Jour (unité de superficie)

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Le jour ou journal , également appelé la journée, le journal, le journel ou journeau... suivant les régions, représente une ancienne unité de mesure agraire de superficie. Ce terme faisant référence à une surface arpentée peut aussi qualifier une opération unitaire, un travail précis ou une ouvrée, dévoilant la maîtrise technique précise de l'espace et du mouvement par le monde paysan.

Définitions multiples du jour ou journal[modifier | modifier le code]

Jour, journée ou journal correspondent à l'évolution de la jugère, mesure d'arpentage employé à l'origine dans le monde gréco-romain, soit environ un quart d'hectare à l'époque antique[1]. La légende affirme qu'elle correspond à la surface de terre sur laquelle un homme (par exemple un journalier) peut travailler dignement en une journée (en particulier labourer avec une paire de bœufs ou un cheval puissant, retourner, aménager, faucher un pré ou récolter au champ avec ou sans animal de trait). Cette mesure équivaut grosso modo en tant qu'unité de surface à l'arpent.

Durant la période médiévale, les modalités de l'arpentage, nécessaire à l'affirmation de la propriété foncière, ont varié, et de multiples et petites variantes sont apparues selon les espaces ethniques et politiques. En pays de montagne, la culture contrainte en terrasses aménagées a sensiblement réduit la superficie pratique du jour ainsi que la culture difficile de terres très lourdes en plaine, alors que des terres relativement légères et relativement planes subissaient un arpentage à maille plus grande. Toutefois, il ne faut pas confondre ce qui relève de la pratique d'arpentage étonnamment stable (20 à 50 ares, avec une moyenne centrée sur le tiers d'hectare ce qui implique un lent progrès depuis l'époque romaine) et l'appréhension de la surface de travail, d'une richesse verbale ou technique inouïe, par les cultures paysannes.

Le travail des champs avec attelage ou les tâches spécifiques dans les prés ou la vigne ont également des "journaux" ou "jours" divers, variables selon les régions ou parfois les petites contrées paysannes. En particulier, dans le royaume de France :

  • Le jour(nal) de bœuf correspond grosso modo à la jugère antique et à l'évolution décrite ci-dessus.

?? Elle est divisée en 100 perches ou 30 toises carrées ; cette unité variait selon le lieu de 2 à 4 ares avec une moyenne estimée à 3,3 ares ??.

  • Le journal avec un cheval pouvait représenter jusqu'à 5 000 m2, soit 50 ares, soit parfois plus .
  • Le jour(nal) de vigne représentait de manière approchée environ 5 ares, le plus souvent entre 4 et 6 ares.
  • Le jour(nal) de fauche correspond grosso modo à la jugère antique et à son évolution
  • Le devez arad en breton, traduit en journal de terre équivaut à 50 ares.

Les différentes valeurs foncières des prés et des champs, des vignes et des prairies humides, suivant les contrées ont eu un impact sur les variations complexes de l'arpentage des jours et journaux correspondants.

Un faisceau polysémique en latin médiéval[modifier | modifier le code]

Le terme jornale, jornalis est polysémique. Le latiniste Du Cange distingue quatre significations principales dans son glossaire :

  • i) D'un point de vue agraire, il s'agit du jour ou de la journée de terre, héritière du jugère antique. Le vocabulaire synonyme est prolixe : jornarium, jornata, jornalata, jornamentum, avec les variantes jurnale, jurnalis, jornellis, jornellus, journale, jorneus, jornelum.... Tous ces mots sont souvent dits équivalent à jugerum, arpennis et acra, soient le jugère antique, l'arpent gallo-romain ou l'acre. Le jornale est assimilé au jour de bœuf ou à la jugère médiévale. Dans les variantes citées, il est facile de retrouver ce qui engendre les anciennes unités de superficie agraire que sont le jour, la journée, le journal, le journel... de terre.
  • ii) Concernant le travail agricole en général, le jornale est devenu une tâche préalablement normée ou définie, à accomplir, en particulier un travail contraint de type corvée, c'est-à-dire la corrugata opera soit le travail après appel, exigé par un maître, parfois dit aussi corvatae.
  • iii) la durée du jour ou la journée de l'aube au crépuscule. Les mots jornata et jorneia sont synonymes. Par extension sémantique, cela s'applique au travail diurne. Le verbe jornalere signifie "travailler de jour, travailler à la journée (avec ou sans rétribution)", d'où provient le verbe ancien français journoier, signifiant "travailler de jour (jornéer), faire son labeur (labour) ou son travail quotidien. L'ancien et le moyen français semblent distinguer les ouvriers journéeurs, c'est-à-dire requis ou employé durant la journée, des autres journaliers, attachés à une tâche précise et définie.
  • iv) le jornale peut être enfin un livre ecclésiastique, une sorte de bréviaire rédigé par un clerc ou un moine lettré, où se consignent les choses quotidiennes , se conjuguent les faits et anecdotes du quotidien. Un mot synonyme plus officiel est jornarium. Ce diurnal ou écrit relatant le jour, ce journet ou petit journal est l'ancêtre du mot journal en français moderne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce sont des dérivés du terme latin classique jūgěrum.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1997, 1766 pages.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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