Événements de Vitoria

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Les événements de Vitoria de 1976 (Sucesos de Vitoria en espagnol) ou le massacre de Gasteiz[1] (Gasteizko sarraskia en basque) sont des événements survenus le dans la ville alavaise de Vitoria-Gasteiz au Pays basque, pendant la Transition démocratique espagnole et au cours desquels la confrontation entre la police armée et des travailleurs réfugiés dans l'église de Saint-François-d'Assise, dans le quartier de Zaramaga, pendant des journées de grève a provoqué la mort de cinq d'entre eux et des blessures par balle de 150 autres.

Manuel Fraga Iribarne, en 2007, ministre responsable des forces de l'ordre en 1976, bien qu'il se trouvât alors en Allemagne.
Paroisse de Saint-François-d'Assise, à Vitoria-Gasteiz.
Lluis Llach à l'Olympia à Paris.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mémorial des victimes, dans la rue Bernal Díaz de Luco, face à la paroisse de Saint-François-d'Assise.

Pendant le mois de , quelque six mille travailleurs entament une grève contre le décret de limites salariales et pour de meilleures conditions de travail. Deux mois plus tard, ils organisent pour la troisième fois une grève générale qui est réprimée massivement le . Ce même jour, la police armée entre dans l'église Saint-François-d'Assise de Vitoria-Gasteiz dans laquelle est prévue une assemblée générale des travailleurs et, faisant abstraction de la décision du prêtre et du contenu du concordat, aboutit à l'expulsion. À peine quelques secondes plus tard, ils lancèrent des gaz lacrymogènes dans l'enceinte fermée créant indignation et surtout la panique générale. Ceux qui sortirent sur les côtés, à moitié asphyxiés avec des mouchoirs dans la bouche sont frappés à la matraque mais ceux qui sortirent par l'avant sont atteints par balles de mitraillettes et de pistolets, dont 5 sont tués.

Sont assassinés Pedro María Martínez Ocio, travailleur des Forges Alavaises, 27 ans, Francisco Aznar Clemente, ouvrier boulanger et étudiant, 17 ans, Romualdo Barroso Chaparro, d'Agrator, 19 ans, José Castillo, de Basa, une société du Groupe Arregui, 32 ans. Deux mois plus tard meurt Bienvenido Pereda, travailleur de Grupos Diferenciales, 30 ans. Bilan : Deux travailleurs assassinés directement sur les lieux des faits, quatre blessés très graves dont trois meurent plus tard, plus de soixante blessés graves (la moitié avec des blessures par balle) et des centaines de blessés légers.

Le samedi , Manuel Fraga Iribarne alors ministre du Gouvernement avec Rodolfo Martín Villa, ministre des Relations Syndicales et le Général Campano, directeur de la Guarde civile, essayent, en visitant les blessés, de réduire l'impact de sa décision. Le jeudi le Secrétaire Général du SPD d'Allemagne annule l'entrevue avec Fraga qui prenait part à une campagne diplomatique pour vendre internationalement une réforme garantie par la monarchie.

Encore interdits de droits de réunion, manifestation et de grève, les syndicats, illégaux également, organisent en janvier des grèves dans toute l'Espagne. Elles ont eu une importance spéciale dans la couronne industrielle madrilène et à Vitoria-Gasteiz. La réponse du gouvernement a été la répression policière habituelle qui, le à Vitoria-Gasteiz, a provoqué la mort de quatre manifestants et plusieurs centaines de blessés pendant une charge anti-troubles. Au lieu de résoudre le conflit, les désordres se sont multipliés et des grèves générales de protestation se sont succédé pendant plusieurs mois.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Ces incidents accélèrent l'action de l'opposition démocratique, et leur unité d'action. La Junte Démocratique et la Plateforme de Convergence sont fondues dans la Coordination Démocratique ou Platajunta le . Cette nouvelle assemblée exerce une plus grande pression politique sur le gouvernement, exigeant amnistie, liberté syndicale, démocratie et rejette les lois réformistes.

Une commission du Parlement basque a considéré les responsables politiques des événements « aux titulaires des ministères agissant dans ce conflit » : Manuel Fraga Iribarne, ministre de Gouvernement (que se trouvait toutefois en Allemagne pendant les événements, exerçant la titularisation dans des fonctions Adolfo Suárez), Rodolfo Martín Villa, ministre des Relations Syndicales, et Alfonso Osorio, ministre de la Presidence[2].

