Affaire Luca

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

L'affaire Luca est une affaire judiciaire suisse et une affaire médiatique italo-suisse, mettant en jeu un enfant italien, Luca Mongelli, laissé pour mort sous la neige à Veysonnaz, en Valais, le et alors âgé de 7 ans. Il est depuis tétraplégique et aveugle. Le délai de prescription de l'affaire court jusqu'en 2019[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les parents de Luca, Tina et Nicola Mongelli, tiennent un restaurant dans la station[F 1] « La Tanière[F 2] ».

En février 2002, Luca Mongelli et son frère Marco, partent en promenade. Luca est découvert le corps couvert de blessures et dévêtu, puis plongé dans un état de mort cérébrale avec trois mois de coma[F 1].

En mai 2002, le détective privé Fred Reichenbach, ancien inspecteur de police à Genève, entame une contre-enquête et se charge de mobiliser le public en faveur des Mongelli[F 1]. Il est également président de la fondation Luca[F 3],[2]. Il s'est lancé dans la contre-enquête à la demande de quatre entrepreneurs valaisans outrés par l'affaire et qui financeront les premières investigations[F 3]. Sa contre-enquête fait l'objet d'un roman qualifié d'antipolar du titre de « Canines », publié par un auteur anonyme sous le pseudonyme de Janus[3], qui dénonce la justice valaisanne pour ses errements et défend la thèse de jeunes agresseurs de Luca[F 3]. En juin 2013, la télévision suisse allemande découvre qu'Oskar Freysinger est l'auteur de ce roman.

En 2004, après une instruction de deux ans, la justice valaisanne conclut à la responsabilité du chien Rocky, un berger allemand de sept mois et clôt le dossier[F 4]. L'ordonnance de classement a été délivrée par le juge d'instruction Nicolas Dubuis[F 1].

En avril 2005 le frère de Luca, Marco, réalise un dessin explicite, illustrant la scène du drame : Luca y est représenté à terre, subissant l'assaut de trois agresseurs. Marco se représente caché derrière un arbre[F 1]. Le dessin reste méconnu jusqu'en janvier 2009, où une émission de la Télévision suisse romande, « Zone d'ombre », consacre un dossier à l'affaire[4],[F 4]. Le 15 novembre 2010, le dossier est implicitement rouvert par la justice valaisanne qui ordonne l'expertise du dessin du frère de Luca[1]. Le dessin est en analyse jusqu'à l'été 2012[1].

Le 29 janvier 2012, le Ministère public valaisan libère le juge d'instruction d'alors Nicolas Dubuis, désormais procureur ainsi que Patrice Mangin, médecin légiste responsable de l'expertise, du secret de l'instruction pour participer à une conférence de presse, accompagnée d'une manifestation de soutien à Luca, présent, qui délivre sa version des faits[F 1].

Réception en Suisse[modifier | modifier le code]

Une pétition demandant la réouverture de l'enquête circule en Valais et comptait 9 300 signatures au 1er février 2012[F 3]. Luca a reçu le soutien du conseiller national valaisan Oskar Freysinger et de la comédienne Lolita Morena, tous deux présents lors de la manifestation ayant accompagné la conférence de presse du 29 janvier 2012[F 1].

Réception en Italie[modifier | modifier le code]

En 2011, un célèbre débat télévisé italien, La vita in diretta, invite Luca sur son plateau et provoque un emballement médiatico-diplomatique en Italie[F 4]. L'émission touche une audience de 3 millions de personnes et obtient le soutien de la députée italienne à la Camera dei deputati Alessandra Mussolini, présidente de la commission parlementaire bicamérale de l’enfance[5].

Avis des experts[modifier | modifier le code]

Le médecin légiste Patrice Mangin, directeur du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), pour l'occasion délivré du secret de l'instruction pour répondre à la presse[F 1], distingue deux types de lésions : des « stries linéaires qualifiées d'égratignures, d'abrasions correspondant à un frottement par un agent contondant et peut-être légèrement piquant ». Il exclut des blessures infligées par des baguettes, bâton ou branche et par la même toute flagellation de Luca[F 4]. Il attribue la présence d'« ecchymoses en arc de cercle » à « une morsure infligée par Rocky », le chien de Luca, suite à la superposition de l'empreinte dentaire du chien par un expert odontologiste. De plus, de l'ADN canin a été retrouvé en quantité sur le corps et les vêtements de Luca[F 4]. Selon Mangin, on ne peut pas parler pour autant de « bagarre » car les lésions auraient été beaucoup plus graves mais « d’interaction excessive entre le chien et l'enfant, mal maîtrisé par ce dernier[6],[F 4] ». Les explications officielles souffrent cependant de nombreuses invraisemblances[Pour qui ?] car le petit Luca a été retrouvé déculotté et le pantalon baissé, on[Qui ?] peut se demander comment un chien aurait pu opérer un tel résultat[6],[7],[8].

