Évangéliaire pourpre

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Évangéliaire pourpre du chapitre Saint-Goëry
Evangile selon saint Marc.jpg
Incipit de l'évangile selon Marc, folio 3r.
Artiste
Chapitre de la collégiale Saint-Goëry
Date
IXe siècle
Technique
vélin pourpré, encre d'or et d'argent
Dimensions (H × L)
30 × 23 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Format
31 feuillets
No d’inventaire
Ms. 265Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Protection
Objet classé monument historique (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

L'Évangéliaire pourpre, ou Évangéliaire pourpre du chapitre Saint-Goëry en forme longue, est un manuscrit contenant l'Évangile selon Marc dans sa totalité. Bien que son auteur ne soit pas connu, le manuscrit est rédigé au IXe siècle, puis conservé par le chapitre de la collégiale de Saint-Goëry jusqu'à la Révolution française. L'évangile est écrit sur du vélin pourpré, en lettres d'or et d'argent. L'ensemble des feuillets est protégé par une reliure faite au XVe siècle de chèvre brune et dont le plat supérieur est fait d'ivoire gothique, de métal doré et argenté et de gemmes. Deux miniatures faites XVe siècle ont été ajoutées au début du manuscrit : elles représentent saint Marc et saint Goëry. L'Évangéliaire est actuellement conservé à la Bibliothèque multimédia intercommunale d'Épinal et est classé au titre des monuments historiques par l’arrêté en date du .

Malgré ce que sa dénomination courante laisse penser, l'Évangéliaire pourpre n'est pas un évangéliaire. Il s'agit en fait d'une partie d'un recueil d'évangiles : ce n'est donc pas un livre liturgique[1].

Description[modifier | modifier le code]

Manuscrit du IXe siècle[modifier | modifier le code]

Le manuscrit se compose de 31 feuillets, dont 27 datent du IXe siècle et contiennent l'Évangile selon saint Marc. Deux autres feuillets portent deux miniatures du XVe siècle. Les 27 feuillets de parchemin présentent tous en leur centre un rectangle pourpré mesurant 195 × 145 mm encadré de deux millimètres d'or et suivi de marges blanches. L'intérieur du rectangle est découpé en 27 lignes, justifiées, réglées à la pointe sèche et fine (180 × 125 mm) et écrites à l'encre d'or[2]. Les concordances des quatre évangiles sont écrites en argent, lequel s'est fortement oxydé avec le temps. L'écriture est en minuscule caroline.

Reliure du XVe siècle[modifier | modifier le code]

Plat supérieur de la reliure de l'Évangéliaire pourpre.

Le plat supérieur de la reliure se compose d'un cadre en vermeil. Ce dernier porte quatre cabochons : deux ambres en haut et en bas du cadre, et deux cristaux de roche à gauche et à droite. Aux coins, se trouvent quatre reliquaires, fermés par les symboles des évangélistes. Ainsi, l'aigle de Jean se trouve au coin supérieur gauche, l'homme ailé ou l'ange de Matthieu, au coin supérieur droite et le lion de Marc au coin inférieur droite. Le symbole du taureau, qui représente Luc, manque. Au centre, encadrant la plaque d'ivoire ont été placées des plaques de métal alternativement recouvertes d'or et d'argent. Des incrustations d'argent de fleurs décorent les plaques d'or, tandis que le second encadrement montre des rinceaux dorés sur une plaque argentée.

La plaque d'ivoire est enchâssée au centre du cadre. Elle est issue d'un éléphant, date du premier quart du XIVe siècle, et provient de Paris[3]. En réalité, la plaque est un feuillet de diptyque comme en témoignent les deux cavités utiles aux charnières. La Vierge portant l'enfant Jésus est représentée au centre, couronnée et encensée par trois anges. À sa gauche se trouve sainte Catherine d'Alexandrie, reconnaissable grâce à sa couronne ou bien la roue dentelée qu'elle porte dans sa main. À ses pieds, son épée pointe sur la tête de l'empereur Maximin II, empereur au moment de sa persécution[4]. Sainte Catherine d'Alexandrie est souvent associée à saint Marc car tous deux ont été martyrisés à Alexandrie, ce qui peut expliquer sa présence[5]. Et à la droite de la Vierge se trouve saint Jean-Baptiste. Les trois personnages sont placés sous trois arcades en ogive.

Le reste de la reliure est fait de chèvre brune sur des ais de bois avec des fermoirs en argent.

