Résidence alternée

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La résidence alternée est une organisation de l'hébergement de l'enfant mineur dont les parents ne vivent pas dans le même domicile. Certains parent n'ont jamais vécu ensemble, mais elle a lieu le plus souvent en cas de séparation des conjoints, a fortiori lors d'un divorce. Un enfant en résidence alternée vit en alternance au domicile d'un parent puis de l'autre. Exceptionnellement il a été expérimenté que les parents alternent au domicile de l'enfant.

Définition[modifier | modifier le code]

Selon les Lignes directrices sur les pensions alimentaires pour enfants établies en 1997, le gouvernement fédéral canadien définit la garde partagée comme celle où un enfant habite dans deux résidences et qu’il passe au moins 40 % de son temps dans la seconde (ministère de la Justice du Canada, 1997). Cependant, il n'existe pas de définition internationale propre à la notion de résidence alternée. Le droit de la Résidence alternée s'inspire autant de principes d'équité que de droit positif. Cette définition ne définit ni le rythme, ni la fréquence de l'alternance. Néanmoins, le Dictionnaire Lexilogos du CNRS se réfère à l'alternance des jours et des nuits, ainsi qu'à la notion de régularité. La forme n'a que peu d'importance, que cette régularité soit fixée par accord oral ou écrit entre les parents, ou même authentifié ou imposé malgré un désaccord par l'autorité juridique. En principe le bien-être de l'enfant (par exemple la salubrité des domiciles) est la référence centrale de toute résidence partagée, en pratique le maintien des revenus des parents ont une grande importance.

Conditions de la résidence alternée[modifier | modifier le code]

Certaines conditions matérielles sont des freins à la mise en place d'une résidence alternée:

  • Presque toujours, les enfants scolarisés ne peuvent fréquenter qu'une seule école, obligeant les parents à résider à proximité de l'établissement scolaire.
  • La résidence alternée implique partage des charges, c'est pourquoi, en France, le parent ayant les plus élevés peut verser une contribution alimentaire à l'autre parent.
  • Le législateur [Où ?] a prévu le recours à la médiation familiale pour favoriser l'entente entre les parents dans l'organisation de leurs responsabilités à l'égard des enfants.

Résidence alternée et pension alimentaire[modifier | modifier le code]

La résidence alternée ne fait pas obstacle à l'établissement spontané ou la fixation judiciaire d'une pension alimentaire. Par définition la pension est issue d'une différence de revenus.

La pension alimentaire ne dispense pas le parent qui la verse de la contribution qu'il doit sur les périodes où les enfants sont à son domicile. C'est ainsi qu'en sus de la pension, chaque parent débiteur doit la charge pour moitié (cas normal) des frais (cantine, garderie) même s'il choisi de ne pas engager ces frais pendant "sa semaine" de garde.

Cependant en France la pension alimentaire dans le cadre de la résidence alternée, entraine une exception légale :

  • Cette pension, mise à la charge d'un des parents, n'est pas reconnue par l'administration fiscale. En 2011, en France, les impôts reconnaissent la résidence alternée en partageant "les parts" liées aux enfants, mais ne reconnaissent ni en charge, ni en revenu la pension alimentaire versée[1]

Résidence alternée en France[modifier | modifier le code]

Après les mouvements sociaux de 1968 dans le monde, la puissance paternelle, alors exercée par le « chef de famille » est remplacée par l'autorité parentale, qui ne cesse aucunement en cas de divorce. Elle demeure donc conjointe en cas de résidence alternée.

La législation du divorce évolue cependant très peu après la « légalisation » du 11 juillet 1975, malgré deux réformes en 1987 et 1993.

Le 22 juillet 1987, la loi no 87-570 dite Malhuret énonce qu’en cas de divorce, l’autorité parentale est exercée soit en commun par les deux parents, soit par l’un d’eux. En revanche, dans la famille naturelle (non mariée ou adultère), l’exercice en commun restait subordonné à une décision judiciaire ou à une déclaration conjointe des parents. C’est pourquoi les articles 287 et 374 du Code civil, dans leur rédaction issue de la loi de 1987, imposaient au juge, en cas d’exercice conjoint de l’autorité parentale, d’indiquer chez lequel de ses parents l’enfant avait sa résidence habituelle. Ceci rendait la résidence alternée dérogatoire au principe légal en France.

