Outlines

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Outlines
Image illustrative de l'article Outlines
Couverture de l'édition originale d’Outlines (1939)

Auteur Jean Venturini
Genre recueil poétique
Pays d'origine Protectorat français du Maroc
Drapeau du Maroc Maroc
Drapeau de la France France
Éditeur Éditions du Moghreb
Date de parution Novembre 1939
Nombre de pages 80, in-16

Outlines est l'unique recueil publié par le poète franco-marocain d'origine corse Jean Venturini, en novembre 1939 à Casablanca, alors qu'il n'était âgé que de 20 ans.

Historique[modifier | modifier le code]

Quelques mois avant son décès prématuré (en juin 1940), dans le naufrage d'un submersible de la marine de guerre, dû à un accident assez absurde[1], Jean Venturini se sent poussé à mettre en forme un recueil de ses poèmes, qu'il publie aux éditions du Moghreb[2], pour exprimer les prémices d'un talent dont Outlines se fera pourtant paradoxalement le testament, comme par l'effet d'une prémonition poétique[3].

Structure et contenu[modifier | modifier le code]

Outlines est un recueil de quarante-huit poèmes, répartis en quatre sections :

VENTS
C'est la section la plus étoffée (vingt-trois poèmes, dont Sang et L'Appel), centrée sur les grands éléments, l'attrait de la mer, l'appel de l'aventure et la tentation de la révolte[4].
MAROC
Cinq poèmes (dont Saisons et Marrakech), qui chantent l'attachement à la terre marocaine de l'enfance[5].
ELLES
Section comportant dix-neuf poèmes (parmi eux : Farewell) et dont la thématique principale interroge le mystère de l'amour et le rapport du poète aux femmes[6].
RENOUVEAU
Section qui s'identifie avec l'unique poème homonyme, élan palingénésique autant que testament[7].

Analyse[modifier | modifier le code]

Au-delà de ses sympathies surréalistes assumées[2], Jean Venturini, loin de cacher sa dette envers Rimbaud, la revendique haut et clair[8]. Sa fascination pour la révolte et la transgression se ressent de la lecture des Illuminations et d’Une Saison en enfer[6]. Il n'est même que de se replonger dans nombre des incantations du recueil Outlines pour s'en convaincre: « J'ai brisé ces chaînes que l'on croit éternelles/ Et j'ai durci mon âme et tué les souvenirs/ Famille, amour, amitié, haine, j'ai tout vendu,/ J'ai tout renié. J'ai étranglé les joies tranquilles/ Et les bonheurs monotones... »[9] La violence des imprécations, le recours à l'apostrophe directe au lecteur et une certaine fascination pour la mort et son travail de corruption de la chair ne sont pas sans rappeler le Baudelaire d'Une Charogne ou le Lautréamont des Chants de Maldoror[10]: « Pourquoi / Me regardez-vous ainsi? / Pourquoi ? / Avez-vous peur ? / Les voyez-vous aussi / Les hideuses bêtes qui grouillent / Et fouillent / Les chairs molles des cadavres avec leurs dents ? / Voyez-vous dans l'ombre leurs yeux ardents ? »[11]

Ses pièces amoureuses ou érotiques montrent un poète en lutte contre lui-même, à la poursuite d'une impossible synthèse entre sensualité primale, tendresse angélique et violence charnelle mâtinée d'un lyrisme doux-amer[6],[12].

Le dernier mot revient à Max-Pol Fouchet (l'un des tout premiers admirateurs de Jean Venturini), qui a su exprimer les contradictions et toute la complexité d'un recueil se résolvant dans le silence : « Nous qui nous épuisons en plongées au plus obscur du monde et de la vie, et qui en revenons si souvent désappointés et les mains vides, comment oublierions-nous Jean Venturini, ce camarade demeuré, avec son secret, dans un silence plus vrai que nos paroles ? À cet enfant du silence, gardons, pour ne pas trahir, le meilleur du nôtre. »[13]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Outlines, Casablanca, Éditions du Moghreb, novembre 1939, 80 pages, format in-16
  • Outlines, Casablanca, Éditions du Moghreb, 1942, 80 pages, fac-simile en in-4 de l'édition originale de 1939
  • Outlines : réédition avec postface biographique relative au naufrage du sous-marin Morse, Paris, Vaillant,‎ juin 2009, 112 p. (ISBN 978-2-916986-06-7)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Seghers, Le Livre d'or de la Poésie française, vol. 1 : des origines à 1940, Paris, Éditions Marabout,‎ 1998, 488 p. (ISBN 978-2-501026-35-2)
  • Collectif, Dictionnaire des lettres françaises, vol. 6 : Le XXe siècle, Paris, LGF-Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque »,‎ 1998, 1174 p. (ISBN 2-253-13109-1)
  • Collectif, Anthologie des écrivains morts à la guerre, 1939-1945, Paris, Albin Michel,‎ 1998, 808 p. (ISBN 9782226045126)

Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. voir Madeleine Kérisit, « Jean Venturini marin mort pour la France et poète », sur Âme de nos marins (consulté le 28 mai 2012): le sous-marin a heurté une mine de défense française...
  2. a et b voir Pierre Seghers, Le Livre d'or de la poésie française, des origines à 1940, Paris, Marabout, 1998, p. 451.
  3. Max-Pol Fouchet commente ainsi sa mort: « Il est l'un des morts de cette guerre: le submersible où il servait disparut de la surface. Peu de jours avant, il nous écrivait : "En route pour la poésie des fonds marins". Prescience. Singulière prescience... ». Cité par Madeleine Kérisit dans sa Monographie de Jean Venturini.
  4. Cf René Guillot, Préface à Outlines (édition de 1939).
  5. voir « La mémoire engloutie », avant-propos de Jean-Luc Falco à la réédition d'Outlines chez Vaillant (2009).
  6. a, b et c À ce sujet, consulter l'analyse de Jacques Geoffroy dans le Dictionnaire des Lettres françaises, volume 6, Paris, 1998, p. 1135.
  7. Cf Pierre Seghers, op. cité, p. 451 : «  Comment ne pas penser, le lisant, que le poète est un voyant, qu'il est doué d'une extraordinaire prescience ? »
  8. Pierre Seghers, op. cit., p. 451 : « Révolté, rimbaldien, son unique recueil annonçait un grand poète. »
  9. Outlines, section Vents, poème L'Appel
  10. Rapprochements opérés par René Guillot dans sa Préface de 1939, op. cité.
  11. Outlines, section Vents, poème Chanson de fou.
  12. À cet égard, la comparaison entre les poèmes Sang et Farewell est particulièrement éclairante.
  13. voir Madeleine Kérisit, rédactrice de la Monographie de Jean Venturini.