec rigueur signifier une unité de mesure de superficie.

L'arpentage est l'action de mesurer la superficie des terres par arpent et, par extension, par toute autre mesure agraire.


Origine du mot[modifier | modifier le code]

Le terme arpent est attesté en ancien français vers 1080.

Il dérive du gaulois : *are-penno signifie initialement « extrémité, bout », mais finit par désigner une surface. Il pourrait également indiquer la distance de portée d'une flèche. Cet étymon est un des rares mots gaulois continué dans le français standard.

Il a donné en latin classique arapenne(m) ou arepenne(m). On trouve chez l'auteur Columelle la forme arepennis. L'acception est une pièce unitaire de terre labourable valant la moitié d'un jugère.

Mais le gaulois a aussi influencé le latin populaire ou vulgaire, arepende ou arependis. Ces formes engendrent arpent en vieux français.

Arpentage et arpenter n'apparaissent respectivement en français qu'au XIIIe siècle et XIVe siècle.

Unité de longueur[modifier | modifier le code]

France de l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

En France, un arpent valait 10 perches d'arpent, soit 220 pieds du Roi, ce qui équivaut à 71,46 mètres ; c'est « l'arpent des arpenteurs ».

Localement, on pouvait aussi utiliser un arpent de 10 perches ordinaires soit 200 pieds du Roi, ce qui équivaut à 64,97 mètres.

Nouvelle-France pendant la période coloniale[modifier | modifier le code]

En Nouvelle-France, les étalons de mesure de la Coutume de Paris furent adoptées dès 1634, avec l'arrivée au pays de Jean Bourdon, ingénieur et arpenteur dont les services avaient été retenus par la Compagnie des Cent-Associés. Il écrit en 1635 : « Et d'autant qu'il est nécessaire d'avoir une mesure dans le dit pays pour arpenter, on a jugé à propos de prendre celle de Paris que font dix-huit pieds pour perche et cent perches pour arpans à ce que l'avenir toutes choses soient réglées également. » Dès lors, il faut compter « cent perches pour arpent à dix-huit pieds (français) pour perche ». Ce système de mesure prévaut avant même que l'Édit royal de 1664 en fasse une loi[1].

Amérique du Nord aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Étalon officiel de l'arpent utilisé au Québec : 1 arpent vaut 180 pieds français soit environ 191,84 pieds anglais ou 58,47 mètres[2]

Unité de superficie[modifier | modifier le code]

Tout comme l'acre (de l'allemand Acker), l'arpent (carré) est employé pour faire des relevés de terrain agricole. La paysannerie lui préféraient d'autres termes concrets précisément synonymes, ou adapté au labeur local, par couple ou moitié. Quelques exemples : champ (cultivé), lanière ou parcelle, planche ou planchette, pré ou hyère (en prairie irriguée), pradelle ou pratelle, fauchée ou soiture, jugère ou journal de bœuf, journal, jour ou journée (de travail, de plantation, de fauche ou de labour).

Gaule du Bas-Empire[modifier | modifier le code]

Le poète du IVe siècle Ausone, né à Burdigala du Bas-Empire romain, aujourd'hui Bordeaux, aussi professeur puis homme public ayant exercé la fonction de précepteur de Gratien, puis de questeur du palais et préfet du prétoire des Gaules à Trèves sous le gouvernement de son ancien élève, signale avec nostalgie dans son poème dédié à la Mosella le petit héritage paternel de deux cents arpents de labours et cent arpents de vigne. Mais archéologues et historiens suggèrent que dans l'actuel vignoble bordelais, entre Langon et La Réole, le puissant conseiller politique avait acquis en complément six ou sept domaines ou villæ, représentant au minimum 250 ha[3].

France de l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

L'arpent mesurait toujours 100 perches carrées, quelle que soit la longueur de la perche utilisée. L'unité toujours respectée sur le terroir variait selon les contrées agraires. La surface plus ou moins plane oscille d'une dizaine à une cinquantaine d'ares, selon les terroirs et la nature des terrains, les modes et les moyens de cultures. Ainsi le jour s'est normalisé tardivement en Lorraine montagneuse à 20 ares (2 000 m2).

En France, les arpenteurs utilisèrent généralement la perche de 22 pieds du Roi, dite « des eaux et forêts » ; d'où l'acre français valant 5 107,2 m2.

Localement, on pouvait aussi utiliser la « perche ordinaire » de 20 pieds du Roi, avec un acre (ou arpent carré) de 40 000 pieds du Roi carrés soit 4 220,8 m2.

Nouvelle-France pendant la période coloniale[modifier | modifier le code]

En Nouvelle-France, on préférait comme unité « la perche du Roi » de 180 pieds. Ceci donne un acre de 32 400 pieds du Roi carrés.

Les colons français au XVIIIe siècle se répartissaient les terres par parcelles, longues et étroites, le long des cours d'eau principaux, du Sud de la Louisiane en particulier. Chaque propriétaire disposait ainsi d'une façade sur la rivière ainsi que du terrain nécessaire à la culture et à l'habitation. Un numéro de référence était attribué à chaque parcelle. Ce système foncier fut repris par les colons espagnols puis par le gouvernement américain, après l'acquisition de la Louisiane. Il est intégré au Système d'arpentage public américain (PLSS).

Une parcelle typique française mesurait 2 à 4 arpents de large, le long de la rivière, et 40 à 60 arpents de profondeur, tandis que les divisions espagnoles étaient en général de 6 à 8 arpents de large, et 40 arpents de profondeur.

Amérique du Nord aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'arpent carré, aussi appelé french acre en Amérique anglophone, est toujours en usage. On peut le lire par exemple dans les annonces de vente de grandes parcelles rurales.

Étalons officiels de l'arpent carré :

  • Québec : 1 arpent vaut 32 400 pieds carrés français, soit environ 36 800 pieds carrés anglais, 0,844 82 acres ou 3 418,89 m2[2]
  • Louisiane, Mississippi, Alabama et Floride : 1 arpent vaut 0,846 28 acres, soit environ 3 424,77 m2[4]
  • Arkansas et Missouri : 1 arpent vaut 0,8507 acres, soit environ 3 442,66 m2[5]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source: BAnQ (Montréal), CN601,P359 - greffe de Jean Saint-Père, 4 janvier 1648.
  2. a et b Mesure de la longueur et de la superficie au Québec sur le site officiel Énergie et Ressources naturelles, consulté le 19 juin 2017
  3. Présentation de l'institut Ausonius, dirigé par Jean-Claude Golvin, CNRS-Université de Bordeaux III
  4. Pour la Louisiane voir Derouen v. Poirier, 136 So. 2d 131, note 1 (La. 3d Cir. Ct. App. 1961) (dicta).
  5. Glossary of Geology Julia A. Jackson, James P. Mehl, Klaus K. E. Neuendorf, édition Springer, 2005, (ISBN 9780922152766), p.37

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]