Ce fait montre la divergence de la nouvelle Église avec le franquisme depuis 1965. Si bien que durant les premières années il ait ignoré les lloros d'après-guerre justifiant la croisade de l'anticommunisme, après le concile Vatican II elle s'est approchée des travailleurs étant donné le changement de génération, comme il était arrivé chez les prolétaires, beaucoup plus agressifs que ses ascendants (lesquels étaient considérés comme le soutien passif fondamental du Régime franquiste par des « estomacs reconnaissants »).

Réparation et reconnaissance des victimes[modifier | modifier le code]

Après l'investiture à la présidence du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero, le groupe du Parti nationaliste basque (PNV) a formulé le une question au sénat dans laquelle il souhaitait clarifier les événements de Vitoria-Gasteiz[3].

En 2006, la proposition de loi de Mémoire Historique considérera les victimes de cet événement comme victimes de la dictature, bien qu'elle arrive 5 mois après le décès de Francisco Franco.

Transcription de la conversation de la police (version originale) [4][modifier | modifier le code]

V-1 a Charlie. Cerca de la iglesia de San Francisco es donde más grupos se ven. Bien, enterados.

Charlie a J-1. Al parecer en la iglesia de San Francisco es donde más gente hay. ¿Qué hacemos? Si hay gente ¡a por ellos! ¡Vamos a por ellos!».

«J-1 a Charlie. Charlie, a ver si necesitas ahí a J-2. Envíalo para aquí para que cubra la espalda de la iglesia. J-3 a J-1 Estamos en la iglesia. ¿Entramos o qué hacemos? Cambio».

«…Entonces lo que te interesa es que los cojan por detrás. Exacto». Entrada a la parroquia de San Francisco de Asís.

«J-1 a J-2 Haga lo que le había dicho (acudir en ayuda de Charlie a Zaramaga). Si me marcho de aquí, se me van a escapar de la iglesia. Charlie a J-1. Oye, no interesa que se vayan de ahí, porque se nos escapan de la iglesia. ...Mándennos refuerzos, sino, no hacemos nada; sino, nos marchamos de aquí sino, vamos a tener que emplear las armas de fuego. Vamos a ver, ya envío para allí un Charlie. Entonces el Charlie que está, J-2 y J-3, desalojen la iglesia como sea. Cambio. No podemos desalojar, porque entonces, entonces ¡Está repleta de tíos! Repleta de tíos. Entonces por las afueras tenemos Rodeados de personal ¡Vamos a tener que emplear las armas! Cambio. Gasead la iglesia. Cambio. Interesa que vengan los Charlies, porque estamos rodeados de gente y al salir de la iglesia aquí va a ser un pataleo. Vamos a utilizar las armas. Seguro, además ¿eh? Charlie a J-1. ¿Ha llegado ya la orden de desalojo a la iglesia? Si, si la tiene J-3 y ya han procedido a desalojar porque tú no estabas allí. Muy bien, enterado. Y lástima que no estaba yo allí».

«Intento comunicar, pero nadie contesta. Deben estar en la iglesia peleándose como leones. ¡J-3 para J-1! ¡J-3 para J-1! Manden fuerza para aquí. Ya hemos disparado más de dos mil tiros. ¿Cómo está por ahí el asunto? Te puedes figurar, después de tirar más de mil tiros y romper la iglesia de San Francisco. Te puedes imaginar cómo está la calle y cómo está todo. ¡Muchas gracias, eh! ¡Buen servicio! Dile a Salinas, que hemos contribuido a la paliza más grande de la historia. Aquí ha habido una masacre. Cambio. De acuerdo, de acuerdo. Pero de verdad una masacre».

Hommage[modifier | modifier le code]

L'auteur-compositeur catalan Lluís Llach a écrit le jour suivant la chanson Campanades a morts en hommage aux victimes. Chanson qu'il interprète à nouveau pour célébrer le 30e anniversaire, dans un concert émouvant dans le pavillon Fernando Buesa Arena de Vitoria-Gasteiz. Le groupe basque Betagarri a consacré une chanson à ces faits sur son disque Hamaika Gara. Aussi le groupe Oi! de gasteiztarra (gentilé de Vitoria-Gasteiz), Mossin Nagant a écrit une chanson relatant ces évènements. Le groupe Soziedad Alkohólika a lui aussi écrit une chanson “ No olvidamos 3 de marzo” sur son album "Sistema Antisocial".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sandrine Morel, « Les fantômes de Franco hantent encore Madrid », Le Monde,‎ .
  2. publication du Parlement basque
  3. Bulletin officiel ds Cortes Générales, Senat, VIII legislature,nº 39, 18 juin 2004
  4. « Enregistrement des conversations de la police - Cadena ser - 01 novembre 2014 », sur cadenaser.com, (consulté le 4 mars 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]