Par la suite, la loi du 8 janvier 1993 maintient cette exigence. En effet, selon le nouvel article 287 du Code civil, le juge n’était tenu de fixer la résidence habituelle de l’enfant chez l’un de ses parents qu’à défaut d’accord parental. Toutefois, la nécessité de choisir une résidence habituelle subsistait, à défaut d’accord des parents divorcés, ainsi que dans la famille naturelle (non mariée ou adultère) disjointe.

La résidence alternée fait son entrée dans la législation française en 2002. Ainsi, le texte de la loi du 4 mars 2002, énonce de manière générale, à l’article 373-2, alinéa 2, du Code civil que « chacun des père et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent », ainsi que l'article 373-2-9 suivant que « la résidence de l'enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents ou au domicile de l'un d'eux ».

Cette reconnaissance légale a été accueillie avec soulagement par les couples qui avaient adopté, sans recours à la décision judiciaire, la résidence alternée. La nécessité de donner une base législative à ces pratiques consensuelles n’a pas fait grand débat. Les oppositions se sont focalisées sur le point de savoir s’il était opportun de conférer au juge le pouvoir d’imposer un hébergement alterné à des parents en conflit. Le législateur a finalement opté pour une solution de compromis consistant à imposer aux parents en conflit une résidence alternée « à l’essai »[réf. nécessaire].

C’est ainsi qu’au nom de la coparentalité, la prohibition sans nuance de l'alternance qui prévalait avant l’entrée en vigueur de la loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale a laissé place à une légitimation de la résidence alternée.

De plus, afin d'épauler les parents à établir des accords responsables autour de la question des enfants, la loi a ouvert droit à la médiation familiale. Le juge peut désigner un médiateur familial pour y procéder ; et dans la loi no 2004-439 du 26 mai 2004, le juge peut enjoindre aux époux de rencontrer un médiateur familial qui les informera sur l'objet et le déroulement de la médiation. Les parents peuvent également contacter le médiateur familial en amont de la procédure dans le projet de soumettre leur accord à l'homologation du juge aux affaires familiales.

En 2009, la résidence alternée concerne en France 16% des jugements statuant sur la garde. La résidence alternée concernerait en France 10 % des couples séparés avec enfants[réf. nécessaire].

Étude statistique du Ministère de la justice française et du Gouvernement[modifier | modifier le code]

La pertinence de cette section est remise en cause, considérez son contenu avec précaution. En discuter ? (décembre 2013)

« Dans l’immense majorité des cas (80,7 %), les demandes de résidence en alternance sont formées conjointement par les deux parents. Lorsqu’il y a désaccord des parents, la résidence en alternance est retenue dans un quart des cas ; dans les trois quarts restants la résidence habituelle de l’enfant est alors fixée chez l’un des parents, le plus souvent chez la mère. Le jeune âge des enfants ne semble pas être un obstacle à la demande conjointe de résidence en alternance : les trois quarts des enfants ont moins de dix ans, l’âge moyen se situant à 7 ans. »

Études et Statistiques Justice no 23, janvier 2003

« En 2009, 16,9 % des décisions de justice donnent lieu à une résidence alterne : le taux est de 21,5 % lors des divorces par consentement mutuel et 4,4 % dans les procédures contentieuses[2]." »

Note d'analyse 294 du premier ministre - Desunion et Paternite - octobre 2012 - http://www.strategie.gouv.fr/content/desunion-et-paternite-NA294

« 40 % des enfants de moins de 25 ans issus d’une union rompue ne voient leur père que rarement ou jamais contre 15 % leur mère(13) »

Résidence alternée en Italie[modifier | modifier le code]

it:Affidamento condiviso (ordinamento civile italiano)


Controverse en France[modifier | modifier le code]

Plusieurs associations ou collectifs fédèrent des parents, des professionnels de la petite enfance ou de la justice, et pratiquent du lobbying en faveur ou contre ce mode d'hébergement.