Miniatures du XVe siècle[modifier | modifier le code]

Miniature de saint Marc

Les deux feuillets des miniatures sont d'un format bien plus petit que le reste du manuscrit. Ils se situent au début du volume et sont le fruit d'un ajout postérieur à la création du manuscrit. Ils portent deux miniatures pleine page du XVe siècle entourées de décors d'arabesques et de feuillages faits de couleurs et d'or[4].

Miniature de saint Goëry

Le premier feuillet montre saint Marc en train d'écrire son évangile alors que le lion lui présente un encrier. À ses pieds se trouve un chanoine habillé en bleu, priant et portant une aumusse à son bras.

Le second feuillet représente saint Goëry, patron du chapitre d'Épinal, et ses deux filles spirituelles, sainte Victorine et sainte Précie. Il reçoit d'un ange la mitre sur sa tête nimbée d'or. Il porte un costume laïc ainsi qu'une ceinture d’orfèvrerie. Le chanoine priant et portant l'aumusse est encore présent. Au coin inférieur gauche, on peut voir les armoiries du chapitre de Saint-Goëry : une croix d'argent dont les deux coins supérieurs sont remplis par un soleil et d'un croissant[6]. Au coin inférieur droit de la miniature se trouve un écu écartelé de France et d'Épinal qui indique ainsi que les peintures ont été réalisées entre 1444 et 1466 lorsque Épinal était sous la protection du roi de France[4].

Historique[modifier | modifier le code]

Création du manuscrit au IXe siècle[modifier | modifier le code]

Peu de choses sont sues à propos du rédacteur de ce document. Une tradition veut que ce manuscrit ait été offert par Brunon, évêque de Toul et futur Léon IX, aux chanoinesses du chapitre de Saint-Goëry alors qu'il était de passage à Épinal dans le but de consacrer une église vers 1049[7]. Cela ne reste toutefois qu'une hypothèse. Quoi qu'il en soit, l'Évangéliaire pourpre est détenu par les Dames chanoinesses du chapitre de Saint-Goëry.

Il revêt plusieurs fonctions : une fonction d'apparat[2], par le luxe de l'écriture, puis plus tard de sa reliure ; une fonction religieuse, par la nature même du texte évangélique ; et une fonction juridique car les serments se prêtaient sur l'évangile et les reliques[7].

Saint Goëry fut l'évêque de Metz de à , mais son corps (tête exceptée) furent transportées jusqu'à Épinal par Thierry Ier qui édifia le monastère d'Épinal. Il devient très rapidement le saint intercesseur à Épinal dans le cas de mal des ardents. Il est le patron de la ville, avec saint Maurice, et du chapitre qui porte son nom[8].

Ajout de la reliure au cours XVe siècle[modifier | modifier le code]

Puisque les deux miniatures font partie du manuscrit malgré la date de création plus récente, il est vraisemblable de croire que la reliure de l'ensemble du document ne peut dater qu'après . Il est également possible que la reliure et les deux miniatures aient été ajoutées en même temps[9],[10]. Cela ne reste qu'une hypothèse.

La plaque d'ivoire est en réalité la seconde partie d'un diptyque. Le réemploi d'ivoire au Moyen Âge tardif est une pratique courante. Danielle Gaborit-Chopin estime que le deuxième pendant de ce diptyque est probablement une Crucifixion[11].

Les deux miniatures du XVe siècle[modifier | modifier le code]

Sainte Hélène représentée dans le livre d'heures de Jean de Vy (f. 29). Miniature attribuée au Maître de Saint-Goëry.

Les deux miniatures au début du manuscrit seraient l’œuvre du Maître de Saint-Goery[12], appelé ainsi d'après les feuillets trouvés dans l'Évangéliaire pourpre. Il est également le peintre d'autres miniatures dans des livres d'heure de Metz et Toul[13]. Les seules informations qui sont apportées sur cet artiste proviennent uniquement de l'analyse des œuvres qu'on lui attribue. Pierre-Édouard Wagner dit ainsi qu'il « semble développer un goût extrême pour la représentation de grasses prairies »[14].

Le chanoine habillé en bleu serait le commanditaire des deux miniatures[15], et il s'agit sans doute d'un chanoine du chapitre d'Épinal[6]. Les deux filles spirituelles de saint Goëry, Précie et Victorine, n'ont pas été représentées nimbées d'or (malgré leur sainteté) et elles ne portent pas l'habit monastique. Ces éléments font dire à Gaston Save qu'elles symbolisent l'ensemble de la communauté des chanoinesses du chapitre d'Épinal, placée sous la protection du saint[16].

