Les Chants de Maldoror

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Les Chants de Maldoror
Auteur Comte de Lautréamont
Genre épopée fantastique
Pays d'origine Belgique, France
Éditeur Albert Lacroix (sans mention d'éditeur)
Date de parution 1869 puis 1874
Type de média in-octavo broché
Nombre de pages 332
Chronologie
Poésies Suivant

Les Chants de Maldoror sont un ouvrage en prose, composé de six parties (« chants »), publié en 1869 par Isidore Ducasse sous le pseudonyme de comte de Lautréamont. Le livre ne raconte pas une histoire unique et cohérente, mais est constitué d'une suite d'épisodes dont le fil conducteur est la présence de Maldoror, personnage maléfique.

Une publication compromise[modifier | modifier le code]

Le premier des Chants de Maldoror a été publié à compte d'auteur et anonymement durant l'automne 1868, d'abord imprimé en août chez [Gustave] Balitout, Questroy et Cie, puis dans un recueil de poésies publié par Évariste Carrance et intitulé Les Parfums de l'âme à Bordeaux en 1869.

L'œuvre complète qui comprend les six chants, a été imprimée à compte d'auteur en Belgique en août 1869, par l'éditeur Albert Lacroix, lequel refuse de mettre l'ouvrage en vente, par crainte de poursuites judiciaires.

Les Chants de Maldoror ne seront jamais diffusés du vivant de l'auteur. En 1874, le stock des exemplaires de l'édition originale des Chants sont rachetés par le libraire-éditeur tarbais J.-B. Rozez, installé en Belgique et mis en vente sous une nouvelle couverture. En 1885, Max Waller, directeur de la Jeune Belgique, en publie un extrait et les fait découvrir[1].

Isidore Ducasse publia seulement deux autres ouvrages : les fascicules Poésies I et Poésies II chez un libraire de son quartier, Gabrie, en 1870.

Interprétation[modifier | modifier le code]

Maldoror incarne la révolte adolescente et la victoire de l'imaginaire sur le réel. Il est difficile de ne pas être pris de vertige à la lecture des Chants, dans ce monde en perpétuelle mouvance. On ne peut en dissocier le fond et la forme, le récit et le style, et certaines pages font penser aux toiles les plus hallucinantes de Jérôme Bosch et à Arcimboldo : en effet, Maldoror (ou plutôt Lautréamont) se compare à une bûche pourrie, il substitue des animaux à ses divers organes ; ainsi, sa « verge » prend la forme d'une vipère, sur sa nuque pousse un large « champignon aux pédoncules ombilifères », etc. Mais la révolte est dérisoire, et Lautréamont use aussi de tous les procédés de distanciation pour se nier lui-même. Une veine bouffonne, qui contraste avec le « soleil noir » du satanisme apparent, traverse l'œuvre : parodie du naturalisme ou du romantisme le plus échevelé, lieux communs, apostrophes moqueuses au lecteur, ironie sarcastique..., toutes les formes d'humour sont réunies, et marquent le mépris de l'auteur pour ce qu'il raconte. Capable des plus beaux poèmes, il en ricane, et force le lecteur à en rire avec lui. C'est l'adolescent qui prend une revanche sur la misère humaine du siècle, en devenant le héros d'un conte où s'effacent les barrières qui emprisonnent l'homme. Dans le jeu, tout est permis : ardente ferveur, joyeuse férocité et métamorphose.[réf. nécessaire]

Par ailleurs, l'assimilation et les références à des poèmes, des œuvres et des thèmes dont celui du roi déchu, le Lion devenu vieux de La Fontaine, dans l'épisode qui amène Dieu saoul parmi les hommes (le chant 3), des découpages de textes d'œuvres encyclopédiques, dont le célébrissime parapluie sur une table de dissection, des parodies d'œuvres de Victor Hugo et des romantiques (chant 1), de Goethe, de Sophocle et Euripide (Poésie 1 et 2), etc., mènent à un monstre textuel animal, voire à un « vampire » qui tire sa force d'autres textes. Le texte de Lautréamont devient alors le lieu de résonance de métaphores filées, qui, de par un manque de cohérence apparente (en effet, les chants ne sont liés ni par chronologie ni par thème), ouvrent sur un monde incompréhensible (pour décrire, Lautréamont utilise un lexique compliqué et scientifique, un jargon qui va des « couches minérales extraites de la terre » dans le chant 4 aux « extraordinaires formes qu'elle ne lui avaient imposée ce supplice » [chant 4], comparé à « des coups de barre de fer » sur son crâne [chant 1]). Il ne s'agit donc plus d'une victoire sur le réel, mais aussi d'une transcendance du monde et d'un retour à une vie primitive avec un langage désarticulé de par le jargon utilisé, où Lautréamont redevient un « chaman littéraire » avec des visions, d'un « retour » vers la « seule vraie » poésie, qui œuvre par résonance au monde (ici, c'est l'intertextualisation de la littérature qui remplace le chant) et par assimilation sans limite et perpétuelle (la morale et la raison sont dépassées ; avec les passages des « pédérastes à l'anus undubiliforme » et les divers récits de visions de prostituées accompagnées de coqs et grâce à une ménagerie entière d'hybrides) ; le texte devient donc des chants, un « univers à l'intérieur d'univers », infini, qui finit sur l'invitation du lecteur à « aller voir » son monde miroir (fin du chant 6), réalisant donc le projet inachevé de Verlaine : celui de mettre en lien direct l'auteur avec le cosmos.[réf. nécessaire]

