Jean Venturini

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Jean Venturini

Description de cette image, également commentée ci-après

Jean Venturini à l'âge de 20 ans

Activités Poète, marin
Naissance 17 septembre 1919
à Nabeul Tunisie Tunisie
Décès 17 juin 1940 (à 20 ans)
en Méditerranée
Langue d'écriture Français
Mouvement Rimbaldien, constellation surréaliste
Genres Poésie
Distinctions Médaille militaire
Citation au Panthéon

Œuvres principales

Jean Venturini (de son prénom complet Jean-Bernard) est un poète français d'origine corse[1] né le 17 septembre 1919 dans la localité de Nabeul, en Tunisie. Il est mort en mer le 17 juin 1940, alors qu'il n'avait pas encore 21 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'enfance, la jeunesse, la vocation, jusqu'à l'engagement militaire[modifier | modifier le code]

Fils de Laurent Venturini et de Marie Félix Tramini, Jean Venturini est le benjamin d'une fratrie de trois enfants. Il passe une partie de sa petite enfance en Tunisie, puis au Maroc, non loin de Meknès, auprès de sa sœur Hermine et de son frère Louis. Il fréquentera par la suite le lycée Poeymirau (où il sera interne de 1932 à 1934) à Meknès.

Portrait
Jean Venturini lycéen, en 1934

Sa classe de troisième achevée, il part pour le Sénégal en 1935, afin de rejoindre sa sœur qui s'y est installée. Jean Venturini, à bientôt seize ans, s'enthousiasme passionnément pour la poésie ; il écrit avec fébrilité et noircit des cahiers entiers de poèmes qui figureront plus tard, réorganisés et réordonnés, dans son unique recueil Outlines. Cela ne l'empêche pas de poursuivre ses études en classe de seconde et de première au lycée Van Vollenhoven de Dakar, qu'il quittera pour achever ses études secondaires au lycée de Meknès, réintégré dès 1938. En 1939, il s’engage dans la marine à Casablanca. Affecté peu après dans les sous-marins de Bizerte, il se forme durant six mois comme marin radio puis est recruté sur le sous-marin Morse. Jean Venturini périt le 17 juin 1940 avec tout l'équipage du Morse dans un simple accident : son bâtiment percute une mine française de défense et disparaît au large du port de Sfax, ville tunisienne. Il aura juste eu le temps de publier, en novembre 1939, à Casablanca, un unique recueil de poèmes, Outlines[2].

portrait
Jean Venturini au moment de son engagement comme marin radio sur le Morse

Max-Pol Fouchet dira de lui : « Il est l'un des morts de cette guerre: le submersible où il servait disparut de la surface. Peu de jours avant, il nous écrivait : « En route pour la poésie des fonds marins. » Prescience. Singulière prescience [...]. Nous qui nous épuisons en plongées au plus obscur du monde et de la vie, et qui en revenons si souvent désappointés et les mains vides, comment oublierions-nous Jean Venturini, ce camarade demeuré, avec son secret, dans un silence plus vrai que nos paroles ? À cet enfant du silence, gardons, pour ne pas trahir, le meilleur du nôtre. »[3]

Son corps, rejeté par la mer, a été inhumé au cimetière de Gammarth, en Tunisie[4].

La disparition du Morse et la mort de Jean Venturini : circonstances précises[modifier | modifier le code]

En 1939, le Morse compte parmi les bâtiments de la 5e Escadrille, de même que les sous-marins le Caïman et le Souffleur, tous au mouillage à Bizerte[5]. En juin 1940, ce sont pas moins de cinq submersibles qui se retrouvent en patrouille le long des côtes tunisiennes, avec parmi eux le Morse, en surveillance au nord de l'île de Djerba, pour prévenir tout débarquement italien[5].

Parti en mission de Bizerte vers le golfe de Gabès, de conserve avec les trois autres sous-marins le Nautilus, le Caïman et le Souffleur, le Morse longe l’îlot de Pantelleria, alors qu'il fait surface, le 11 juin 1940, en même temps que le Caïman[6].

Sous-marin
Le Morse en manœuvre à l'automne 1939

Le lendemain, vers 8 heures, les deux submersibles plongent au large des îles Kerkennah qu'ils dépassent par le sud. Leur retour au mouillage à Sfax est normalement prévu six jours plus tard. Le 18 juin, le Caïman et le Souffleur arrivent à Sfax, tandis que le Nautilus mouille quant à lui des mines devant Tripoli[6]. On est à ce moment sans nouvelles du Morse. On apprendra quelques jours plus tard, alors que la mer commencera à rejeter plusieurs corps de l’équipage, qu'au moment de sa relève par le Souffleur, le 17 juin, le Morse a probablement pénétré par erreur dans un champ de mines défensif et coulé corps et biens[5].

L'épave du Morse, coupée en deux, sera finalement repérée par un hydravion le 16 août 1940, au sud-est des îles Kerkennah, par 27 mètres de fond, à l'entrée du chenal de Sfax[5],[6].

Esthétique, poétique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Outlines.
Livre
Édition originale du recueil Outlines, 1939

Les commentateurs soulignent la révolte du poète ainsi que l'influence rimbaldienne dans l'écriture poétique de Jean Venturini[7],[1]. Le poète confie ainsi : « J'ai brisé ces chaînes que l'on croit éternelles / Et j'ai durci mon âme et tué les souvenirs / Famille, amour, amitié, haine, j'ai tout vendu, / J'ai tout renié. J'ai étranglé les joies tranquilles / Et les bonheurs monotones... »[8] Dépassant la référence à Rimbaud, Venturini, dans ses poèmes d'amour, fait alterner tendresse, agressivité et sensualité violente, instinctive, sur fond d'appel irrésistible à l'aventure[1]. Il chante les éléments primordiaux, vents, mer, en une quête affective et onirique qui le rapproche notablement du surréalisme[9],[10].