Après la Révolution française[modifier | modifier le code]

Au moment de la Révolution française, le manuscrit avait été confié à Mme de Ludres, l'une des dernières chanoinesses du chapitre. En , le marquis de cette même famille fait don de l'Évangéliaire pourpre à la bibliothèque d'Épinal[17]. Trois ans plus tard, en , les quatre reliquaires sont ouverts par le bibliothécaire de la ville, le directeur du musée ainsi qu'un avocat venu de Paris et cet acte fait l'objet d'un procès-verbal[18].

 : ouverture des reliquaires[modifier | modifier le code]

Dans les reliquaires de Matthieu, Marc et Jean sont retrouvés des sachets de différentes couleurs accompagnés d'une légende particulière à chaque sachet. Pour Matthieu et Marc, les godets s'ouvrent sur une légende générale supplémentaire qui résume le contenu[19]. En somme, les sachets contiennent principalement des ossements (surtout des côtes) de différents saints, comme « saint Denys », « saint Antoine », ou bien encore « saint Maurice »[20] ; ou des bouts de vêtements ayant appartenu aussi à des saints : on retrouve par exemple, « saint Bernard » et « saint Pierre du Luxembourg ». Mais c'est dans le reliquaire de Jean que va être trouvé un petit sachet « de soie vert-tendre »[18] entouré de l'inscription suivante : « De vestimentis Dn̅i̅ », « des vêtements du Seigneur » en français[21]. Le tissu étant très fragile et en mauvais état, les hommes qui ouvrent le reliquaire décide de le mettre sous verre[21].

Seul le godet de Luc, celui dont il manque le symbole, ne contient pas de sachet : les hommes retrouvent un agnus dei en cire autour duquel avait été enroulée une légende écrite en latin « Agnus Consecratus Romæ per Papam..... indubitatum »[20]. Un mot est illisible.

 : première restauration[modifier | modifier le code]

À l'occasion de l'exposition « Chefs d'œuvre de l'art français » de tenue au palais national des arts à Paris, le manuscrit a été restauré[22]. Certaines lacunes du cuir ancien ont été comblées par du cuir de basane. De la mousseline de soie a servi à restaurer de nombreux encadrements de feuillets. Les deux feuillets comprenant les miniatures ont été doublées à l'aide de parchemin.

 : deuxième restauration[modifier | modifier le code]

En , la reliure et le manuscrit ont été restaurés. L'atelier de restauration de la BnF était en charge, entre autres, de retirer une grande majorité des précédentes restaurations, de restaurer les feuillets les plus abîmés à l'aide d'un parchemin similaire à l'original, et de poser des pièces de cuir de chèvre. L'ivoire a été nettoyé en même temps qu'étudié et analysé. Certaines parties du métal ont été consolidées et le tout a été nettoyé afin de rendre lisible les couleurs dorée et argentée[22].

