Rosenstraße

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52° 31′ 18.5″ N 13° 24′ 16″ E / 52.521806, 13.40444 ()

La Rosenstraße (la rue des roses) est le nom d'une rue de Berlin, qui vit à partir du 27 février 1943 jusqu'au 6 mars 1943 une importante manifestation d'épouses allemandes à la suite de l'arrestation de leurs maris et enfants de croyance juive. La manifestation conduisit à la libération des maris et enfants arrêtés.

La Rosenstrasse de nos jours : bien que la rue ait changé d'aspect avec les années, on note la présence de la colonne rose qui fournit divers renseignements à propos de l'évènement

L'événement[modifier | modifier le code]

Origine de la rafle[modifier | modifier le code]

Bien que les juifs avaient déjà commencé à être déportés bien avant la rafle du 27 février, certains d'entre-eux y échappaient grâce à quelques exceptions aux lois de Nuremberg ; sont en effet épargnés les juifs travaillant dans des usines indispensables à la Wehrmacht ainsi que les juifs mariés à une épouse allemande de souche aryenne. Ces exemptés sont nommés les Mischehen (les couples mixtes, en français), privés de la majorité de leurs biens et travaillant dans des usines. Au début, l'administration poussait ces femmes allemandes de bonne race à divorcer, ce qui permettait alors l'arrestation du juif délaissé, toutefois les liens affectifs l'emporteront sur cette propagande, et rares seront les Allemandes qui divorceront. En début d'année 1943, ces exceptions sont abrogées à cause de la défaite de Stalingrad : le gouvernement nazi proclame en effet la guerre totale, et désire en finir au plus vite avec les juifs, craignant de ne pouvoir aller jusqu'au bout de leurs objectifs, vu le retournement de situation à l'est. Joseph Goebbels (responsable de Berlin et de sa région à cette époque), qui rêvait depuis quelque temps de débarrasser Berlin une bonne fois pour toutes de la présence juive, commande alors une rafle au cœur de la capitale allemande.

La rafle[modifier | modifier le code]

À partir du 27 février 1943, les soldats de la 1re division SS Leibstandarte Adolf Hitler commencent à arrêter de façon massive les derniers juifs présents. Les Mischehen sont arrêtés sur leurs lieux de travail, tandis que la Gestapo a pour ordre de s'occuper de leurs enfants, les Mischlinge (métis, en allemand). À la fin de la journée, la division SS a eu l'occasion d'appréhender plus de 7 000 juifs, dont 1 700 qui y avaient échappé jusqu'à présent grâce à leur épouse allemande. Tandis que certains sont déjà en route vers les camps d'extermination, d'autres sont sous verrou dans cinq prisons berlinoises, dont deux temporaires, mises en place pour cette occasion. L'une d'entre-elles se situe dans un ancien bureau d’aide sociale de la communauté juive, au 2-4 Rosenstrasse.

Début du rassemblement[modifier | modifier le code]

Les épouses allemandes, constatant l'absence de leurs maris, commencent à se rendre à Rosenstrasse et au fil des heures, de plus en plus d'Allemandes rejoignent dans la rue celles déjà présentes. À la fin de la journée, on en compte plus de 200, dont certaines n'hésiteront pas à passer la nuit dehors. Le lendemain, le nombre de contestataires a doublé, et leurs revendications se font de plus en plus fortes. Ni la sombre présence du bureau de la Gestapo s'occupant des affaires juives tout près du lieu du rassemblement, ni l'encadrement du mouvement par les SS ne parviennent à ébranler le moral des épouses. L'énervement va croissant et quelques altercations auront même lieu entre manifestantes et forces de l'ordre.

Réaction de l'autorité[modifier | modifier le code]

Outre la surveillance de la manifestation, les autorités, exaspérées et toujours aussi décidées à faire appliquer l'ordre de rafle, commencent à faire pression auprès des Allemandes. Dans un premier temps, les SS menacent d'utiliser leurs armes à feu, s'ensuit alors la dispersion des manifestantes sous les porches avoisinants ou sous un viaduc à proximité. La frayeur passée, elles reviennent à nouveau, et relancent leur exigence de libérer leurs conjoints. Le 5 mars, la Gestapo intervient et fait déplacer quelques dizaines de femmes. Voyant le peu d'effet que provoque cette action, une jeep SS fait irruption au milieu de la foule mécontente et quelques soldats font feu à l'aide de mitraillettes dans le but d'effrayer les femmes. Ces dernières courent en tous sens, mais à nouveau reviennent à la prison peu de temps après.

Annulation de la rafle[modifier | modifier le code]

Le 6 mars, les arrestations sont interrompues, les détenus mariés à des femmes allemandes et les enfants sont libérés. L'autorité nazie ira même jusqu'à rechercher 25 juifs mariés qui avaient déjà été transférés à Auschwitz.

Afin de justifier cette annulation de la rafle, l'administration nazie argumentera sur le fait que cette rafle était une erreur de la part de la Gestapo, et que jamais les juifs mariés à des Allemandes n'auraient dû être inquiétés. Par la suite, ces juifs ne seront effectivement plus inquiétés par l'antisémitisme du pouvoir et la majorité d'entre-eux survivront à la guerre.

Cause de l'annulation[modifier | modifier le code]

La première explication apportée impute cette curieuse décision au contexte. En 1943, la machine de guerre allemande n'est plus aussi certaine qu'au début du conflit de l'emporter. L'échec de la prise de la ville de Stalingrad sur le front soviétique mine considérablement le moral général des Allemands, alors très bas. Des agitations au sein même de l'Allemagne ne seraient pas sans conséquence sur le moral de l'opinion publique, et pourraient même entraîner l'opinion publique à douter du gouvernement en place. Ainsi, tandis que les dirigeants espèrent un affaissement du front de résistance intérieure, celui-ci pourrait justement se fortifier. Les Allemands pourraient également commencer à remettre en cause la déportation juive en elle-même, puisque les habitants d'autres villes pourraient y voir un exemple de résistance face à ces arrestations et décider à leur tour de protester, ce qui entraînerait dès lors une instabilité générale au sein de la nation. Il apparaissait donc nécessaire d'écourter l'évènement de Rosenstrasse au plus vite. Voyant que les intimidations échouaient, l'autorité préféra se plier aux demandes, et que les protestataires, heureuses de la décision, cessent ainsi leurs paroles véhémentes envers l'état. Il ne restait plus aux nazis qu'à camoufler l'affaire, et la propagation du mouvement de protestation fut arrêtée.

Cependant, l'historien Peter Longerich ne soutient pas cette hypothèse. Il est plutôt en faveur de l'erreur administrative : les couples mixtes n'auraient jamais eu à subir cette déportation et l'administration a ainsi corrigé son erreur en libérant les victimes de cette erreur. Toutefois, on ne peut pas accorder beaucoup de fiabilité à cette hypothèse. En effet les réactions de Leopold Gutterer, adjoint de Goebbels, approuvent la volonté de Goebbels de faire cesser la protestation et d'éviter sa propagation. L'historien Raul Hilberg va également en ce sens, en mettant en avant que laisser faire les femmes de la Rosenstrasse auraient compromis la solution finale.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]