Citations, extraits[modifier | modifier le code]

Sang

Dans mes veines ce n’est pas du sang qui coule, c’est l’eau, l’eau amère des océans houleux…

Des bonaces, des jours pleins gonflent ma poitrine, préludes aux blancs vertiges des ouragans…

Des poulpes étirent la soie crissante de leurs doigts et leurs yeux illunés clignotent par mes yeux…

Des galions pourris d’or, des mâts, des éperons de fer passent en tumulte dans des marées énormes…

Tous les anneaux mystiques jetés aux lagunes adriatiques, je les ai pour les donner à celle que j’aime…

J’ai des ressacs mugissants dans mes mains aux heures d’amour…

Et trop souvent j’étreins d’irréelles écumes blanches qui fuient sous mon désir de chair…

Farewell

Écoute... La mer me parle d'orages
Par les clairs matins et de naufrages...
La mer qui pleure et chante pour moi.

Sous quels ciels incertains,
Vers quels horizons lointains
Les vents courberont-ils mes mâts?

Mon navire morne aux airs de cercueil,
Bat dans le soir ses pavillons de deuil
Et roule au dos des houles lentes.

...Je vais partir et tu ne me dis rien!
Dans un instant je serai loin
Et cela te laisse indifférente...

Regarde-moi, regarde-moi... Je veux
Que mon visage reste au fond de tes yeux
Aussi longtemps que tu vivras.

...Je n'ose te prendre dans mes bras...

L'Appel (extraits)

Aux quatre bouts de la terre immense corne l'appel
De l'aventure — et la mer gronde sur les rochers. —
Je veux connaître les peurs et les pays rebelles,
Moi, et secouer les lois dont on m'a harnaché

(...)

Dans des îles onduleuses de palmes bleues — réflexions
D'arbres tordus sur les eaux des lagons irisés —
Je sais qu'il est des havanes en révolution
Où des soldats masqués de haine fouaillent leurs officiers. (...)

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Outlines, recueil, Casablanca, Éditions du Moghreb, novembre 1939, 80 p.
  • Outlines : réédition avec postface biographique relative au naufrage du sous-marin Morse, Paris, Vaillant,‎ juin 2009, 112 p. (ISBN 978-2-916986-06-7)
  • Poèmes séparés, non recueillis en volume :
    • Ballade d'un qui part, publié dans la revue Fontaine, no 6 de novembre-décembre 1939
    • Une Pierre dans l'eau, publié dans la revue des poètes casqués Poésie 40 en mai 1940
    • Victime d'affiches, poème prémonitoire, ultime manuscrit adressé à un ami, au début de juin 1940 (poème dont l'existence a été révélée par la famille du poète) puis publié dans La Voix de Meknès-Fez, dizième année, no 1, janvier 1941[4]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Pierre Seghers, Le Livre d'or de la Poésie française, vol. 1 : des origines à 1940, Paris, Éditions Marabout,‎ 1998, 488 p. (ISBN 978-2-501026-35-2)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Collectif, Dictionnaire des lettres françaises, vol. 6 : Le XXe siècle, Paris, LGF-Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque »,‎ 1998, 1174 p. (ISBN 2-253-13109-1)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • « La mémoire engloutie », étude de Jean-Luc Falco en avant-propos à la réédition d'Outlines (op. cit.)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Collectif, Anthologie des écrivains morts à la guerre, 1939-1945, Paris, Albin Michel,‎ 1998, 808 p. (ISBN 9782226045126)
  • Les poètes de la revue Fontaine, présentés par Max-Pol Fouchet, Poésie 1, n° 55 à 61, septembre-novembre 1978.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Cf l'article Jean-Bernard Venturini, in : Le Dictionnaire des Lettres françaises (vol. 6 : Le XXe siècle), Paris, LGF-Pochothèque, p. 1135.
  2. Pour la majorité des informations de ce paragraphe, voir : Madeleine Kérisit, « Jean Venturini, marin mort pour la France et poète », sur Âme de nos marins (consulté le 23 mai 2012) ainsi que : d'après Madeleine Kérisit, « Monographie de Jean Venturini », sur Mémorial national aux marins morts pour la France (consulté le 15 mai 2012).
  3. Max-Pol Fouchet, article dans la revue Fontaine, août-septembre 1940, cité in Monographie de Jean Venturini.
  4. a et b Information tirée du site Aux marins.
  5. a, b, c et d Voir Recherche et identification du sous-marin MORSE sur AGASM Section Rubis.
  6. a, b et c Voir l'article Morse sur le site Aux marins.
  7. Voir notamment le premier volume de la monumentale anthologie de Pierre Seghers, Le Livre d'or de la Poésie française, des origines à 1940, p. 451: « Révolté, rimbaldien, son unique recueil annonçait un grand poète. Comment ne pas penser, le lisant, que le poète est un voyant, qu'il est doué d'une extraordinaire prescience? »
  8. in Outlines (op. cité), vers tirés du poème « L'Appel ».
  9. « Tu as voulu libérer les Vents, transposer en l'amour, la haine... »: René Guillot apostrophant Venturini, dans sa préface à Outlines (édition de 1939).
  10. Voir P. Seghers, op. cité, p.451.