Argumentation en France en faveur de la résidence alternée[modifier | modifier le code]

Ces associations présentent plusieurs arguments en faveur de la résidence alternée :

  • Droit pour l'enfant de conserver des liens de qualité avec ses deux parents
    • Reconnaissance de la qualité de parent au père (en France, en 2009, en cas de garde exclusive, les juges ont donné dans 90,4% des jugements la garde à la mère (76% du total des cas, garde alternée incluse), et seulement 20 % des pères auraient demandé la garde exclusive)
  • Arguments autour de la semaine sans enfant qui permettrait davantage au parent séparé de poursuivre sa vie d'adulte que la semaine sans enfant
  • Reconnaissance des familles "recomposées" et le droit de vivre tantôt avec sa demi-fratrie issue d'un parent, tantôt avec sa demi-fratrie issue de l'autre parent
  • Droit des enfants de s'exprimer dans les procédures administratives et judiciaires les concernant (en France l'enfant s'exprime mais ne décide pas)
  • Afin d'éviter les non présentations d'enfant, les éloignements volontaires géographiques, et les soustractions d'enfants
  • Atténuer les litiges entre les parents, lorsqu'un parent est tenté de réclamer la garde comme élément de négociation (ou de harcèlement) alors qu'il ne souhaite pas (ou ne peut subvenir à ) la garde

Françoise Dolto situe la prise de conscience par l'enfant du rôle du père vers l’âge de 18 mois dans son ouvrage Quand les parents se séparent[3].

À la suite de la mise en place de cette loi, les associations de soutien à la résidence alternée continuent de militer pour que cette pratique devienne celle par défaut. En effet, la résidence alternée est décidée par défaut en Belgique, après les États-Unis et certains pays scandinaves[Lesquels ?].

Études scientifiques[modifier | modifier le code]

Certaines études scientifiques montrent à propos de la résidence alternée que :

  • 70 % des enfants canadiens anglophones désirent passer autant de temps avec chacun de ses deux parents séparés[4].
  • Les conflits entre parents diminuent avec le temps en résidence alternée et ils augmentent dans les situations de garde exclusive (idem pour les faits de violence)[4]. Ceci impliquerait :
    • Meilleurs résultats scolaires[4]
    • Meilleure adaptation générale des enfants à la séparation physique des parents[4]
    • Meilleures relations familiales avec père et mère[4]
    • Moins de troubles de comportements et de problèmes psychologiques[4]
  • 93 % des enfants sondés par un institut de sondage déclarent que la résidence alternée est dans leur intérêt supérieur[5]
  • Il existe un consensus entre parents et enfants en résidence alternée américains (USA) pour témoigner d'un degré de satisfaction « élevé », avec des proportions variant de 67% (Rothberg B - 1983) à 84% (Ahrons C - 1980)[6]
  • La relation d’activation est favorisée chez l'enfant canadien si un parent (le père) stimule davantage les comportements exploratoires[7]

Certaines études décrivent la situation générale, ceci n'indique pas que la résidence alternée serait un "remède" à ces "maux" :

  • 71 % des adolescents canadiens anglophones en Échec scolaire au secondaire ne voient pas leur père[4]
  • 90 % des mineurs canadiens anglophones qui font une fugue ne voient pas leur père[4]
  • 34 % des enfants français ne verraient que rarement ou jamais leur père (« Contacts réduits avec un parent »)[8]
  • En France, plusieurs centaines de pères et mères de famille se suicident chaque année, malgré l'existence de leur enfant(s)[9]
  • Lors d'une séparation l'enfant perd un des deux parents, un parent aimant[10]
    • Perte de l'un des deux fournisseurs de soins principaux[4],
  • Les enfants grandissant en Europe du Nord dans une famille monoparentale sont à risque suicidaire plus élevé que la moyenne[11]
  • Dans les familles monoparentales ou recomposées canadiennes les garçons sont beaucoup plus sujets au suicide que les filles[7]
  • Les jeunes canadiens anglophones qui ne voient pas leur père montrent un niveau élevé par rapport à la moyenne de dépression et de suicide[4]
  • Les jeunes canadiens anglophones qui ne voient pas leur père montrent des niveaux élevés de délinquance juvénile[4]
  • Les jeunes canadiens dont les parents sont séparé risquent davantage la toxicomanie que la moyenne[7]
    • Les jeunes en Europe du Nord dont les parents sont séparé risquent davantage la consommation excessive d'alcool que la moyenne[11]
  • Les jeunes canadiens dont les parents sont séparé risquent davantage le Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité que la moyenne[7]
    • De même les comportements dits antisociaux (agressivité, vol, non-respect des règles, impulsivité, opposition, mensonge et vandalisme)[7]
  • Les jeunes en Europe du Nord dont les parents sont séparé risquent davantage l'abus sexuel sur mineur que la moyenne[11]
  • Les jeunes canadiens anglophones qui ne voient pas leur père sont davantage victimes d'exploitation, de mauvais traitements et ont une plus faible estime d'eux-mêmes[4]
  • Les jeunes canadiens dont les parents sont séparé risquent davantage l'échec scolaire que la moyenne[7]
  • Les jeunes canadiens anglophones qui ne voient pas leur père sont davantage victimes de syndrome d'aliénation parentale que la moyenne[4]