Version de l'affaire selon la victime, Luca[modifier | modifier le code]

Courant février 2012, la version de la victime, Luca, recueillie par la famille sur bande vidéo à la sortie de son coma, en 2002, ainsi que ses propos actuels n'ont pas été retenus par la justice valaisanne[F 2]. Selon le pédopsychiatre Roderik Matthews, les interrogatoires de l'enfant, tels que mentionnés sur l'ordonnance de classement, n'étaient « pas exploitables pour la manifestation de la vérité ». L'ordonnance de classement conteste également les techniques d'interrogatoire en y mentionnant les périodes de mort cérébrale traversées par la victime[F 2]. Les déclarations de Luca[note 1], traduites de l'italien, font état d'une agression commise par quatre garçons[F 2].

Version de l'affaire selon le détective privé Fred Reichenbach[modifier | modifier le code]

Selon le détective privé Fred Reichenbach, des enfants résidant à Veysonnaz ont été suspectés durant l'enquête mais, étant scolarisés à Lausanne, ils auraient fourni des alibis en présentant « des attestations de présence en classe par les directeurs des deux établissements ». De surcroît, des relevés téléphoniques auraient prouvé qu'aucun coup de fil n'avait été passé par eux depuis le Valais. Reichenbach oppose que la feuille de présence (en classe) n'a pas été versée au dossier. Il argumente également qu'en manquant la dernière heure, ils ont pu se trouver en Valais en fin d'après-midi[F 3]. Il affirme également qu'une substance verte qualifiée de glu (ou de slime) aurait été découverte dans la région anale de l'enfant. Cette affirmation a disparu des rapports officiels de même que le médecin qui l'aurait détectée, selon des témoins[Lesquels ?]. Ce médecin n'a jamais été interrogé par la justice qui évoque la présence de simples « selles[F 3] ».

Liens et références externes[modifier | modifier le code]

  • Xavier Filliez, « Énigme autour de Luca », L'Illustré « People », no 5 « Au fil de l’info »,‎ (lire en ligne)
  • « L'affaire Luca », RTS Un, Radio télévision suisse « Zone d'ombre »,‎ (lire en ligne [vidéo])
    « Qu'est-il arrivé au petit Luca Mongelli le 7 février 2002 à Veysonnaz ? L’enfant de 7 ans est retrouvé couché dans la neige à deux pas de sa maison : il est à moitié nu et dans le coma. Thèse de la police : c’est Rocky, son propre chien qui l’aurait attaqué lors d’une promenade. »
  • « Affaire Luca : et si ce n’était pas le chien ? », RTS Un, Radio télévision suisse « Zone d'ombre »,‎ (lire en ligne [vidéo])
    « Plus de 10 ans après, le mystère reste entier. »

Publications[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. [Déroulement des faits, tel que relaté par Luca au journal suisse L'Illustré]