C'est également en que l'Évangéliaire pourpre a été numérisé[1], puis en , numérisé en 3D[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Évangéliaire pourpre, 2021
  2. a et b Évangéliaire pourpre, 2011
  3. Danielle Gaborit-Chopin, Ivoires du Moyen Âge occidental, Fribourg,
  4. a b et c Écriture et enluminure, 1984, p. 62
  5. Ministère de la culture, « Mariage mystique de sainte Catherine d'Alexandrie », sur pop.culture.gouv.fr (consulté le )
  6. a et b Save, mai 1891, p. 318
  7. a et b Trésors, 1998, p. 123
  8. André Laurent, Ils sont nos aïeux : les saints de chez nous, Saint-Dié, , p. 165 - 169
  9. Études historiques, 1891, p. 747
  10. Danielle Gaborit-Chopin, « "L'Évangile pourpre" d'Épinal », Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France,‎ , p. 139
  11. Danielle Gaborit-Chopin, « "L'Évangile pourpre" d'Épinal », Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France,‎ , p. 129 - 134
  12. Pierre-Édouard Wagner, Enlumineurs messins du XVe siècle, Metz, Bibliothèques - médiathèques de Metz, , p. 12
  13. « Livre d'heures de Jean de Vy et Perrette Baudoche à l'usage de Metz », sur Limédia galeries (consulté le )
  14. Pierre-Édouard Wagner, Enlumineurs messins du XVe siècle, Metz, Bibliothèques - médiathèques de Metz, , p. 21
  15. Écritures et enluminures, 1984
  16. Save, mai 1891, p. 316
  17. Société d'émulation des Vosges, Annales de la société d'émulation des Vosges, Épinal, (lire en ligne), p. 268 - 269
  18. a et b A. Philippe, Copie du procès-verbal de l'ouverture des quatre reliquaires placés aux angles de la couverture d'un diptyque provenant de l'insigne chapitre d'Épinal, et notes diverses,, Épinal, AD Vosges, 3 J(20),
  19. Études historiques, 1891, p. 731 - 732
  20. a et b Études historiques, 1891, p. 732
  21. a et b Études historiques, 1891, p. 731
  22. a et b Restauration, 2011
  23. Victor de Sepausy, « Évangéliaire pourpre : un manuscrit historique numérisé en 3D », sur actualitte.com,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie générale[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Jean-François, « L'évangéliaire de l'ancienne abbaye des chanoinesses d'Epinal à la Bibliothèque Municipale d'Epinal », Annales du monde religieuse, vol. 4,‎ , p. 193 - 197
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article[Écriture et enluminure, 1984] Écriture et enluminure en Lorraine au Moyen Age, Catalogue de l'exposition 'La plume et le parchemin' organisée par la Société Thierry Alix du 29 mai au 29 juillet 1984 en la chapelle des Cordeliers, Musée historique lorrain (Catalogue d'exposition), Nancy,
  • Marie-José Gasse-Grandjean, Manuscrits médiévaux des monastères et chapitres vosgiens. Catalogues et inventaires., Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1992
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article[Études historiques, 1891] L. Humbert, Études historiques sur le diocèse de Saint-Dié : Semaine religieuse de Saint-Dié, , p. 729 - 732, 744 - 747
  • Henri Leclercq (dir.) et Fernand Cabrol (dir.), Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. I, , p. 791
  • Georges Poull, « Nicole de Dompmartin, abbesse », Bulletin de G. S. P. V., nos 20 - 21,‎
  • Georges Poull, Les familles nobles de Lorraine, ancienne chevalerie, Dompmartin 1150 - 1630, Rupt-sur-Moselle, L'Auteur, , p. 14
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article[Save, mai 1891] Gaston Save, « Saint Goëry et les chanoinesses d'Épinal : miniature de 1370 », Lorraine artiste,‎ , p. 316 - 318 (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’articleGaston Save, « Reliure du XIVe siècle de la bibliothèque d'Épinal », Lorraine artiste,‎ (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article[Trésors, 1998]Trésors des bibliothèques de Lorraine (Catalogue d'exposition), Paris, Association des bibliothécaires français, , p. 122 - 123

Bibliographie de la plaque d'ivoire[modifier | modifier le code]

  • Danielle Gaborit-Chopin, Ivoires du Moyen Âge occidental, Fribourg,
  • Danielle Gaborit-Chopin, Ivoires. De l'Orient ancien aux Temps modernes (Catalogue de l'exposition du musée du Louvre), Paris,
  • Danielle Gaborit-Chopin, « "L'Évangile pourpre" d'Épinal », Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France,‎ , p. 124 - 144

Bibliographie des enluminures[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Édouard Wagner, « Maître Henri d'Orquevaulz et le Maître de Saint-Goëry », Enlumineurs messins du XVe siècle, les carnets de Medamothi, Revue du patrimoine des Bibliothèques-Médiathèques de Metz,‎

Bibliographie du parchemin pourpré[modifier | modifier le code]

  • Bernard Guineau, « Le folium des enlumineurs, une couleur aujourd'hui disparue. Ce que nous rapportent les textes sur l'origine et la fabrication de cette couleur, son procédé d'emmagasinage sur un morceau d'étoffe et son emploi dans l'enluminure médiévale. Identification de folium dans des peintures du IXe siècle, du Xe siècle, et du début du XIe siècle », Archéologie Médiévale, no 26, 1996, p. 23-44 (lire en ligne)
  • Patricia Roger, Marie-Pierre Lafitte (dir.) et Jean-Pierre Caillet (dir.), « Étude technique sur les décors de manuscrits carolingiens », Les manuscrits carolingiens : Actes du colloque de Paris, Bibliothèque nationale de France, le 4 mai 2007, Turnhout : Brepols,‎ , p. 203 - 216

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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