Argumentation en France contre de la résidence alternée[modifier | modifier le code]

Les opposants en France à la résidence alternée s'opposent plus particulièrement à la loi de 2002, qui permet à un juge aux affaires familiales d'imposer une résidence alternée à la demande d'un des parents, plutôt qu'à la résidence alternée fruit d'un accord amiable entre les deux parents. Ils argumentent par le fait que la loi de 2002 n'indique aucune condition indispensable pour la mise en place d'une résidence alternée (Durée de travail des parents, présence des parents ou d'un tiers auprès de l'enfant,...). Pour un juriste la "relations entre les parents" n'est pas décrite dans la loi[12].

Les opposants rappellent qu'un enfant ne peut être réduit au régime de séparation de biens, un régime juridique qui ne concerne pas les êtres humains.

La position de ces opposants est d'autant plus intense qu'ils reprochent aux pères qui demandent la résidence alternée d'avoir parfois des raisons non-satisfaisantes : soustraction à la pension alimentaire, volonté de nuire à l'ex-compagne ou compagnon.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Selon certains psychanalystes française, durant les premiers mois de sa vie, l'enfant n'aurait besoin que de sa mère : depuis la vie intra-utérine jusqu’à l'allaitement, et l'enfant ne tisserait des liens étroits qu'avec sa mère. Il n'aurait pas conscience des limites de son corps ni de celui de sa mère. Jusqu'au sixième anniversaire, toute séparation brutale avec elle, entraînerait chez l'enfant des troubles graves comme l'anxiété de séparation, une situation à hauts risques psychanalytiques[13],[14]. Se basant sur des cas particuliers d'enfants qui souffrent de ces alternances spatio-temporelles, imposées parfois par des juges qui ne prennent pas en compte un trop jeune âge, des violences, ou des conflits, ils dénonceraient la résidence alternée comme non adaptée aux enfants[réf. nécessaire]. Ils notent également que la loi méconnaît les différences biologiques et symboliques qui sépareraient les rôles respectifs du père et de la mère. Ces rôles se retrouvent aussi dans le partage des tâches au sein de la famille, les opposants à la résidence alternée arguent que dans la majorité des familles n'existe aucune égalité que ce soit pour les tâches ménagères, le temps passé auprès des enfants, et que dans la plupart des cas le soin aux enfants au sein de la famille revient à la mère.

C’est au stade phallique vers 4 ans que l’enfant prendrait conscience de l’existence de son père[15]. Avant cette prise de conscience le père serait vécu comme une mère auxiliaire. La psychanalyse explique qu’il serait dans l'ordre des choses qu'un père ne s'occupe pas de son enfant bébé car ce n'est pas le rôle d'un homme. Les hommes normalement virils, commencent à s’en occuper lorsque l'enfant atteint l'âge de la marche et les hommes qui s'occupent des bébés sont généralement marqués de féminité, pour ainsi dire, jaloux que ce soient les mères les porteuses.

Selon le pédiatre influencé par la psychanalyse Aldo Naouri, tout enfant aurait trois pères : un père géniteur, un père social et un père fonctionnel. Dans le cadre des familles recomposées celui qui remplit la fonction de père est celui que la mère a élu, car c’est dans sa mère que l’enfant découvrirait son père. Selon Aldo Naouri, la fonction paternelle est une fonction « atomisable » (que l'on peut décomposer en plusieurs fonctions). N’importe qui pourrait remplir ces fonctions : un oncle, un professeur, un ami de la famille, une grand-mère (bien qu'elle soit de sexe féminin) à partir du moment où la mère reconnaît à cette personne le droit de s’interposer entre elle et son enfant[16].

Selon le psychanalyste Maurice Berger, concernant les « bébés », selon la théorie de l'attachement, il se passe environ deux ans et demi à trois ans avant qu’un enfant puisse comprendre ce qu’est une filiation, c’est-à-dire qu’il a été conçu ou adopté par un couple adulte[17]. Certains des opposants francophones à la résidence alternée sont psychanalystes ou d'obédience psychanalytique[5],[18], le débat reste très animé parmi eux aussi [19].

La conflictualité entre les parents[modifier | modifier le code]

Beaucoup de magistrats, juristes, experts judiciaires et psychanalystes, (même certains médiateurs familiaux...) affirment qu'un hébergement alterné égalitaire n'est possible que lorsque les parents sont d'accord à ce propos, voire que lorsqu'ils s'entendent bien. C'est en effet une condition nécessaire pour que les enfants évoluent bien dans cet hébergement alterné égalitaire. C'est aussi, cependant, la condition principale pour que le système traditionnel de l'hébergement principal inégal ne nuise pas aux enfants. Les constatations et conclusions des recherches scientifiques empiriques montrent suffisamment clairement que même lorsque les parents ne sont pas d'accord sur leur choix des conditions d'hébergement de leurs enfants, une préférence pour l'hébergement alterné égalitaire, même imposée par un juge ou par un régime légal de séparation, favorise une meilleure évolution des enfants. Une bonne entente entre les parents n'est donc pas indispensable tant que les enfants ne sont pas impliqués dans le conflit parental[5],[6].

Common law (dont Québec)[modifier | modifier le code]

Le Québec connait un bijuridisme, la common law et le civilisme ont eu des influences mutuelles.

Le professeur de droit américain (Common law) Robert F. Cochran constate que le principe, qui veut que l'on détermine l'intérêt de l'enfant dans chaque cas particulier, a de nombreuses conséquences imprévues. À cause de ce principe « case by case best interests », les parents qui divorcent ne savent plus à l'avance lequel des nombreux critères qu'un juge pourrait retenir l'emportera lors du jugement[20]. C'est pourquoi ils invoquent autant d'arguments négatifs que possible concernant l'autre parent et autant d'arguments positifs que possible en ce qui les concerne eux-mêmes. Ainsi, cette «incertitude est une source de conflits et de procès. Les conflits parentaux sont néfastes pour les enfants sur le plan émotionnel[21],[22],[23], surtout lorsque le conflit survient après la séparation des parents[24] Si les procédures en justice concernant le droit de garde se multiplient à cause du principe «cas par cas», l'enfant risque non seulement davantage de souffrir du traumatisme qu'engendrent les conflits parentaux, mais également d'être impliqué dans ces procédures. La difficulté qu'il y a à déterminer l'intérêt de l'enfant est décrite par le juge principal Hood : «le principe de l'intérêt de l'enfant peut facilement être posé, mais son application dans un cas précis est une des charges les plus lourdes qui puissent être confiées à un juge.../... Il se rend compte qu'un autre juge, tout aussi compétent et tout aussi consciencieux, pourrait prendre une autre décision sur la base des mêmes données.». La garde doit être attribuée à un moment où une enquête fiable sur les parents menée par le juge ou par un expert dans le domaine de la santé mentale s'avère difficile, voire impossible. C'est un moment de stress anormal pour les parents et les enfants, et « le comportement des enfants envers les parents et vice versa ne ressemblera peut être guère à celui qu'ils adoptaient par le passé ou qu'ils adopteront à l'avenir. »[25],[26]

L'application dans la pratique du principe « case by case », c'est-à-dire de déterminer l'intérêt de l'enfant séparément dans chaque cas individuel, apparaît donc en réalité obtenir l'effet contraire! Il serait donc plus dans l'intérêt de l'enfant de fixer une règle générale d'attribution légale de (l'autorité parentale et de) l'hébergement, qui enlèverait cette incertitude des parties qui les force à mener une lutte traumatisante pour les parents et pour les enfants.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site officiel du Ministère des Impôts - Impôts et Séparation -Comment compter à charge les enfants de parents imposés séparément ?
  2. M.de Tena, La garde alternée. Du sur mesure pour nos enfants Ed. JC Lattès, 2012, 211p. ISBN 978-2-7096-3708-4 Lire en ligne: http://vivrelaresidencealternee.com
  3. Françoise Dolto - Quand les parents se séparent (p.  53)
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Edward Kruk, M.T.S., Ph. D - The University of British Columbia - Garde d'enfants, Droit de visite et responsabilité parentale : À la recherche d'une norme juste et équitable
  5. a, b et c Joan B. Kelly - Children’s Living Arrangements Following Separation and Divorce: Insights From Empirical and Clinical Research
  6. a et b Valérie Déom - 27 janvier 2006 - (voir page 216) Chambre des Représentants de Belgique - Sous-Commission Droit de la Famille - Chambre 4e Session de la 51e Législature
  7. a, b, c, d, e et f Daniel Paquette - Institut de recherche pour le développement social des jeunes - Centre jeunesse de Montréal et Département de psychologie - Université de MontréalLa relation père-enfant et l’ouverture au monde
  8. Patrick BLOCHE et Valérie PECRESSE - Rapport no 2832 (Tome I) de l'Assemblée Nationale Fait au Nom de la Mission d’Information sur la Famille et les Droits des Enfants
  9. Anne Tursz (mai 2005) - Travaux préparatoires à l’élaboration du Plan Violence et Santé
  10. Edward Kruk, 19 mai 1998 - Comité Mixte Spécial sur la Garde et le Droit de Visite des Enfants
  11. a, b et c Peter Tromp, janvier 2009 - Benefits of post-divorce shared parenting and the situation in the Netherlands, Belgium and Germany
  12. Luc Briand, "Résidence alternée et conflit parental", AJ Famille, Dalloz, décembre 2011, p. 174-176
  13. Donald Winnicott, La mère suffisamment bonne, p. 97
  14. Maurice BERGER, Albert CICONNE, Nicole GUEDENEY et Hana ROTTMAN, La résidence Alternée chez les moins de six ans : Une situation à hauts risques psychiques, 2004
  15. Cours de psychanalyse pour élèves infirmières
  16. Aldo Naouri - Interview dans Femme Actuelle (no 684)
  17. Maurice Berger - Le droit d'hébergement du père concernant un bébé - Texte publié dans la Revue Dialogue, 2002, no 155, pp.  90-104
  18. Hélène GAUMONT-PRAT, Professeur à l'Université Paris VIII - Directeur du Laboratoire Droit de la Santé (EA 1581) - Étude 15 dans Droit de la famille no 7 de juillet 2012 : "La résidence alternée à l’épreuve du droit comparé(France-Belgique)"
  19. Le Carnet Psy n0 181 & 182, 2014 dossier spécial en deux parties
  20. Robert F. Cochran: «Reconciling the Primary Caretaker Preference, the Joint Custody Preference, and the Case by Case Rule.» in Jay Folberg (ed.): «Joint Custody & Shared Parenting.», New York & London, The Guilford Press, 1991, p. 220 222 & 229 & 232.)
  21. Hetherington. 1979. Family Interaction and the Social, Emotional, and Cognitive Development of Children After Divorce. In The Family: Setting Priorities 71 edited by V.Vaughn & T.Brazelton.
  22. Jacobson (1978). The Impact of Marital Separation/Divorce on Children: II. Interparent Hostility and Child Adjustment.» J. Divorce 2: 3.
  23. Emery (1982). Interpersonal Conflict and the Children of Discord and Divorce. Psychological Bull. 92:310.
  24. Hetherington, 1979, o.c., p. 74, note 13.
  25. Chambers. 1985. Rethinking the Substantive Rules for Custody - Disputes in Divorce. Mich. L. Rev. 83: 477, 484.
  26. Robert F. Cochran (1991) - Reconciling the Primary Caretaker Preference, the Joint Custody Preference, and the Case by Case Rule. In Joint Custody & Shared Parenting edited by Jay Folberg. New York & London: The Guilford Press; p. 221 222.