Le nom même du héros, Maldoror, est sujet à interprétation. On peut notamment y voir les mots « en mal d'aurore », « mal », « horror », « dolor » (douleur en espagnol, langue parlée par Isidore Ducasse, né à Montevideo, en Uruguay). Ces noms font référence à la profonde noirceur du personnage et à son amour apparent du « mal ».[réf. nécessaire]

Influence[modifier | modifier le code]

Les Chants de Maldoror était un ouvrage de référence pour Amedeo Modigliani, qui gardait un recueil en permanence auprès de lui.[réf. souhaitée] L'ouvrage a aussi exercé une influence fondamentale sur le surréalisme. Redécouverte d'abord par Philippe Soupault (en 1917), puis Louis Aragon et André Breton, l'œuvre de Lautréamont ne cessera d'être revendiquée comme livre précurseur du mouvement.

Ce sont d'ailleurs les surréalistes, en particulier André Breton, Louis Aragon ou Philippe Soupault, qui contribuèrent grandement à la notoriété de ces poèmes. Ils considéraient Lautréamont comme un surréaliste avant l'heure. Le pape du surréalisme évoque en effet Ducasse plusieurs fois dans ses Manifestes du surréalisme. (Les types innombrables d’images surréalistes appelleraient une classification que, pour aujourd’hui, je ne me propose pas de tenter. [...] En voici, dans l’ordre, quelques exemples : "Le rubis du Champagne." Lautréamont. "Beau comme la loi de l’arrêt du développement de la poitrine chez les adultes dont la propension à la croissance n’est pas en rapport avec la quantité de molécules que leur organisme s’assimile." Lautréamont. " Il dit aussi dans un entretien : "Pour nous, il n'y eut d'emblée pas de génie qui tînt devant celui de Lautréamont"[2]).

De même, « [...] beau comme la rétractilité des serres des oiseaux rapaces ; ou encore, comme l'incertitude des mouvements musculaires dans les plaies des parties molles de la région cervicale postérieure ; [...] et surtout, comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie ! » (« Les Chants de Maldoror », dans Œuvres complètes, Lautréamont, éd. E. Wittmann, 1874, chant VI, 3, p. 289[3]) était l'exemple type de la « beauté convulsive » portée en étendard par Breton.

Alfred Jarry, qui apprécie les subtilités de l’humour de Lautréamont, rendra hommage à « cet univers pataphysique ».[réf. souhaitée]

Le titre du livre apparaît aussi dans la chanson d'Hubert-Félix Thiéfaine Les Dingues et les Paumés :

Ce sont des loups frileux au bras d'une autre mort
piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal
Ils ont cru s'enivrer des chants de Maldoror
et maintenant ils s'écroulent dans leur ombre animale.

Et dans la chanson de Serge Gainsbourg Et quand bien même :

Lautréamont les chants de Maldoror
Tu n'aimes pas moi j'adore

Les chants de Maldoror sont également le titre d'une chanson du groupe de rock français 17 :

On entendra les chants de Maldoror,
Ceux qu'on entend bien après la mort,
Il faudra surtout garder son calme,
Brisons nos liens de sang, ils font couler les larmes.

Également dans la chanson Tu me manques, de Julien Clerc :

Il disait ça,
Oublions les chants de Maldoror,
Cherchons d'autres îles au trésor.

L'ouvrage a également inspiré un groupe de post-punk / rock gothique : Chants of Maldoror.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Édition Pléiade Lautréamont-Nouveau, 1970, p. 12.
  2. A. Breton, Entretiens 1913-1952 avec André Parinaud, NRF, 1952.
  3. Voir sur Wikisource

Annexes[modifier | modifier le code]

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