    « Mes parents tenaient un restaurant, à l’époque. On l’avait appelé la Tanière. Mon père était cuisinier. Cet après-midi-là, il avait un peu neigé. Ils nous avaient laissés à la maison tout seuls. Ma maman avait rejoint papa au restaurant. Avant de partir, maman m’a dit qu’elle avait déjà sorti le chien pour faire ses besoins. Je savais que le maître du chien c’était moi et qu’il n’obéissait qu’à mes ordres. Alors, malgré les recommandations de ma maman, j’ai quand même pensé y aller avec mon frère. J’ai donc mis la laisse au chien et on est sorti. On est allés à un endroit où il aurait pu faire ses besoins et jouer. À un certain moment, je me rappelle que dans la poche de ma veste, j’avais un petit couteau que mon père m’avait offert. Je pensais toujours à le prendre avec au cas où il pourrait me rendre service, pour me défendre… Quatre garçons. D’après mes souvenirs, il y avait quatre garçons… Je les connaissais déjà. Mais ce n’était pas un bon rapport… Ils ne voulaient pas que je parle. Donc, ce jour-là, j’étais en train de jouer avec mon chien et mon frère et ces garçons sont arrivés. Ils ont commencé à me déshabiller. Et ils ont tout de suite trouvé mon petit couteau parce qu’il était dans ma veste. C’est là qu’ils ont commencé à me taper avec un bâton… et progressivement avec des bâtons plus longs… ils me faisaient mal et je ne pouvais pas me défendre sinon ils me menaçaient de me tuer. Ils ne m’auraient pas tué mais presque tué. Je ne savais pas ce qui pourrait m’arriver… Rocky était derrière l’arbre avec mon frère mais je ne sais pas ce qu’ils faisaient. Je me rappelle difficilement des visages. Si on les mettait devant moi maintenant, je ne pourrais pas dire qui est qui... parce que je ne vois plus. Au centre, il y avait le chef, c’est celui qui donnait le plus d’ordres. Et c’est celui-là qui à un certain moment m’a fait boire, je me rappelle… il y avait un insecte… je ne pourrais pas dire si c’était une fourmi ou un autre insecte avec de l’eau. Je ne voulais pas mais ils m’ont forcé. C’est arrivé après qu’ils m’ont tapé. Comme j’ai déjà dit, ils m’ont tapé et m’ont rhabillé pour me porter dans ce café. Je le connaissais bien. Le local s’appelait le Mouton rouge (ndlr : en français). Ils m’ont monté aux toilettes pour me faire boire cette chose. Ensuite ils m’ont ramené sur le lieu où ils m’avaient tapé. Quand ils ont vu que je n’arrivais plus à me tenir debout, ils ont pris mes mains et ont dit qu’il fallait que je me tire sur les mains. C’est là que je me suis fait mal à l’épaule. Là où ils m’ont porté, ils ont dû descendre un endroit escarpé. Ils ont creusé une espèce de trou, m’ont mis dedans et ont couvert le trou avec de la neige et de la glace. Après un moment, je ne voyais plus et je me suis endormi. »

Références[modifier | modifier le code]

  • Gilles Filliez :
  1. a b c d e f g et h Filliez 2012, p. 30
  2. a b c et d Filliez 2012, p. 34
  3. a b c d e et f Filliez 2012, p. 32
  4. a b c d e et f Filliez 2012, p. 31
  • Autres références :
  1. a b et c « Affaire Luca: la justice valaisanne défend son travail », RTS Info, Radio télévision suisse,‎ (lire en ligne)
    « L'affaire Luca continue de faire des vagues en Valais. En raison de l'important battage médiatique, le Ministère public a défendu ses conclusions incriminant le chien Rocky. Mais il a aussi informé, à la surprise générale, que le dossier n'était « pas fermé ». Une analyse du dessin du petit frère – montrant des agresseurs – devrait être réalisée d'ici l'été. »
  2. « Fondation Luca : lutte contre les abus sexuels et la maltraitance envers les enfants », fondation-luca.org, Fondation Luca « Présentation »,‎ (lire en ligne)
  3. Canines, publié par un auteur anonyme sous le pseudonyme de Janus, éditions Xenia
  4. « L'affaire Luca », TSR Un, Radio télévision suisse « Zone d'ombre »,‎ (lire en ligne [vidéo])
  5. Gilles Berreau, « Veysonnaz: l’affaire Luca sur la Rai », Le Nouvelliste, Veysonnaz « Valais » « Italie »,‎ (lire en ligne)
    « Lundi en fin d’après-midi, pendant une heure, la première chaîne publique de la télévision italienne a parlé de l’affaire du jeune Luca Mongelli, agressé en 2002 à Veysonnaz. »
  6. a et b « Luca n'aurait pas été agressé par son chien, selon des experts italiens », RTS Info, Radio télévision suisse,‎ (lire en ligne)
    « Il y a une année, Patrice Mangin, directeur du Centre universitaire romand de médecine légale de Lausanne, avait renoncé à parler d'attaque lors d'une conférence de presse du ministère public valaisan. Il avait évoqué une « interaction excessive et non maîtrisée » avec le chien, qualifiant les blessures de superficielles et peu graves. »
  7. « Affaire Luca : et si ce n’était pas le chien ? », TSR Un, Radio télévision suisse « Zone d'ombre »,‎ (lire en ligne [vidéo])
  8. « Rocky est innocent », Comité pour la défense de l'individu et des familles,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :